LA CAM­PAGNE ÉLEC­TO­RALE PLA­NÉ­TAIRE D’UBER

L’actualité - - AFFAIRES - par Pierre Du­ha­mel

D avid Plouffe, ce­lui qui a di­ri­gé la cam­pagne élec­to­rale de Ba­rack Oba­ma en 2008, est de nou­veau en mis­sion, et son nou­vel ob­jec­tif est en­core plus am­bi­tieux. Au ser­vice d’Uber de­puis un an, Plouffe tente de pro­mou­voir les ser­vices de l’en­tre­prise dans les quelque 335 villes où elle est éta­blie. Da­vid Plouffe est un pro­fes­sion­nel des mis­sions im­pos­sibles et de ce que les Amé­ri­cains ap­pellent les cam­pagnes contre l’ordre éta­bli, les « in­surgent

cam­pai­gns ». « C’est très amu­sant », dit-il au dé­but de la ren­contre.

UberX et UberPop (le nom va­rie se­lon les ter­ri­toires) offrent une pla­te­forme tech­no­lo­gique qui met en con­tact un par­ti­cu­lier qui veut faire une course et un chauf­feur oc­ca­sion­nel qui uti­lise sa propre voi­ture pour ob­te­nir un re­ve­nu d’ap­point. Ce ser­vice est per­çu comme un concur­rent dé­loyal par l’in­dus­trie du taxi, et cer­taines villes l’ont in­ter­dit.

J’ai ren­con­tré Da­vid Plouffe dans les bu­reaux de L’ac­tua­li­té avec les di­ri­geants de l’en­tre­prise au Ca­na­da. Il était la veille à To­ron­to et il partait en fin d’après-mi­di pour Van­cou­ver. La semaine pré­cé­dente, il était en Eu­rope. Par­tout, il dis­tille le même mes­sage, cris­tal­lin et qua­si mes­sia­nique.

Si Ba­rack Oba­ma était le pré­sident de l’es­poir et du chan­ge­ment, se­lon les termes de Da­vid Plouffe, Uber est bon pour les ci­ta­dins, bon pour l’éco­no­mie, bon pour l’en­vi­ron­ne­ment et même bon pour les chauf­feurs de taxi !

Ba­rack Oba­ma s’est fait élire grâce à des tech­niques de mi­cro­ci­blage de ca­té­go­ries d’élec­teurs et à la mo­bi­li­sa­tion de ses par­ti­sans. Uti­li­sant des stra­té­gies si­mi­laires, UberX mo­bi­lise au­jourd’hui ses chauf­feurs et uti­li­sa­teurs dans la ba­taille que livre l’en­tre­prise pour se faire ac­cep­ter dans les dif­fé­rentes col­lec­ti­vi­tés.

Ses chauf­feurs ont re­cueilli 120 000 témoignage­s de clients par­tout dans le monde, des vi­déos pré­sen­tées sur les mé­dias so­ciaux. Vous pou­vez en lire sous le mot-clic #UberEtMoi.

C’est de ce­la que veut nous par­ler Da­vid Plouffe. « Les chauf­feurs et uti­li­sa­teurs sont tel­le­ment en­ga­gés dans la dé­fense de l’en­tre­prise. Ils té­moignent sur vi­déo et signent des pé­ti­tions, parce qu’ils ap­pré­cient le ser­vice ren­du par notre pla­te­forme tech­no­lo­gique et ce que nous ap­por­tons à leur col­lec­ti­vi­té », dit-il.

Il de­mande si nous avons dé­jà en­ga­gé la conver­sa­tion avec l’un des chauf­feurs d’UberX à Mon­tréal. « Nous avons un mil­lion de chauf­feurs dans le monde et cha­cun d’eux a une his­toire per­son­nelle. La moi­tié d’entre eux tra­vaillent moins de 10 heures par semaine. Uber leur per­met de bou­cler leurs fins de mois ou de réa­li­ser leur rêve. Nous sommes des créa­teurs d’em­plois et nous avons un ef­fet po­si­tif sur l’éco­no­mie », dit-il. Oui, mais n’est-ce pas aux dé­pens des chauf­feurs de taxi, qui sont au bou­lot 12 heures par jour pour une maigre pitance et qui ont dû payer cher leur per­mis de taxi ?

« Non, parce que nous fai­sons gran­dir le mar­ché, dit Plouffe. Des par­ti­cu­liers qui pre­naient leur au­to pour se dé­pla­cer en ville ont dé­cou­vert avec Uber une fa­çon plus com­mode et plus éco­no­mique d’al­ler d’un point à un autre. Ces per­sonnes de­viennent des clients po­ten­tiels pour les chauf­feurs de taxi lo­caux. De plus, nos chauf­feurs ne passent pas la jour­née à at­tendre de­vant les hô­tels cinq étoiles, mais ils sont nom­breux dans les quar­tiers mal des­ser­vis par les en­tre­prises de taxis. »

À l’en­tendre, Uber se­rait même un ser­vice pro-en­vi­ron­ne­ment, parce qu’il fe­rait di­mi­nuer le nombre de voi­tures de par­ti­cu­liers cir­cu­lant dans les villes, contri­buant aus­si à di­mi­nuer la conges­tion.

L’en­tre­prise ca­li­for­nienne a d’ailleurs lan­cé l’ap­pli­ca­tion UberPool, qui per­met à deux per­sonnes al­lant dans la même di­rec­tion de par­ta­ger une course, ce qui pour­rait à terme rem­pla­cer le parc d’au­to­mo­biles des grandes en­tre­prises. Elle teste éga­le­ment la li­vrai­son de biens et d’ali­ments.

Da­vid Plouffe n’a pas ren­con­tré le maire de Mon­tréal pen­dant son court sé­jour ici, mais ce­la fait par­tie de la « pé­da­go­gie » d’Uber. À force de ré­pé­ter le même mes­sage et de convaincre les uti­li­sa­teurs les uns après les autres, la so­cié­té pense qu’elle ga­gne­ra la ba­taille. La route se­ra peut-être longue, mais Uber a 5 mil­liards de dol­lars amé­ri­cains dans son coffre et elle est éva­luée à 51 mil­liards.

De quoi faire un bon bout de che­min.

Da­vid Plouffe, le lobbyiste en chef d’Uber, tente de convaincre les au­to­ri­tés mu­ni­ci­pales que son ser­vice fait par­tie de la so­lu­tion aux pro­blèmes de trans­port ur­bain.

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