Ge­ne­viève Eve­rell: jus­qu’au bout de ses rêves

La biographie de Ge­ne­viève Eve­rell, Il était une fois… Miss Su­shi, se dé­vore d’un seul trait. À l’is­sue de la lec­ture, on n’a qu’une seule en­vie: lui vo­ler un câ­lin… et un su­shi! Der­rière cette brillante et pros­père en­tre­pre­neure, il y a une his­toire fa­mi

Guide Pratique - - News - Par Ma­non Ri­vard

Votre mère vous a dit: «Ge­ne­viève, n’aie ja­mais honte de notre his­toire.» Avez-vous tout de même hé­si­té avant de vous lan­cer? Pour moi, ça a tou­jours été thé­ra­peu­tique de ra­con­ter mon his­toire. Ça m’a fait éco­no­mi­ser des cen­taines de dol­lars de thé­ra­pie… Ça n’a ja­mais été dif­fi­cile de le faire, au contraire, c’était li­bé­ra­teur. Je le fai­sais dé­jà dans les confé­rences que je don­nais par­tout à tra­vers la pro­vince. J’ai eu en­vie de mettre tout ça dans un livre et, qui sait, ins­pi­rer ain­si en­core plus de monde.

Qu’avez-vous ré­col­té comme com­men­taires jus­qu’à pré­sent? Ils sont una­nimes. Je n’en re­tire que du po­si­tif. Ils viennent de gens is­sus de tous les mi­lieux, au­tant fa­ciles que dif­fi­ciles. Je suis vrai­ment tou­chée.

Ce livre a été fait en col­la­bo­ra­tion avec Pa­tri­cia Juste. Pour­quoi ne pas l’avoir écrit vous-même? Je n’ai pas une belle plume comme Pa­tri­cia, qui est ré­dac­trice. On s’est ren­con­trées lon­gue­ment à plu­sieurs re­prises. Ce livre-là a été fait tout au long de ma gros­sesse, pen­dant que moi-même je don­nais vie à un pe­tit être. C’était char­gé d’émo­tions. Elle a vrai­ment été ca­pable de mettre des mots sur mon his­toire.

Au mo­ment de la ren­con­trer, pour lan­cer le pro­jet, dans quel état d’es­prit étiez-vous? J’avais juste hâte de voir s’il al­lait y avoir une belle chi­mie entre nous deux. J’étais un peu ner­veuse de sa­voir comment elle pour­rait re­trans­crire mon his­toire. Elle a été très res­pec­tueuse, cu­rieuse des pe­tits dé­tails, et a res­pec­té la chro­no­lo­gie des évé­ne­ments… Je n’au­rais pas pu de­man­der mieux.

Dé­pen­dance et cen­sure

Vos pa­rents ont tous deux som­bré dans la dé­pen­dance. J’ai bien ri quand vous avez dit «Je ne suis fi­na­le­ment ac­cro qu’à l’odeur du riz chaud!», tout en pré­ci­sant que vous n’avez ja­mais tou­ché à l’al­cool, ni à la drogue… Était- ce im­por­tant pour vous de le dire, d’au­tant plus qu’un jour votre fils li­ra sans doute ce livre? Pour moi, c’était im­por­tant de le dire. Je crée tou­jours la sur­prise quand je dis non à un verre de vin. «Quoi? Même pas pen­dant le re­pas?» J’ai dû boire sept gor­gées au cours de ma vie et chaque fois, c’était uni­que­ment pour faire plai­sir à l’autre. Je suis contente de ne ja­mais avoir connu cet état d’ivresse, d’avoir pu res­ter les deux pieds sur terre mal­gré toute mon his­toire.

Vous êtes-vous par­fois cen­su­rée? Non. Il est évident que j’ai vou­lu épar­gner cer­taines per­sonnes qui ont été un peu plus dif­fi­ciles avec moi. Comme je n’avais pas en­vie de tom­ber dans le rè­gle­ment de comptes, j’ai sim­ple­ment choi­si de ne pas en par­ler. Moi, je par­donne et je passe à autre chose. Je vou­lais mettre en lu­mière les per­sonnes pré­cieuses dans mon par­cours. Cer­tains pas­sages ont donc été plus soft, je l’avoue, mais au bout du compte, je suis heu­reuse de l’avoir fait.

Votre ins­tinct est très fort: on en a plu­sieurs preuves dans votre ou­vrage. N’est- ce pas? C’est tel­le­ment vrai, plus que ja­mais, je crois. Mon co­pain, c’est l’op­po­sé de moi. Un ar­tiste qui ré­flé­chit trop, qui re­met en ques­tion, qui analyse… Moi, je suis spon­ta­née. Des fois, j’ai juste en­vie de lui dire: est-ce qu’on peut se re­joindre au mi­lieu de nos deux per­son­na­li­tés ( rires)? Par contre, je ne pense pas chan­ger. Je tourne par­fois les coins ronds, mais sur­tout, j’écoute mon ins­tinct quand il me parle.

Des gènes forts

Les bou­chées de bon­heur de Ge­ne­viève Eve­rell, c’est un clin d’oeil à votre mère. Dites-nous- en plus. Ma mère me ser­vait des pe­tits gueu­le­tons. Pour moi, man­ger, c’est as­so­cié au bon­heur. Faire des bou­chées, c’est sim­ple­ment par­ta­ger ma pas­sion à 100 % avec les gens.

Puis le cô­té en­tre­pre­neu­rial, c’est une his­toire de gènes pa­ter­nels… Ah! ça, c’est sûr! Être en­tre­pre­neur, je ne pense pas que ça s’ap­prenne. On peut le dé­ve­lop­per, oui, mais je crois avant tout qu’on a la fibre en soi. On le sait en de­dans, si on l’est ou non. Quand j’ai dé­cou­vert l’en­tre­pre­neu­riat, là en­core − ve­nant d’un mi­lieu comme le mien −, je n’au­rais ja­mais osé pen­ser que cette vie-là était faite pour moi. À par­tir du mo­ment où j’ai dé­ci­dé de m’écou­ter, j’ai juste mis en place un cadre po­si­tif dans ma vie. Mer­ci à mon hé­ri­tage pa­ter­nel! D’ailleurs, quel­qu’un est en train de me faire le ca­deau de la gé­néa­lo­gie et j’en ap­prends tel­le­ment sur les Eve­rell! Ils étaient tous en­tre­pre­neurs, mon ar­rière-ar­rière-grand-père avait les che­mins de fer sur le bord du fleuve. Avant, Beau­port s’ap­pe­lait Place Eve­rell. Clai­re­ment, j’ai ça dans le sang.

Ai­me­riez-vous re­trou­ver chez votre gar­çon ces gènes-là? Est- ce que je lui sou­haite? En fait, il le se­ra ou non. Chose cer­taine, je lui sou­haite d’être heu­reux dans ce qu’il fait. S’il n’a pas en­vie d’être sur les bancs d’école pen­dant 20 ans, je le com­pren­drai. Même si je lui di­rai l’im­por­tance de la for­ma­tion dans le do­maine qui l’in­té­resse. Moi, je n’ai pas fait d’études et je vois d’autres per­sonnes dans mon en­tou­rage qui ont étu­dié long­temps et qui ne sont pas né­ces­sai­re­ment plus heu­reuses. Ce n’est pas for­cé­ment l’école qui rend heu­reux, mais bien le fait de faire au quo­ti­dien quelque chose qui nous trans­porte.

Une pré­cieuse men­tore

Par­lez-nous men­to­rat, puisque vous pre­nez par­fois des gens sous votre aile. Qu’est- ce que ça vous ap­porte? Je suis mo­ti­vée à mo­ti­ver d’autres per­sonnes. Cer­tains ne savent pas par où com­men­cer et je me re­con­nais énor­mé­ment. J’ai com­men­cé en ne m’at­ten­dant à rien. Je ne sa­vais pas où cette aven­ture al­lait me me­ner. Je trouve fas­ci­nant le fait de ren­con­trer des per­sonnes qui savent dé­jà où elles veulent al­ler. Aujourd’hui, je suis comme elles, je me fixe des ob­jec­tifs, et je trouve ça très in­té­res­sant de les ai­der lors­qu’elles sont aux bal­bu­tie­ments de leur en­tre­prise. Il suf­fit de don­ner un coup de main à des jeunes qui en ont be­soin, ou de four­nir les pe­tits dé­tails qui leur manquent pour prendre leur en­vol.

Quel con­seil leur donnez-vous sou­vent? Je pense que c’est im­por­tant d’y al­ler une étape à la fois. Ce n’est pas vrai qu’on peut tout avoir dès le dé­but. En tout cas, pas dans mon livre à moi ( rires).

Si vous pou­viez re­tour­ner en ar­rière, quels conseils don­ne­riez-vous à Miss Su­shi? Je fe­rais tout de la même ma­nière. J’ai pris mon temps, ce qui a por­té ses fruits. Avant de me lan­cer à temps plein, entre 2008 et 2012, j’ai pas­sé des an­nées à me ro­der, à cher­cher comment être ef­fi­cace en cui­sine… Je vou­lais en ap­prendre tou­jours da­van­tage. Ja­mais je n’au­rais cru un jour pou­voir en vivre. J’étais se­reine, et je sui­vrais sans hé­si­ta­tion le même par­cours.

Votre sou­hait pour l’ave­nir de tou­jours vous ré­in­ven­ter s’ac­com­pagne-t-il éga­le­ment de son lot de stress et d’an­goisse? Ab­so­lu­ment! Je veux gar­der mon style, car c’est im­por­tant pour moi. Les gens font ap­pel à mes ser­vices pour ça. Je n’ai vrai­ment pas peur de ne pas être ca­pable de me re­nou­ve­ler, car je crois être as­sez créa­tive. Les der­nières an­nées me l’ont prou­vé. J’es­saie sim­ple­ment de res­ter dans la ten­dance, mais sur­tout, avant même de re­gar­der dans les ma­ga­zines ou à la té­lé, j’y vais avec le goût de mon client. C’est lui qui a le pre­mier et le der­nier mot.

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