LES DIA­LOGUES DU VA­GIN

En 2014, que reste-t-il à dé­mys­ti­fier de l’uni­vers ho­mo­sexuel ? Sa nor­ma­li­té, ré­pond Ch­loé Robichaud par le tru­che­ment de sa web­sé­rie Fé­mi­nin/ Fé­mi­nin, qui montre de jeunes les­biennes au quo­ti­dien, sans fard ni com­plexe. Dis­cus­sion avec une au­teure et réa

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Son pre­mier long mé­trage, Sa­rah pré­fère la course (2013), sui­vait une jeune ath­lète aus­si dé­ter­mi­née sur la piste d’ath­lé­tisme qu’éga­rée sur le plan sen­ti­men­tal. Très re­mar­qué, sé­lec­tion­né au Festival de Cannes dans le cadre du vo­let Un cer­tain re­gard, au prin­temps der­nier, le film de Ch­loé Robichaud té­moi­gnait de l’éveil amou­reux d’une fille qui aime les filles.

La ci­néaste de 26 ans conti­nue son ex­plo­ra­tion des iden­ti­tés sexuelles en met­tant en scène une di­zaine de les­biennes, dans la ving­taine pour la plu­part, éman­ci­pées, libres, lu­mi­neuses. « Les émis­sions ou les films qui traitent de l’ho­mo­sexua­li­té sont sou­vent dra­ma­tiques, se ter­minent dans la dou­leur, voire par un sui­cide. Je n’ai rien contre, parce que ce type de drame existe, il faut en par­ler. Mais j’ai vou­lu mon­trer quelque chose de plus po­si­tif, plus proche de ce que moi je connais de la com­mu­nau­té gaie. »

Tout ne va pas tou­jours bien dans Fé­mi­nin/Fé­mi­nin, évi­dem­ment. Du­rant les huit épi­sodes, d’une di­zaine de mi­nutes cha­cun, les per­son­nages ont le temps de s’ai­mer, de se dé­tes­ter, de se perdre de vue. La for­mule ne per­met pas de creu­ser beau­coup, mais on touche à des pro­blé­ma­tiques telles que la fi­dé­li­té au fé­mi­nin, la dif­fé­rence entre vivre son co­ming out à Mon­tréal ou

C’EST ELLE QUI LE DIT « Je rêve du jour où on ver­ra à l’écran des gais qui ne sont pas là d’abord pour re­pré­sen­ter leur orien­ta­tion sexuelle. »

dans une plus petite ville, les re­la­tions entre femmes de génération­s dif­fé­rentes. « Je m’adresse d’abord à la com­mu­nau­té, pré­cise Ch­loé Robichaud, mais je constate avec plai­sir que la sé­rie per­met à Mon­sieur et Ma­dame Tout-le-monde de dé­mys­ti­fier les amours gaies. D’après les com­men­taires que je re­çois, en tout cas, ces his­toires-là touchent des gens de toutes les orien­ta­tions sexuelles. »

Et de tous les conti­nents. Lan­cée en jan­vier der­nier et dif­fu­sée en in­té­gra­li­té de­puis la mi-juin, ex­clu­si­ve­ment sur In­ter­net, la sé­rie compte dé­jà quelque 300 000 vi­sion­ne­ments, au Qué­bec mais aus­si dans le reste de la

fran­co­pho­nie, dont 70 000 en France ! « C’est la beau­té du Web. Si on parle de su­jets uni­ver­sels, le pu­blic po­ten­tiel, c’est le monde. »

DE­GRÉ D’OU­VER­TURE

Plu­sieurs des co­mé­diennes de la dis­tri­bu­tion ne sont pas gaies dans la vraie vie. Toutes celles qu’a pres­sen­ties Ch­loé Robichaud ont ac­cep­té d’em­blée, pour­tant. Signe des temps ? « Je pense que oui. Ça au­rait sans doute été dif­fé­rent il y a 10 ans, cer­taines au­raient hé­si­té à jouer le jeu, au­raient eu peur de la ru­meur. Tout comme il y a 10 ans, à mon bal de fi­nis­sants, per­sonne n’au­rait pen­sé se pré­sen­ter ac­com­pa­gné d’une per­sonne du même sexe. Main­te­nant, je sais que ça se fait, alors les men­ta­li­tés conti­nuent d’évo­luer. »

Pour pous­ser plus loin la ré­flexion, la réa­li­sa­trice a in­sé­ré dans la fic­tion un vo­let do­cu­men­taire. Les per­son­nages s’adressent par­fois à la ca­mé­ra, le temps de ré­pondre à une ques­tion du genre : y a-t-il une dif­fé­rence entre un amour hé­té­ro et un amour les­bien ? Attention : ré­ponses désar­mantes de fran­chise. Sans comp­ter les ca­méos de fi­gures connues, dont Ariane Mof­fatt, qui fait dans

une ap­pa­ri­tion très sen­tie où elle dit en quoi la ma­ter­ni­té a chan­gé sa vie.

Main­te­nant très as­so­ciée à la thé­ma­tique ho­mo­sexuelle, Ch­loé Robichaud re­fuse de s’y lais­ser en­fer­mer. D’ailleurs, elle nous souffle que son pro­chain film por­te­ra sur trois po­li­ti­ciennes, qui doivent conci­lier vie pu­blique et vie pri­vée. « Et non, elles ne sont pas les­biennes ! Au fond, ce qui m’in­té­resse, c’est la fa­çon dont les femmes, toutes orien­ta­tions confon­dues, prennent leur place et vivent leur li­ber­té. » ( En ac­cès libre sur le site fe­mi­nin­fe­mi­nin.com)

Per­rier Pink, af­fiche d’An­dy Wa­rhol, vers 1983.

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