Économie

L’actualité - - SOMMAIRE - PAR PIERRE FORTIN

Au cours des der­nières dé­cen­nies, les ca­ni­cules, les sé­che­resses, les inon­da­tions, les ou­ra­gans, les tor­nades et les feux de brousse et de forêt sont de­ve­nus plus fré­quents et plus in­tenses. La ca­lotte po­laire fond à vue d’oeil. Les scien­ti­fiques du Groupe d’ex­perts in­ter­gou­ver­ne­men­tal sur l’évo­lu­tion du climat (GIEC), de même que le lau­réat 2018 du No­bel d’économie, William Nord­haus, ont mon­tré que le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique fait pe­ser une grave me­nace sur l’économie et le bien-être des na­tions. L’hu­ma­ni­té est dans une course contre la montre pour conte­nir la hausse de la tem­pé­ra­ture mon­diale.

En 2015, les pays membres des Na­tions unies ont ré­agi en ap­prou­vant à Paris un ac­cord qui les en­gage à réa­li­ser des ob­jec­tifs pré­cis de ré­duc­tion de leurs émis­sions de gaz à ef­fet de serre (GES) pour 2030, de fa­çon à main­te­nir l’aug­men­ta­tion de la tem­pé­ra­ture mon­diale « bien en des­sous de 2 °C » d’ici la fin du siècle.

Mal­heu­reu­se­ment, les contri­bu­tions an­non­cées par les pays jus­qu’à pré­sent sont in­suf­fi­santes. Les scien­ti­fiques ont cal­cu­lé que, même si tous les pays at­tei­gnaient les ob­jec­tifs qu’ils se sont fixés, un écart d’au moins 13 mil­liards de tonnes sub­sis­te­rait entre le ni­veau ac­tuel­le­ment pré­vu des émis­sions mon­diales de GES et le ni­veau re­quis pour li­mi­ter l’aug­men­ta­tion de la tem­pé­ra­ture à la borne su­pé­rieure de 2 °C. La pro­jec­tion la plus op­ti­miste est que les émis­sions mon­diales au­ront bais­sé à 53 mil­liards de tonnes de GES en 2030, alors qu’il ne fau­drait pas dé­pas­ser 40 mil­liards. Le GIEC en dé­duit que la pla­nète est en état d’ur­gence cli­ma­tique. Il sup­plie les pays d’ac­croître dès 2020 les ré­duc­tions pré­vues pour 2030.

Quel en­ga­ge­ment le Ca­na­da a-t-il pris ? Il a promis qu’en 2030 ses émis­sions to­tales de GES se si­tue­ront 30 % en des­sous de leur ni­veau de 2005. Comme l’in­dique le ta­bleau, ce­la si­gni­fie qu’elles de­vraient être ré­duites de 219 mé­ga­tonnes. Elles pas­se­raient de 730 mé­ga­tonnes en 2005 à 511 mil­lions en 2030. Or, à mi-par­cours en 2017, les émis­sions du Ca­na­da n’avaient di­mi­nué qu’à 716 mé­ga­tonnes. Le pays n’était donc par­ve­nu à re­tran­cher que 14 mé­ga­tonnes sur la ré­duc­tion to­tale de 219 mé­ga­tonnes pro­mise pour 2030. Il lui reste ain­si une énorme quan­ti­té de 205 mé­ga­tonnes d’émis­sions à éli­mi­ner en seule­ment 13 ans, de 2017 à 2030.

Pour­quoi sommes-nous en re­tard ? Es­sen­tiel­le­ment parce que les émis­sions de GES de l’Al­ber­ta et de la Sas

kat­che­wan ont aug­men­té de 52 mé­ga­tonnes de 2005 à 2017, plu­tôt que de com­men­cer à di­mi­nuer en confor­mi­té avec l’en­ga­ge­ment na­tio­nal. On peut consta­ter au ta­bleau que la contre­per­for­mance des deux pro­vinces pé­tro­lières a an­nu­lé 80 % de la baisse col­lec­tive de 66 mé­ga­tonnes, bien ali­gnée sur l’ob­jec­tif fixé pour 2030, qu’ont réa­li­sée pen­dant ce temps les huit autres pro­vinces. D’où la mo­deste ré­duc­tion nette de 14 mé­ga­tonnes pour l’en­semble du Ca­na­da de 2005 à 2017.

La stratégie de re­dres­se­ment du gou­ver­ne­ment Tru­deau re­pose jus­qu’ici sur trois vo­lets. Pre­miè­re­ment, il a ins­ti­tué une taxe carbone na­tio­nale qui vise à dé­cou­ra­ger la consom­ma­tion d’éner­gies fos­siles et dont le pro­duit se­ra presque en­tiè­re­ment re­mis en com­pen­sa­tion aux contri­buables. Deuxiè­me­ment, il a éta­bli des normes re­la­tives aux car­bu­rants propres et fa­vo­ri­sé l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique des bâtiments, la fer­me­ture des cen­trales au char­bon, l’usage ac­cru du trans­port en com­mun et le dé­ve­lop­pe­ment des tech­no­lo­gies propres. Troi­siè­me­ment, il a ou­vert l’ac­cès du pé­trole al­ber­tain aux mar­chés asia­tiques en ache­tant le pi­pe­line Trans Moun­tain et en ac­cep­tant de tri­pler sa ca­pa­ci­té. En contrepart­ie, il lui se­ra pos­sible d’uti­li­ser son le­vier de pro­prié­taire du pi­pe­line pour frei­ner l’ex­pan­sion des GES émis par la pro­duc­tion du pé­trole.

L’op­po­si­tion conser­va­trice di­ri­gée par An­drew Scheer, de son côté, ne nie pas l’im­por­tance du dé­fi cli­ma­tique. Mais voi­là : elle ne mise que sur des me­sures en­cou­ra­geant les tech­no­lo­gies vertes, dé­jà en voie d’être ap­pli­quées pour la plu­part. Elle est fer­me­ment op­po­sée à la taxa­tion du carbone et à toute li­mi­ta­tion de la pro­duc­tion du pé­trole bi­tu­mi­neux dans l’ouest du Ca­na­da.

Il est loin d’être cer­tain que la stratégie ac­tuelle du gou­ver­ne­ment Tru­deau, mal­gré ses in­ten­tions louables, per­mette au Ca­na­da de rem­plir sa pro­messe de ré­duire de 30 % ses émis­sions de GES de 2005 à 2030. Elle fait ce­pen­dant avan­cer le pays dans la bonne di­rec­tion. À l’in­verse, la stratégie des conser­va­teurs d’An­drew Scheer est ma­ni­fes­te­ment in­suf­fi­sante. Elle nous fe­rait mal­heu­reu­se­ment re­cu­ler.

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