L’au­teur du mois

LOUISE PEN­NY

L’actualité - - SOMMAIRE -

Louise Pen­ny avait 46 ans lorsque son pre­mier ro­man fut pu­blié. Qua­torze ans plus tard, elle a ven­du plus de 6,3 mil­lions d’exem­plaires des 14 titres de sa sé­rie de ro­mans po­li­ciers met­tant en ve­dette le dé­sor­mais cé­lèbre ins­pec­teur Ar­mand Ga­mache et les ha­bi­tants du village fic­tif de Th­ree Pines. Une douce re­vanche pour cette an­cienne jour­na­liste qui, après avoir es­suyé une cin­quan­taine de re­fus pour son pre­mier ma­nus­crit, est main­te­nant une ha­bi­tuée de la liste des best-sel­lers du New York Times. Son der­nier titre pu­blié en fran­çais, Le royaume de l’aveugle, ar­rive juste à temps pour les va­cances.

Où écri­vez-vous ?

Pour mes pre­miers livres, j’étais convain­cue que le lieu où j’écri­vais pos­sé­dait une ma­gie par­ti­cu­lière. Je de­vais m’ins­tal­ler dans le sa­lon de notre mai­son, de­vant la che­mi­née, avec mon vieux por­table. Puis, le por­table est mort, et le mythe avec ! J’ai com­pris que je trans­por­tais Th­ree Pines et ses per­son­nages avec moi. Alors main­te­nant, j’écris n’im­porte où, sur n’im­porte quel or­di­na­teur.

Com­ment dé­cri­riez-vous votre dé­marche ar­tis­tique ?

J’écris ce que j’ai­me­rais lire. Mais le dan­ger, avec une sé­rie qui met en scène des per­son­nages ré­cur­rents, c’est de tom­ber dans la for­mule. Pour évi­ter ça, je dois sans cesse me for­cer à prendre des risques. De­vant ma table de tra­vail, j’ai pla­car­dé les der­niers mots du poète Sea­mus Hea­ney : « No­li ti­mere ». N’aie pas peur. C’est aus­si ma fa­çon d’abor­der la vie. J’ai peur de tout, alors chaque jour je m’ex­horte au cou­rage.

Quelle place le lec­teur prend-il dans votre pro­ces­sus créa­tif ?

J’écris d’abord pour moi, en sui­vant la lo­gique des per­son­nages. Les lec­teurs sont les bien­ve­nus, s’ils veulent se joindre à nous. Ce­la dit, je sais que les gens consacrent un temps pré­cieux et de l’ar­gent à mes ro­mans. La lec­ture doit en va­loir la peine, voi­là l’en­ga­ge­ment que j’ai en­vers mes lec­teurs.

Sa­voir que des mil­liers de mor­dus at­tendent votre pro­chain livre rend-il l’écri­ture plus dif­fi­cile ?

Au dé­but, ça ren­dait le tra­vail plus ar­du : je sen­tais une énorme pres­sion. Trop long­temps dans ma vie, j’ai su­bi la ty­ran­nie de l’ap­pro­ba­tion des autres. Et je sais que ce­la ne con­duit qu’à la mé­dio­cri­té : tra­vailler par peur de l’échec, jouer la sé­cu­ri­té. Alors main­te­nant, tout en étant très tou­chée par la fi­dé­li­té des lec­teurs, je place mes livres à l’abri de la pres­sion, réelle ou fic­tive, des agents, des édi­teurs ou même des lec­teurs.

Quelle par­tie de votre bou­lot vous rend le plus heu­reuse ?

Écrire ! Si je n’ai rien à faire d’autre dans ma jour­née, c’est le bon­heur.

Li­sez-vous les livres d’autres au­teurs comme une simple lec­trice… ou comme une au­teure ?

Quand je lis, il y a tou­jours une part de moi qui ana­lyse : « C’est brillant, com­ment est-ce fait ? » ou « Ce per­son­nage n’est pas cré­dible, pour­quoi ? » Voi­là pour­quoi je lis beau­coup d’ou­vrages non ro­ma­nesques ; je veux lais­ser mon cer­veau se dé­tendre !

Quel est le meilleur conseil que vous ayez re­çu ?

Il est ve­nu d’une thé­ra­peute que j’avais consul­tée quand je ba­taillais pour mon deuxième livre. Je sen­tais le poids des at­tentes du pu­blic, de l’édi­teur, de moi-même, et j’étais pa­ra­ly­sée par la peur. Elle m’a dit un truc qui a chan­gé ma vie : « C’est la mau­vaise per­sonne qui est en train d’écrire votre livre : la cri­tique en vous. Vous de­vez la mettre à la porte et lais­ser la créa­trice com­po­ser la pre­mière ver­sion. Rap­pe­lez la cri­tique pour les ver­sions deux, trois et quatre… Mais pour la pre­mière, conten­tez-vous de plon­ger sans crainte. »

De quelle réa­li­sa­tion êtes-vous le plus fière ?

Avec mon ma­ri, le Dr Mi­chael Whi­te­head, j’ai ai­dé à créer le prix Ar­thur-El­lis (re­mis par l’as­so­cia­tion Crime Wri­ters of Ca­na­da) pour le meilleur pre­mier ro­man non pu­blié. Ce­la contri­bue à lan­cer la car­rière d’au­teurs ca­na­diens qui traitent de crimes et de mys­tères.

Com­ment s’est pas­sée la créa­tion d’ ?

Au royaume des aveugles

C’est mon pre­mier livre de­puis la mort de mon ma­ri. Je croyais que je n’ar­ri­ve­rais plus ja­mais à écrire, mais, après quelques mois, j’ai re­dé­cou­vert pour­quoi j’ai­mais ce­la, pour­quoi j’aime mes per­son­nages et sur­tout mon hé­ros : l’ins­pec­teur-chef Ar­mand Ga­mache. Il m’a été ins­pi­ré par Mi­chael. C’est un homme bon, hon­nête, in­tègre, cha­leu­reux, qui a une in­tel­li­gence vive et le cou­rage d’être gen­til. Main­te­nant, j’ai l’im­pres­sion que Mi­chael est tout le temps avec moi.

(Pro­pos re­cueillis par Clau­dine St-Ger­main)

TROP LONG­TEMPS DANS MA VIE, J’AI SU­BI LA TY­RAN­NIE DE L’AP­PRO­BA­TION DES AUTRES. MAIN­TE­NANT, JE PLACE MES LIVRES À L’ABRI DE LA PRES­SION, RÉELLE OU FIC­TIVE, DES AGENTS, DES ÉDI­TEURS OU MÊME DES LEC­TEURS.

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