UN CAL­VAIRE QUI COM­MENCE TÔT

L’actualité - - DÉCRYPTAGE -

Être ex­clu des tables à la ca­fé­té­ria, des jeux dans la cour de ré­créa­tion, des équipes en classe, des fêtes d’amis. Se faire ri­di­cu­li­ser tous les jours par d’autres en­fants, par­fois même être agres­sé phy­si­que­ment... Dès l’école pri­maire, les jeunes obèses su­bissent les affres de la stig­ma­ti­sa­tion, ré­vèlent di­verses re­cherches me­nées en Eu­rope et en Amé­rique du Nord. À la pré­ma­ter­nelle, les pe­tits ac­colent dé­jà des ca­rac­té­ris­tiques né­ga­tives aux fi­gures cor­pu­lentes.

Ce qui n’est guère étonnant, compte te­nu des per­son­nages qui peuplent leur uni­vers, es­time Sté­pha­nie Léo­nard, psy­cho­logue spé­cia­liste des troubles ali­men­taires. De­puis les an­nées 1980, Frai­si­nette a mai­gri, Do­ra l’ex­plo­ra­trice aus­si, et les su­per­hé­ros tels que Bat­man et Su­per­man sont main­te­nant do­tés d’une mus­cu­la­ture « ab­surde », ob­serve-t-elle. « Les jouets condi­tionnent en bonne par­tie notre rap­port à l’image cor­po­relle. Très vite, les gar­çons as­so­cient les muscles à la puis­sance et à la maî­trise de soi, tan­dis que les filles font le lien entre min­ceur et dé­si­ra­bi­li­té. »

Dans les écoles se­con­daires du Qué­bec, le poids est au­jourd’hui le prin­ci­pal mo­tif de dis­cri­mi­na­tion, dé­montrent les tra­vaux d’An­nie Ai­mé, pro­fes­seure au Dé­par­te­ment de psy­choé­du­ca­tion et de psy­cho­lo­gie à l’Uni­ver­si­té du Qué­bec en Ou­taouais. Et les raille­ries ne viennent pas que des ca­ma­rades de classe, a-t-elle dé­cou­vert : les pro­fes­seurs, les in­fir­mières et les di­rec­teurs aus­si font des com­men­taires né­ga­tifs.

Leurs pré­ju­gés se re­flètent dans la qua­li­té de l’en­sei­gne­ment pro­di­gué. Se­lon des études amé­ri­caines, les profs ont des at­tentes moins éle­vées en­vers des élèves obèses, tant sur le plan des com­pé­tences sco­laires que so­ciales et phy­siques, et sont moins por­tés à leur four­nir des ex­pli­ca­tions.

L’at­ti­tude des en­sei­gnants et le re­jet des pairs contri­buent sans doute au fait que les jeunes obèses s’ab­sentent de l’école plus sou­vent et ont plus de dif­fi­cul­té à réus­sir, se­lon de nom­breux au­teurs. Ils ont aus­si da­van­tage ten­dance à se sen­tir nuls, à s’iso­ler et à souf­frir de troubles ali­men­taires. Des si­tua­tions qui peuvent ré­duire la por­tée de leurs am­bi­tions, voire les in­ci­ter à dé­cro­cher. Une en­quête au­près de 700 000 Sué­dois a mon­tré que les gros avaient moins de chances d’ob­te­nir un di­plôme uni­ver­si­taire, in­dé­pen­dam­ment de leur quo­tient in­tel­lec­tuel et de leur si­tua­tion so­cioé­co­no­mique.

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