Faut-il avoir peur...

... DE LA DIS­PA­RI­TION DES IN­SECTES ?

L’actualité - - SOMMAIRE -

Al­lons-nous vers un « in­sec­ta­ged­don » ?

Une re­vue de lit­té­ra­ture scien­ti­fique pu­bliée ré­cem­ment dans Bio­lo­gi­cal Conser­va­tion a pro­vo­qué un vent de pa­nique : se­lon les au­teurs de cette étude, près de la moi­tié des po­pu­la­tions d’in­sectes de la pla­nète se­raient en déclin, et le tiers d’entre elles pour­raient dis­pa­raître d’ici quelques dé­cen­nies.

Ces conclu­sions apo­ca­lyp­tiques sont tou­te­fois lar­ge­ment contes­tées par la com­mu­nau­té scien­ti­fique des spé­cia­listes en en­to­mo­lo­gie et en conser­va­tion, qui a for­te­ment ré­agi à la pu­bli­ca­tion de cette ana­lyse.

Certes, de nom­breuses études conduites dans dif­fé­rents pays ont ré­vé­lé que des in­sectes ja­dis abon­dants sont de­ve­nus beau­coup plus rares, sur­tout à cause de la perte d’ha­bi­tats comme des mi­lieux hu­mides ou des prai­ries, et de l’uti­li­sa­tion mas­sive d’in­sec­ti­cides. Les cas des pa­pillons mo­narques et des abeilles ont été am­ple­ment do­cu­men­tés. Une étude me­née du­rant 27 ans dans des ré­serves na­tu­relles en Al­le­magne a aus­si sou­le­vé des ten­dances in­quié­tantes.

Mais le dé­fi­cit de connais­sances sur l’en­to­mo­faune de la pla­nète est tel­le­ment énorme qu’il est im­pos­sible d’af­fir­mer quoi que ce soit de scien­ti­fi­que­ment va­lide sur un pos­sible déclin mon­dial des in­sectes.

La mé­tho­do­lo­gie de cette re­vue de lit­té­ra­ture a été ver­te­ment cri­ti­quée. Par exemple, pour choi­sir les études à prendre en compte dans leur ana­lyse, les cher­cheurs y sont al­lés par mots-clés dans les bases de don­nées de pu­bli­ca­tions sa­vantes, sé­lec­tion­nant seule­ment celles dont le titre com­por­tait le mot

« déclin », ce qui biaise toute l’ana­lyse ! De plus, au to­tal, les études qu’ils ont re­te­nues por­taient sur 2 900 es­pèces d’in­sectes étu­diées sur­tout en Eu­rope et en Amé­rique du Nord. Or, il existe, croit-on, en­vi­ron cinq mil­lions d’es­pèces d’in­sectes, dont la ma­jo­ri­té vivent ailleurs dans le monde !

L’éco­lo­gie de la plu­part d’entre elles est très mal connue, car les études sont dif­fi­ciles à me­ner et la re­cherche sou­vent sous-fi­nan­cée. Cer­taines es­pèces d’in­sectes peuvent-elles s’adap­ter ra­pi­de­ment à de nou­velles condi­tions cli­ma­tiques ou ap­prendre à ré­sis­ter à des pro­duits chi­miques ? S’épa­nouir dans des ha­bi­tats mo­de­lés par l’hu­main ? On se pré­oc­cupe beau­coup moins du sort des co­que­relles, des mouches et des moustiques vec­teurs de ma­la­dies que de ce­lui des pa­pillons !

Les spé­cia­listes de la conser­va­tion de la na­ture sont nom­breux à s’in­quié­ter ter­ri­ble­ment de ce qu’ils ob­servent. Mais prendre des rac­cour­cis dans leurs études pour aler­ter la po­pu­la­tion est tout aus­si ris­qué : ce­la dé­cré­di­bi­lise la science dont on a tant be­soin pour com­prendre un monde de plus en plus com­pli­qué et me­na­çant. (Va­lé­rie Borde)

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