Les bles­sures de l’en­fance

Ses pa­rents au­raient pré­fé­ré un gar­çon, et il leur a fal­lu une se­maine pour lui trou­ver un pré­nom. Sa mère, in­fi­dèle, a quit­té le foyer fa­mi­lial sous le re­gard éba­hi de la pauvre Dia­na. Ces bles­sures d’en­fance mar­que­ront la prin­cesse à tout ja­mais.

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À l’été 1960, Ed­ward Spen­cer et Frances Burke-roche, qui sont dé­jà pa­rents de deux fillettes, Jane et Sa­rah, ac­cueillent leur troi­sième en­fant, un fils. Il s’agit du pre­mier hé­ri­tier des Spen­cer, cette grande fa­mille aris­to­cra­tique an­glaise, une des plus im­por­tantes du royaume. Hé­las, le bé­bé dé­cède quelques heures après sa nais­sance.

Un an plus tard, le 1er juillet 1961, la pe­tite Dia­na se pointe le bout du nez. Le pa­triarche est dé­çu, il au­rait pré­fé­ré avoir un autre gar­çon. Il fau­dra une se­maine avant qu’on at­tri­bue

un pré­nom au pou­pon. Dia­na di­ra plus tard à son amie La­dy El­sa Bour­ker que ses pa­rents ne vou­laient pas d’elle. Ce sen­ti­ment de re­jet ne la quit­te­ra ja­mais.

Les en­fants Spen­cer, aux­quels s’est ajou­té Charles, le ca­det, gran­dissent d’abord dans le do­maine Queen’s, à San­drin­gham, avant de dé­mé­na­ger à Al­thorp, dans la ré­si­dence fa­mi­liale en An­gle­terre. Si Dia­na dé­fi­nis­sait son en­fance comme ayant été sans amour ni cha­leur hu­maine, il n’em­pêche qu’avec ses soeurs et son frère, elle for­mait un clan ser­ré. Elle ré­pé­tait pou­voir tou­jours comp­ter sur eux.

Hé­las, elle est seule au mo­ment d’un évé­ne­ment qui la bou­le­ver­se­ra et mar­que­ra à tout ja­mais ses soeurs et son frère. Elle a huit ans quand elle est té­moin du dé­part de sa mère du foyer: Frances en­tasse ses va­lises dans une voi­ture pour al­ler re­joindre son amant, l’homme qu’elle ai­mait se­crè­te­ment. Pen­dant des an­nées, Dia­na en­tre­tien­dra l’es­poir de voir re­ve­nir sa maman, elle l’at­ten­dra par­fois sur le per­ron de la mai­son. On l’a sou­vent dé­crite comme la plus sen­sible des quatre en­fants et aus­si comme la moins sûre d’elle. Elle se­ra la plus af­fec­tée par la sé­pa­ra­tion de ses pa­rents. Elle confie­ra à son amie Si­mone Sim­mons qu’elle avait un «grand trou noir dans le coeur, si vide que rien ne [pou­vait] le com­bler» . Sa mère s’ins­crit dans l’his­toire à cette époque, puis­qu’elle est la pre­mière «in­fi­dèle» de l’aris­to­cra­tie an­glaise. Qu’à ce­la ne tienne, elle re­fait sa vie avec son bel amant, Pe­ter Shand-kydd, un hé­ri­tier d’une for­tune de pa­pier peint qu’elle épou­se­ra quelques se­maines après son di­vorce, en avril 1969.

Dia­na a tou­jours pen­sé que ses pa­rents ne vou­laient pas d’elle.

La rup­ture des Spen­cer marque le dé­but d’une ba­taille ju­ri­dique achar­née, puisque Frances sou­haite ob­te­nir la garde des en­fants. Dia­na est té­moin de ce cirque, avec ses pa­rents qui se dis­putent. C’est un choc pour elle, une sorte de trau­ma­tisme même. Elle en a beau­coup souf­fert et a long­temps cru que tout ce­la était sa faute. La cour tran­che­ra fi­na­le­ment en fa­veur du pa­ter­nel. Pour­tant, ce se­ra da­van­tage les nour­rices qui élè­ve­ront les en­fants, alors que pa­pa Spen­cer se­ra la plu­part du temps ab­sent du foyer pour rem­plir des obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles.

Sept ans après son di­vorce, Ed­ward Spen­cer épouse Raine Mc­cor­quo­dale, la com­tesse de Dart­mouth, la fille unique de la ro­man­cière Bar­ba­ra Cart­land. Cette femme, Dia­na ne l’ap­pré­cie pas par­ti­cu­liè­re­ment. On ra­conte qu’elle la sur­nom­mait «Acid Rain» (pluie acide). Quant à sa re­la­tion avec son père, les écrits disent qu’il af­fi­chait son amour pour Dia­na prin­ci­pa­le­ment lors­qu’il la pre­nait comme mo­dèle lors de séances de pho­tos. Eh oui, il ado­rait être der­rière son ap­pa­reil et Dia­na s’amu­sait de­vant l’ob­jec­tif. Ce­la au­rait-il for­gé son in­té­rêt et sa fas­ci­na­tion pour l’image?

Dia­na n’est pas une étu­diante sans re­proches. Elle n’a pas la tête aux études, mais ex­celle dans plu­sieurs dis­ci­plines. Elle aime na­ger et plon­ger, elle qui a d’ailleurs rem­por­té nombre de coupes et tro­phées. Pen­dant les va­cances es­ti­vales, elle s’en­traîne quo­ti­dien­ne­ment dans la pis­cine en plein air de Park House. Même lors­qu’elle em­mé­na­ge­ra au pa­lais de Bu­ckin­gham, elle na­ge­ra tous les jours. En plus de la na­ta­tion, elle prend des le­çons de pia­no au col­lège de West Heath, sous les conseils de sa

ma­mie La­dy Ruth Fer­moy, une pia­niste ac­com­plie. On la dit très ta­len­tueuse. Ce­pen­dant, c’est la danse qui la fait rê­ver. Elle adore faire des cla­quettes sur les dalles du hall d’en­trée de la mai­son fa­mi­liale. Mal­heu­reu­se­ment, elle n’au­rait pas eu la bonne sil­houette pour en faire une car­rière…

Ado, elle s’évade dans les ro­mans à l’eau de rose. Sa grand-mère par al­liance, Bar­ba­ra Cart­land, lui fait lire ses ou­vrages quand elle vient la vi­si­ter. Elle dé­vore aus­si les feuille­tons à la

Co­ro­na­tion Street. Dès son plus jeune âge, elle rêve d’un foyer heu­reux et d’un ma­ri ai­mant.

La fa­mille royale et la sienne étant très proches, on croit que la pre­mière fois

que Charles a croi­sé Dia­na, elle était dans son lan­dau. Quelques an­nées passent. Le père de Dia­na en­voie oc­ca­sion­nel­le­ment la mar­maille à la ré­si­dence de la reine. La prin­cesse di­ra en confi­dence à An­drew Mor­ton que l’atmosphère y était tou­jours étrange. Que voyait-elle avec ses yeux d’en­fant? Qu’est-ce qui l’a pous­sée, des an­nées plus tard, à in­té­grer les rangs de cette fa­mille?

Pour Dia­na, qui gran­dit loin de sa mère, sa soeur Sa­rah de­vient un mo­dèle fé­mi­nin. Elle aime lui pré­pa­rer sa va­lise avant son dé­part pour les études et prend plai­sir à s’ha­biller comme elle. À 14 ans, Dia­na hé­rite du titre de la­dy alors que son père de­vient quant à lui comte. Si elle pré­fé­rait jus­qu’alors les vê­te­ments dé­con­trac­tés, por­tait des jeans ou des t-shirts amples, elle doit re­voir ses atours puis­qu’elle as­sis­te­ra de plus en plus sou­vent à des ré­cep­tions mon­daines. Mal­gré les ori­gines aris­to­cra­tiques de sa fa­mille, elle ne pos­sède pas une garde-robe de rêve et n’a

À 14 ans, la jeune femme hé­rite du titre de la­dy alors que son père est nom­mé comte.

que peu d’in­té­rêt pour la mode. Dire que des an­nées plus tard, tous sou­hai­te­ront imi­ter ses te­nues et ses coif­fures…

Si elle est moins sé­duite par le cô­té fa­shion, elle aime ap­prendre les bons codes de conduite d’une la­dy. Ce se­ra peut-être cet atout qui tou­che­ra Charles lors d’une soi­rée à Al­thorp. Ce­la et le fait que, d’une ado ti­mide et ré­ser­vée, elle se trans­forme len­te­ment en une jeune femme char­mante et drôle.

À 16 ans, elle dé­mé­nage en Suisse du­rant un tri­mestre pour étu­dier à l’ins­ti­tut Al­pin Vi­de­ma­nette pour ado­les­centes. Un sé­jour pé­nible pour la pauvre qui inonde ses pa­rents de lettres leur de­man­dant de la faire ren­trer à la mai­son. Noël 1979 se­ra son der­nier à la ré­si­dence fa­mi­liale. Dia­na com­mence à avoir hâte de vo­ler de ses propres ailes. En 1980, elle loue un ap­par­te­ment à Londres avec une co­lo­ca­taire, Vir­gi­nia Pit­man. Elle tra­vaille­ra d’abord comme nou­nou, puis de­vien­dra en­suite auxi­liaire dans un centre de la pe­tite en­fance.

Comme passe-temps, elle aime re­gar­der les matchs de cri­cket avec ses co­pines, se ba­la­der en Volks­wa­gen et dis­pu­ter des par­ties de tennis. Cet équi­libre se­ra bref, car bien­tôt bou­le­ver­sé. Sa vie pren­dra une tout autre di­rec­tion. k

L’été 1961 marque l’ar­ri­vée de Dia­na au sein de la fa­mille Spen­cer. Son père est is­su d’une fa­mille aris­to­cra­tique an­glaise – une des plus im­por­tantes du royaume – très proche de la fa­mille royale.

Elle a huit ans lorsque sa mère quitte son père pour un autre homme. Elle se­ra té­moin de son dé­part, un évé­ne­ment bou­le­ver­sant qui la mar­que­ra à tout ja­mais.

La pe­tite Dia­na, une en­fant ré­ser­vée et ti­mide.

1970 – Dia­na est très douée pour la na­ta­tion. Elle s’en­traîne d’ailleurs quo­ti­dien­ne­ment dans la pis­cine fa­mi­liale.

Été 1971 – Dia­na a 10 ans et vit de­puis 2 ans la dé­chi­rure de ses pa­rents, qui se dis­putent la garde des en­fants.

Avec son frère, Charles.

El­len’apas­la­tê­teaux étu­de­se­trê­ve­de­danse.

Avec sa soeur Sa­rah, son idole, son mo­dèle.

Dans sa vie de jeune adulte, elle tra­vaille au­près des en­fants à titre d’auxi­liaire de pué­ri­cul­ture (qu’il convien­drait d’ap­pe­ler ici aide-édu­ca­trice de la pe­tite en­fance).

La­vie­de­cette jeu­ne­fem­me­va bien­tôt­prendre un­tour­nant in­croyable…

Dia­na, pho­to­gra­phiée avec son pa­ter­nel.

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