Les pe­tits plai­sirs si­gnés Jean Sou­lard

Guide Pratique - - Entrevue -

Vous avez adop­té la ré­gion de Char­le­voix. Par­lez­nous de votre quo­ti­dien là-bas. C’est un lieu qui me per­met d’écrire beau­coup, j’y ré­dige mes chro­niques, entre autres. En ce mo­ment, je suis en train de ter­mi­ner mon 10e livre. J’ha­bite à Cap-aux-cor­beaux, un en­droit bu­co­lique de Baie-saint-paul. Je vois pas­ser des che­vreuils et des hé­ris­sons de­vant chez moi. C’est un su­per cli­mat et qu’im­porte la mé­téo, c’est du bon­heur au quo­ti­dien. J’ai beau­coup d’amis là-bas, des ar­ti­sans du ter­roir, et pour moi, c’est aus­si im­por­tant.

Par­lant de pro­duits du ter­roir, qu’avez-vous dé­cou­vert ré­cem­ment que vous ai­me­riez nous faire par­ta­ger? Choisir un pro­duit, c’est faire de l’ombre aux autres, mal­heu­reu­se­ment. Ce que je pour­rais vous dire en re­vanche, c’est que l’on uti­lise beau­coup l’huile d’olive et le vi­naigre bal­sa­mique de­puis une ving­taine d’an­nées. On a ici des huiles et des vi­naigres fa­bu­leux que l’on doit dé­cou­vrir. Par exemple, l’huile de ca­no­la de pre­mière pres­sion ou en­core l’huile de ca­mé­line. Si on veut cui­si­ner lo­cal, il ne faut pas ou­blier ces pe­tits dé­tails.

Cer­tains trouvent dif­fi­cile de cui­si­ner avec l’huile de ca­mé­line: son goût est fort. Quels conseils avez-vous pour nous? On uti­lise beau­coup de gras. Moi-même, lorsque j’écris une re­cette, je vais re­com­man­der l’huile et le beurre. On n’uti­lise pas l’huile de ca­mé­line dans une vi­nai­grette, mais elle pos­sède la qua­li­té de pou­voir grim­per à une haute tem­pé­ra­ture sans dan­ger, ce qui en fait une huile in­té­res­sante. C’est fan­tas­tique pour la cuis­son des ali­ments.

Vous ar­rive-t-il de tra­ver­ser des épi­sodes de blues en cui­sine? Pas tant de blues que de doute. Je réa­lise en­core sou­vent des contrats à la pige, et par­fois, j’hé­site. Est-ce que c’est cor­rect, trop ou pas as­sez? Dans ces mo­ments-là, je re­tourne à la base. Et cette base-là, ce sont les sou­ve­nirs de ma grand-mère. J’ai gran­di dans son au­berge où ma mère et ma tante tra­vaillaient. Elle cui­si­nait tou­jours des re­pas simples avec des pro­duits qu’elle culti­vait à proxi­mi­té. Par­fois, on a ten­dance à trop cher­cher et on ou­blie l’es­sen­tiel.

Quel est le cou­rant en cui­sine qui vous plaît en ce mo­ment? Ce qui me nour­rit le plus ac­tuel­le­ment, ce sont les voyages que je fais. Je prends mon agenda et, pen­dant tout un mois, je n’y mets rien. J’ai ado­ré mon éva­sion au Pé­rou en no­vembre 2016, un pays où l’on ne pen­se­rait pas d’em­blée qu’il y a une grande gas­tro­no­mie. Et pour­tant, de­puis quatre ou cinq ans, les chefs de là-bas se sont mis à re­pen­ser les pommes de terre – les Pé­ru­viens en cultivent des mil­liers de va­rié­tés de­puis tou­jours! –, le qui­noa, la to­mate, le maïs… Ils cui­sinent avec ce qu’ils ont à l’in­té­rieur de leurs terres et c’est très ins­pi­rant. Je suis aus­si al­lé en Po­ly­né­sie fran­çaise, où j’ai eu de fa­bu­leuses par­ties de pêche, et en Nou­velle-zé­lande dans les îles Mar­quises avec mon sac à dos, entre autres, où j’ai com­pris pour­quoi Jacques Brel et Gau­guin avaient choi­si de fi­nir leurs jours là-bas.

Quelles se­ront vos pro­chaines des­ti­na­tions? Il y a long­temps que je ne suis pas al­lé en Eu­rope, et que je n’ai pas vu ma mère. J’ai­me­rais voir le Por­tu­gal et un jour, faire le Trans­si­bé­rien. Ce ne sont pas les pro­jets qui manquent!

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