Une en­fance heu­reuse

Re­né An­gé­lil voit le jour le 16 jan­vier 1942, rue Saint-de­nis, à Mon­tréal. Cinq ans plus tôt, son père, Jo­seph, un tailleur ori­gi­naire de Da­mas en Sy­rie, s’ins­talle au Qué­bec en com­pa­gnie de son frère aî­né après avoir vé­cu à Bey­routh puis à Pa­ris.

Hors-Série - - Enfance -

ÀMon­tréal, un ma­riage au­rait été conclu entre Jo­seph An­gé­lil et Alice Sa­ra, qui a 15 ans de moins que lui. Elle n’a alors que 21 ans. En­semble, ils ont deux fils: Re­né et An­dré, né le 4 mai 1945. Dès son en­trée à l’école, Re­né de­vient po­pu­laire et n’hé­site ja­mais à in­vi­ter ses amis à la mai­son pour leur pré­sen­ter sa fa­mille et leur faire goû­ter les mets sy­riens. Si le ca­det du clan est plu­tôt sage, l’aî­né est plus ex­tra­ver­ti. Sa mère le couve d’ailleurs tou­jours plus que son frère en rai­son de son es­prit plus té­mé­raire et aven­tu­reux. Elle de­vien­dra au fil des an­nées une pré­cieuse confi­dente pour lui. Une fa­mille ca­tho­lique de rite mel­kite Les fa­milles An­gé­lil et Sa­ra sont ca­tho­liques de rite mel­kite. Chaque di­manche, elles se rendent à l’église Saint-sau­veur sur la rue Saint-de­nis. Jo­seph An­gé­lil chante dans la cho­rale, et Re­né est tou­jours fier d’y voir son père. Il se sou­vient de lui comme un homme droit, sé­rieux et très re­li­gieux. Un des plus grands re­grets de Re­né est de ne pas avoir réus­si à lui dire qu’il l’ai­mait avant sa mort.

Chez les An­gé­lil, on consomme des plats sy­riens une jour­née sur deux. Il n’y a ja­mais d’al­cool à table et très peu de mu­sique. Le di­manche, comme beau­coup de fa­mille, ils font par­fois des ex­cur­sions en voi­ture. Re­né se rap­pelle un voyage pas­cal à New York où il a vu le spec­tacle de Peg­gy Lee. Un sou­ve­nir mé­mo­rable pour lui.

Tour­nois de po­ker fa­mi­liaux Presque chaque soir après le sou­per, les An­gé­lil jouent à la ca­nas­ta ou au po­ker. L’ini­tia­tion au jeu de Re­né re­monte donc à cette époque. Lors des congés, il par­ti­cipe même à des tour­nois avec sa fa­mille et prend des pa­ris. Ses oncles, tantes et pa­rents peuvent ar­gu­men­ter pen­dant des heures: «Eux, ils jouaient pour l’hon­neur. J’ai d’ailleurs été éle­vé dans la chi­cane à cause de ce­la» , confie-t-il dans sa bio­gra­phie of­fi­cielle de Geor­gesHé­bert Ger­main. Si pour An­dré les cartes ne sont qu’une par­tie de plai­sir avec la fa­mille au­tour d’une table, ce­la de­vient pour Re­né une pas­sion beau­coup plus pre­nante.

Il a la tête dans les nuages! Au prin­temps de 1950, alors qu’il n’a que huit ans, Re­né ac­com­pagne son père au Fo­rum pour voir les Ca­na­diens de Mon­tréal. Tout un évé­ne­ment pour un aus­si pe­tit homme! Il se sou­vient qu’on avait re­mis une Ch­rys­ler de l’an­née à Mau­rice Ri­chard pen­dant ce match. Quelques jours plus tard, alors qu’il roule avec son père sur la rue Saint-de­nis, il aper­çoit le ho­ckeyeur au vo­lant de sa nou­velle voi­ture. L’idole tourne la tête et sou­rit au gar­çon­net. Un pre­mier de classe À neuf ans, Jo­seph en­cou­rage son fils à se joindre à la cho­rale de l’école SaintVincent-fer­rier. C’est là qu’il fait la connais­sance de Pierre La­belle, un voi­sin qui de­vient plus tard son aco­lyte dans les Ba­ro­nets. Re­né et Pierre sautent leur sep­tième an­née et entrent au Col­lège An­dré-gras­set. Deux ans plus tard, ils sont en dixième an­née à l’école Saint-via­teur. Re­né n’a que 13 ans et de­mi au mo­ment de la ren­trée. Il s’agit alors d’un re­cord de jeu­nesse pour la Com­mis­sion sco­laire des écoles ca­tho­liques de Mon­tréal. Sa mère a même conser­vé pré­cieu-

se­ment la pho­to de son fils pa­rue dans La Presse.

Le joyeux bouf­fon

Re­né est très dis­si­pé avec ses amis Tom­my Turp, Gilles Pe­tit et Pierre La­belle (dont le père chante dans un or­chestre, ce qui im­pres­sionne beau­coup Re­né). Le pré­fet de dis­ci­pline les sur­nomme la «gang des bouf­fons». Il n’em­pêche qu’il reste un pre­mier de classe. Re­né et Pierre sont fous de mu­sique. Ils uti­lisent une bonne par­tie de leur ar­gent de poche pour ache­ter des qua­rante-cinq tours. Quand ils prennent connais­sance d’un concours de chant ama­teur au ci­né­ma Châ­teau, Les Dé­cou­vertes de Billy Mon­roe, ils s’y ins­crivent. Ils in­ter­prètent Dia­na de Paul An­ka. Sont-ils trop sûrs de dé­cro­cher la pre­mière place? Peu­têtre. Ils se four­voient dans les pa­roles et ne sont mal­heu­reu­se­ment pas re­te­nus.

Re­né ob­tient de bonnes notes en classe, mais il ex­celle aus­si dans les sports tels que le bas­ket-ball, le baseball et le ho­ckey. De plus, il se pas­sionne pour le billard, les quilles et le ping­pong. Il ap­prend même à ser­vir de la main droite et de la gauche, de­ve­nant ain­si le cham­pion de l’école.

Jus­qu’au som­met

Alors qu’il est en 12e an­née, en sep­tembre 1958, ses amis lui pro­posent de se pré­sen­ter à la pré­si­dence de l’école. Le frère Blon­din, pré­fet de dis­ci­pline, le lui in­ter­dit. Re­né dé­cide de de­ve­nir l’or­ga­ni­sa­teur en chef de son ami Gilles Pe­tit et mène une vraie cam­pagne élec­to­rale. Il in­vente les slo­gans, et son can­di­dat est élu pré­sident. Cette ma­nière de li­vrer ba­taille et de vou­loir at­teindre le som­met se ma­ni­feste très tôt chez le fu­tur im­pré­sa­rio.

Après l’élec­tion, Re­né convainc le pré­sident d’or­ga­ni­ser un spec­tacle de chant. Avec ses al­liés, Pierre et Gilles, ain­si que leur ami Jean Beaulne, ils pra­tiquent et y par­ti­cipent. C’est un suc­cès. Le qua­tuor s’ins­crit à nou­veau au concours de Billy Mon­roe où il dé­croche la pre­mière place (un prix de 20 $!). Les Ba­ro­nets viennent

de se for­mer.

Son père est dé­cé­dé d’un ma­laise car­diaque en 1966. Sa femme, Alice, est res­tée veuve 30 ans, car elle n’a ja­mais eu en­vie de se re­ma­rier. Cette der­nière a ren­du l’âme en 1997, à l’âge de 82 ans, à l’ins­ti­tut de car­dio­lo­gie de Mon­tréal. Les fu­né­railles...

Cé­line ac­com­pagne Re­né aux fu­né­railles de la mère de ce der­nier.

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