LE RE­TOUR DE LA GROSSE MA­CHINE ROUGE

L’actualité - - MODE - par Chan­tal Hé­bert

S’ il ne fal­lait re­te­nir qu’une seule ten­dance lourde en po­li­tique ca­na­dienne, ce se­rait celle du re­tour en force de la marque de com­merce li­bé­rale. Au Qué­bec, le PLQ — sous Phi­lippe Couillard — est re­ve­nu aux af­faires après moins de deux ans dans l’op­po­si­tion et avec, en poche, un man­dat ma­jo­ri­taire. En On­ta­rio, le gou­ver­ne­ment li­bé­ral, don­né pour mort au mo­ment du dé­part de l’ex-pre­mier mi­nistre Dal­ton McGuin­ty, a re­con­quis, sous la di­rec­tion de Kath­leen Wynne, la ma­jo­ri­té des sièges à Queen’s Park. Au Nou­veauB­runs­wick, les li­bé­raux de Brian Gal­lant ont ra­flé le pou­voir aux conser­va­teurs après seu­le­ment un man­dat dans l’op­po­si­tion.

En cette fin d’an­née, des li­bé­raux sont au pou­voir dans six des dix pro­vinces ca­na­diennes, dont trois des quatre plus peu­plées. Si la ten­dance se main­tient, une sep­tième pro­vince, Terre-Neu­veet-La­bra­dor, pas­se­ra aux rouges dès le prin­temps pro­chain.

La scène fé­dé­rale n’a pas échap­pé à cette ten­dance. Le par­ti de Jus­tin Tru­deau a oc­cu­pé la pre­mière place dans tous les son­dages sur les in­ten­tions de vote pu­bliés de­puis le dé­but de l’an­née. Et cette bonne per­for­mance a eu des échos dans l’urne : six élec­tions par­tielles fé­dé­rales ont eu lieu en 2014, trois en Al­ber­ta et trois en On­ta­rio. À tous les coups, la pro­por­tion du vote li­bé­ral a aug­men­té, du simple au triple ou au qua­druple dans cer­tains cas.

Les li­bé­raux avaient ré­col­té le pire score de leur his­toire au scru­tin fé­dé­ral de 2011. Ils par- taient de très loin. Mais à la vi­tesse où ils ré­cu­pèrent le terrain per­du, les scep­tiques qui dou­taient que le PLC puisse sau­ter de la troi­sième place des der­nières élec­tions au pre­mier rang du scru­tin de 2015 sont de plus en plus confon­dus.

Les élec­tions com­plé­men­taires n’ont pas chan­gé le rap­port de force entre les par­tis à la Chambre des com­munes, mais leur ef­fet sur la psy­cho­lo­gie pré­élec­to­rale est in­dé­niable, et dé­vas­ta­teur pour le NPD.

Car les suc­cès à ré­pé­ti­tion de Jus­tin Tru­deau, c’est aus­si l’échec de Tho­mas Mul­cair à im­po­ser son par­ti à l’élec­to­rat de l’ex­té­rieur du Qué­bec comme la so­lu­tion de re­change aux conser­va­teurs de Ste­phen Har­per.

Mal­gré une per­for­mance so­lide à la tête de l’op­po­si­tion of­fi­cielle, le chef néo-dé­mo­crate conti­nue de lais­ser de glace l’élec­to­rat pro­gres­siste du reste du Ca­na­da.

On l’a vu dans Tri­ni­ty-Spa­di­na, siège lais­sé va­cant par la veuve de Jack Lay­ton, Oli­via Chow. Dans cette cir­cons­crip­tion to­ron­toise qui compte peut-être le plus grand nombre de membres de la gauche ca­viar ca­na­dienne au ki­lo­mètre car­ré, le can­di­dat li­bé­ral, Adam Vau­ghan, a rem­por­té la vic­toire avec une ving­taine de points d’avance sur son ad­ver­saire néo-dé­mo­crate.

Et on l’a vu en­core le mois der­nier à l’oc­ca­sion de l’élec­tion com­plé­men­taire dans Whit­by– Osha­wa, l’an­cienne cir­cons­crip­tion du dé­funt mi­nistre des Fi­nances Jim Fla­her­ty. Dans cette cir­cons­crip­tion de la ban­lieue to­ron­toise, le vote néo- dé­mo­crate s’est ef­fon­dré, pas­sant de 22 % en 2011 à 8 %. Le ré­sul­tat a eu l’ef­fet d’une douche froide pour le NPD, mais aus­si… pour les conser­va­teurs.

Car jus­qu’à pré­sent, tous les cal­culs du Par­ti conser­va­teur en pré­vi­sion des élec­tions gé­né­rales de 2015 re­po­saient sur l’as­su­rance d’une di­vi­sion du vote d’op­po­si­tion entre li­bé­raux et néo-dé­mo­crates. Les conser­va­teurs n’avaient pas ima­gi­né un effondreme­nt du vote du NPD en fa­veur du PLC. Or, la dy­na­mique ob­ser­vée dans Whit­by–Osha­wa, si elle se ré­pé­tait l’an pro­chain, pour­rait faire bas­cu­ler l’On­ta­rio (et le pou­voir) dans le camp li­bé­ral.

Le pire, conve­nait un stra­tège conser­va­teur au len­de­main du vote dans Whit­by–Osha­wa, c’est que l’équipe de Har­per, en s’achar­nant à pré­sen­ter Jus­tin Tru­deau plu­tôt que Tho­mas Mul­cair comme son en­ne­mi nu­mé­ro un de­puis deux ans, a contri­bué à l’im­po­ser comme l’as­pi­rant le plus sus­cep­tible de battre Ste­phen Har­per.

Au dé­but de l’an­née, per­sonne ne dou­tait que la po­li­tique al­lait ré­ser­ver son lot de sur­prises ha­bi­tuelles. La dé­faite du Par­ti qué­bé­cois, qui se voyait en piste pour un deuxième man­dat — de pré­fé­rence ma­jo­ri­taire — à la même date l’an der­nier en est un bel exemple.

Mais qui au­rait ima­gi­né que les conser­va­teurs de Ste­phen Har­per bou­cle­raient l’an­née en se de­man­dant quoi faire pour ai­der Tho­mas Mul­cair à re­mon­ter la pente sa­von­neuse sur la­quelle lui et son par­ti sont en train de glis­ser ?

En s’achar­nant à pré­sen­ter Jus­tin Tru­deau comme leur en­ne­mi nu­mé­ro un, les conser­va­teurs ont contri­bué à l’im­po­ser comme l’as­pi­rant le plus sus­cep­tible de battre Ste­phen Har­per.

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