Le pu­sher du Qué­bec

La So­cié­té des al­cools du Qué­bec a eu moins d’un an pour mettre sur pied une nou­velle so­cié­té d’État, afin de four­nir du pot aux Qué­bé­cois, où qu’ils soient dans la pro­vince.

L’actualité - - DÉCRYPTAGE -

La di­rec­tion de la SAQ ne l’a vrai­ment, mais vrai­ment pas vue ve­nir. En no­vembre der­nier, quelques jours avant d’en faire l’an­nonce pu­blique, Qué­bec l’a pré­ve­nue qu’en plus de vendre de l’al­cool elle de­vrait mettre sur pied une fi­liale pour of­frir du pot : la So­cié­té qué­bé­coise du can­na­bis.

« Ça ne fai­sait pas par­tie de nos plans. On ne s’était même pas im­pli­qué dans le dé­bat sur la lé­ga­li­sa­tion ! » rap­pelle Jean-Fran­çois Ber­ge­ron, vice-pré­sident à l’in­for­ma­tion et à la tech­no­lo­gie à la SAQ. C’est lui qui, en­tou­ré d’une pe­tite équipe, tra­vaille sans re­lâche pour s’as­su­rer que les pre­mières suc­cur­sales de la SQDC ou­vri­ront leurs portes comme pré­vu le 17 oc­tobre.

La nou­velle so­cié­té d’État ne de­vien­dra pas une ma­chine à im­pri­mer de l’ar­gent pour le gou­ver­ne­ment. Sa mis­sion est de pro­té­ger la santé des consom­ma­teurs de can­na­bis en les in­té­grant au mar­ché lé­gal. Les pro­fits, « s’il y en a », se­ront ré­in­ves­tis dans un fonds de re­cherche et de pré­ven­tion sur la ma­ri­jua­na. On est loin de la SAQ.

Ce­la ne si­gni­fie pas que l’ex­per­tise de la SAQ a été in­utile, bien au contraire. Vendre un pro­duit dans un ré­seau de ma­ga­sins, qu’il s’agisse d’al­cool ou de drogue, a ses si­mi­li­tudes, no­tam­ment sur le plan lo­gis­tique. Et dès le dé­but, Jean-Fran­çois Ber­ge­ron a consta­té un pro­blème : il n’y au­ra peut-être pas as­sez de pot pour tous les Ca­na­diens.

« Ce se­ra à court terme seule­ment, car la pro­duc­tion va aug­men­ter ra­pi­de­ment », mais pour évi­ter toute pé­nu­rie, la prio­ri­té de Jean-Fran­çois Ber­ge­ron a été de sé­cu­ri­ser l’ap­pro­vi­sion­ne­ment. La SQDC a ain­si été l’une des pre­mières au pays à s’en­tendre avec six four­nis­seurs, qui lui ven­dront 58 000 ki­los en 12 mois.

En temps nor­mal, la mar­chan­dise se­rait ex­pé­diée dans un en­tre­pôt prin­ci­pal avant d’être ache­mi­née dans les bou­tiques. Or, les en­tre­pôts de can­na­bis doivent être cer­ti­fiés par Santé Ca­na­da, un pro­ces­sus long et com­plexe. Et s’il y a une chose dont JeanF­ran­çois Ber­ge­ron manque, c’est du temps ! La so­lu­tion : de­man­der aux four­nis­seurs de li­vrer di­rec­te­ment dans les suc­cur­sales.

Pour les ventes en ligne — le site tran­sac­tion­nel ou­vri­ra éga­le­ment le 17 oc­tobre —, la SQDC a sol­li­ci­té l’aide de son « four­nis­seur pri­vi­lé­gié », le pro­duc­teur de can­na­bis qué­bé­cois Hexo. Ses ins­tal­la­tions, dé­jà ap­prou­vées par Santé Ca­na­da, ser­vi­ront de plaque tour­nante d’ex­pé­di­tion pour les com­mandes nu­mé­riques, y com­pris pour les pro­duits de ses concur­rents.

De­puis quelques mois, la so­cié­té d’État fait dis­crè­te­ment des dé­marches au­près des villes de la pro­vince afin d’ou­vrir des bou­tiques sur leur ter­ri­toire. La plu­part co­opèrent, dont Mon­tréal, Lé­vis, Drum­mond­ville, Trois-Ri­vières et Qué­bec. Mais d’autres, dont La­val, ont fer­mé la porte à la SQDC. « On ne brusque rien, dit JeanF­ran­çois Ber­ge­ron. Si elles ne sont pas in­té­res­sées, on passe à la sui­vante. » L’ob­jec­tif est d’avoir une ving­taine de suc­cur­sales prêtes pour le 17 oc­tobre, et pos­si­ble­ment une cen­taine d’ici 2020.

Celles-ci ne res­sem­ble­ront en rien aux ma­ga­sins de la SAQ. Un gar­dien de sé­cu­ri­té à l’en­trée s’as­su­re­ra qu’au­cun mi­neur n’y entre, même ac­com­pa­gné de ses pa­rents. Les clients ar­ri­ve­ront en­suite dans une zone d’in­for­ma­tion, où des conseiller­s fe­ront de l’édu­ca­tion sur le can­na­bis, ses ef­fets et ses risques. Les an­té­cé­dents ju­di­ciaires de tous les em­ployés au­ront été scru­tés par la Sû­re­té du Qué­bec.

Les pro­duits, près de 150, se­ront dans une deuxième zone, der­rière un comp­toir. Il y au­ra du can­na­bis sé­ché, des huiles co­mes­tibles et des gé­lules — les ali­ments au THC de­vraient ar­ri­ver plus tard, en 2019, lorsque le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral les au­to­ri­se­ra. Une grande sé­lec­tion se­ra of­ferte à moins de sept dol­lars le gramme, taxes com­prises, afin de concur­ren­cer le mar­ché noir. La cible est de lui ra­vir 30 % de parts de mar­ché dès la pre­mière an­née.

Les conseiller­s « fe­ront de la vente res­pon­sable », as­sure Jean-Fran­çois Ber­ge­ron. Les in­for­ma­tions don­nées se­ront fac­tuelles et au­cun em­ployé ne ra­con­te­ra son buzz de la veille avec telle ou telle va­rié­té de ma­ri­jua­na. Les clients re­ce­vront éga­le­ment, avec chaque achat, un dé­pliant ré­di­gé par le mi­nis­tère de la Santé. « Ce se­ra une sorte de “can­na­bis 101”. »

Ces pre­mières bou­tiques ser­vi­ront de la­bo­ra­toires d’ex­pé­ri­men­ta­tion pour la so­cié­té d’État. « On crée une nou­velle in­dus­trie, sou­ligne Jean-Fran­çois Ber­ge­ron. On ne sait pas ce que les clients vont ai­mer. » Tout, de la struc­ture lo­gis­tique aux bou­tiques, a donc été conçu afin de pou­voir être mo­di­fié fa­ci­le­ment si né­ces­saire. « Pour nous, le 17 oc­tobre, ce se­ra le dé­but de l’aven­ture, pas la fin. »

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