RUS­SELL BANKS : RIEN QUE LA VÉ­RI­TÉ

L’actualité - - LIVRES - M.D.

À 75 ans, Rus­sell Banks n’a plus rien à prou­ver. Sa place au pan­théon des lettres amé­ri­caines est as­su­rée par des oeuvres ca­pi­tales, telles qu’Af­flic­tion ou De beaux len­de­mains. Il vient néan­moins de pro­duire un re­cueil de nou­velles qui dé­montre pour­quoi il reste le maître in­con­tes­té des pul­sions conflic­tuelles du coeur de­vant les tra­gé­dies du quo­ti­dien.

« Mon ap­proche était de trou­ver des mo­ments pré­cis à par­tir des­quels la vie d’un per­son­nage bas­cule et ne se­ra plus ja­mais la même, ex­plique-t-il de­puis la Flo­ride, où il passe ses hi­vers. Par la force des choses, mes per­son­nages sont main­te­nant plus âgés, ils exa­minent leur vie et re­mettent en ques­tion leurs dé­ci­sions pas­sées. Mais ce qui m’in­té­resse tou­jours au­tant, en fic­tion, c’est de dire la vé­ri­té, avec la dif­fi­cul­té et la né­ces­si­té que ça com­porte. »

La vio­lence aux États-Unis de­meure un de ses grands thèmes. « Si j’omet­tais d’en par­ler, je ne ren­drais pas compte de ce qui se passe réel­le­ment ici. Notre culture de far west est ef­frayante et ses coûts hu­mains sont cho­quants. J’en­vie aux Ca­na­diens leur atti- tude mo­dé­rée à l’égard des armes à feu. Per­son­nel­le­ment, je fe­rais presque n’im­porte quoi pour que notre Congrès passe des lois rai­son­nables sur le contrôle des armes, mais ça n’ar­ri­ve­ra pas — du moins pas de mon vi­vant. Ce­la dit, je pos­sède moi-même une ca­ra­bine 22, j’en ai bien peur. Mais ce n’est pas in­ha­bi­tuel à la cam­pagne, sur­tout si les mar­mottes viennent man­ger votre jar­din », ajoute-t-il en bla­guant.

Il ai­me­rait que ses oeuvres puissent chan­ger les va­leurs de ses lec­teurs et ap­pro­fon­dir leur com­pré­hen­sion des autres. « J’ai vu l’autre soir le film Mom­my, du réa­li­sa­teur Xa­vier Do­lan. L’his­toire est as­sez dé­pri­mante et je n’avais au­cune en­vie d’en­trer dans la tête d’un ado tour­men­té. Mais Do­lan m’y a en­traî­né. Et il l’a fait de fa­çon tel­le­ment brillante que j’ai main­te­nant plus de to­lé­rance et de sym­pa­thie pour ces jeunes que je vois agir de fa­çon stu­pide et agres­sive dans la rue. Si mes his­toires peuvent avoir le même ef­fet sur mes lec­teurs que ce film a eu sur moi, alors je mour­rai heu­reux. »

(Rus­sell Banks par­ti­ci­pe­ra au festival Me­tro­po­lis bleu les 23 et 24 avril pro­chains, à Mon­tréal.)

Un membre per­ma­nent de la fa­mille, par Rus­sell Banks (Actes Sud, 240 p.)

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