DETTE DU QUÉ­BEC : RIEN NE JUS­TI­FIE LA PA­NIQUE

L’actualité - - LA UNE - par Pierre For­tin

par Pierre For­tin

ON en­tend souvent dire que la hausse de 65 milliards de dol­lars de la dette du Qué­bec, de 2003 à 2014, a me­né la pro­vince au bord du pré­ci­pice fi­nan­cier. On ou­blie que, pen­dant ces 10 an­nées, le re­ve­nu to­tal des Qué­bé­cois (le PIB) a aug­men­té de 115 milliards. Ré­sul­tat : le poids de la dette dans l’éco­no­mie n’a pas chan­gé du tout de­puis 11 ans. Le rap­port dette-PIB était de 54 % en mars 2003 et de… 54 % en mars 2014.

Le gra­phique ci-contre per­met de vi­sua­li­ser l’évo­lu­tion de la dette du Qué­bec de­puis 40 ans. Il montre qu’elle a tra­ver­sé deux pé­riodes dis­tinctes. Dans la pre­mière, de 1971 à 1995, Ro­bert Bou­ras­sa et Jacques Pa­ri­zeau l’ont lais­sée grim­per de 15 % à 60 % du PIB. Ils ont sou­te­nu in­tel­li­gem­ment l’éco­no­mie en en­cais­sant des dé­fi­cits bud­gé­taires pen­dant les ré­ces­sions. Mais ils ont « ou­blié » de réa­li­ser des ex­cé­dents, en contre­par­tie, pen­dant les pé­riodes d’ex­pan­sion. Le rap­port dette-PIB a inexo­ra­ble­ment aug­men­té d’un cycle éco­no­mique au sui­vant.

Dans la se­conde pé­riode, de 1996 à au­jourd’hui, Lu­cien Bou­chard et Jean Cha­rest ont pris les choses en main. Bou­chard a fait adop­ter la Loi sur l’équi­libre bud­gé­taire en 1996. Celle-ci a in­ter­dit les dé­fi­cits comme moyen de fi­nan­cer les dé­penses cou­rantes du gou­ver­ne­ment (l’« épi­ce­rie », comme on dit). Cha­rest a sui­vi avec sa Loi sur la ré­duc­tion de la dette 10 ans plus tard. Celle-ci fixe une cible de 45 % à at­teindre en 2026 pour le rap­port dette-PIB.

Le gra­phique montre que ces deux lois ont réus­si à ar­rê­ter net l’ascension de la dette du Qué­bec. De son som­met de 60 % en 1997, le rap­port dette-PIB s’est mis à di­mi­nuer conti­nuel­le­ment, jus­qu’à at­teindre 50 % en mars 2008. En­suite, les mi­nistres des Fi­nances Jé­rôme-For­get, Ba­chand et Mar­ceau ont tem­po­rai­re­ment mis en veilleuse ces deux lois, afin de sou­te­nir l’éco­no­mie pen­dant la ré­ces­sion et la lente re­prise qui a sui­vi. C’était la chose à faire dans les cir­cons­tances.

Mais mal­gré cette pause-ré­ces­sion, le rap­port dette-PIB s’éta­blis­sait à 54 % en mars der­nier, soit à seule­ment quatre points de plus qu’en mars 2008. Le Qué­bec reste la plus en­det­tée des pro­vinces ca­na­diennes. Mais son ex­cé­dent d’en­det­te­ment par rap­port aux autres pro­vinces a di­mi­nué sen­si­ble­ment de­puis 15 ans. La ten­dance de­vrait se pour­suivre dans les an­nées à ve­nir. Le plan bud­gé­taire ac­tuel envisage un re­tour pro­gres­sif à l’équi­libre bud­gé­taire d’ici 2016 et une di­mi­nu­tion du rap­port dette-PIB à 48 % en 2019. Le cas échéant, la cible de 45 % du PIB fixée pour l’an­née 2026 se­rait à por­tée de vue.

On doit beau­coup à Lu­cien Bou­chard et à Jean Cha­rest, qui ont réus­si à ral­lier les Qué­bé­cois der­rière leurs lois sur l’équi­libre bud­gé­taire et la ré­duc­tion de la dette. Quand on ob­serve l’évo­lu­tion des choses de­puis 15 ans, on voit que rien ne jus­ti­fie la pa­nique que cer­tains cherchent à ré­pandre au su­jet de la dette du Qué­bec.

Le plus gros dé­fi à re­le­ver quant aux fi­nances pu­bliques dans les dé­cen­nies à ve­nir est le contrôle des dé­penses de san­té. L’his­toire a peut-être quelque chose à nous en­sei­gner à ce su­jet : tout comme ce ne sont pas des éco­no­mistes qui ont mis fin à la ten­dance ex­plo­sive de la dette qué­bé­coise dans le pas­sé, ce ne se­ront peut-être pas des mé­de­cins qui vont réus­sir à ma­ter la ten­dance ac­tuelle, tout aus­si ex­plo­sive, des dé­penses de san­té.

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