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MAUDITES TROT­TI­NETTES !

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Elles sont pe­tites, filent à toute allure et sont des plus amu­santes à conduire. À la ma­nière des Bixi, mais sans ports d’at­tache, les trot­ti­nettes élec­triques d’en­tre­prises amé­ri­caines comme Lime et Bird en­va­hissent de­puis deux ans les villes par­tout dans le monde.

Chaque fois, l’his­toire se ré­pète. Les ci­ta­dins tombent amou­reux de ces pe­tits bo­lides qu’on loue grâce à une ap­pli­ca­tion mo­bile et qui per­mettent de se dé­pla­cer sans ef­fort aus­si ra­pi­de­ment qu’en vé­lo. Une autre en­tre­prise lance en­suite ses propres trot­ti­nettes. Puis une autre. En moins de temps qu’il le faut pour crier « tas­sez-vous de là », des mil­liers d’ap­pa­reils ta­pissent la ville et les uti­li­sa­teurs né­gli­gents frôlent trop sou­vent les pié­tons sur les trot­toirs.

Ceux qui en pro­fitent les ap­pré­cient. Mais pour les autres, le constat est gé­né­ra­le­ment le même : maudites trot­ti­nettes !

Le phé­no­mène est en­core nou­veau au Qué­bec. Un pro­jet-pi­lote mis en place à Mon­tréal et à West­mount en juillet per­met, par exemple, d’em­prun­ter des trot­ti­nettes Lime pour un dol­lar au dé­part, puis pour 0,30 $ la mi­nute. La pra­tique a été en­ca­drée pour évi­ter les ex­cès connus ailleurs : les bo­lides doivent être ran­gés sur des sup­ports à vélos, le port du casque est obli­ga­toire et seules les routes où la vi­tesse maxi­male est de 50 km/h ou moins peuvent être em­prun­tées.

Mon­tréal n’est pas le seul en­droit où des règles du genre existent. Mal­heu­reu­se­ment, même dans les villes où les trot­ti­nettes sont confi­nées à la route, il est fré­quent de voir des trot­ti­nettes fi­ler sur le trot­toir.

Les trot­ti­nettes élec­triques ne sont pas sans poser pro­blème aus­si sur la chaus­sée. Au prin­temps der­nier seule­ment, à Paris, à Londres et à Na­sh­ville, des uti­li­sa­teurs sont morts après avoir été heur­tés par des vé­hi­cules. Se­lon une étude du bu­reau des transports de Port­land aux États-Unis, les conduc­teurs de trot­ti­nettes ont 22 fois plus de risques d’avoir des ac­ci­dents que les au­to­mo­bi­listes, et 44 fois plus que les mo­to­cy­clistes.

Pour les op­ti­mistes, ces ap­pa­reils pour­raient un jour ré­gler le pro­blème du « der­nier ki­lo­mètre » (ce pe­tit bout entre l’ar­rêt d’au­to­bus et la mai­son, par exemple) et pal­lier les la­cunes du trans­port en com­mun lors­qu’il laisse à dé­si­rer. C’est le cas en pé­ri­phé­rie de San Fran­cis­co, où les géants de la Si­li­con Val­ley in­ves­tissent jus­te­ment des centaines de mil­lions de dol­lars dans cette tech­no­lo­gie.

Au Qué­bec, l’in­té­rêt so­cié­tal de ces bo­lides est moins évident.

Les quar­tiers où leur im­plan­ta­tion est la plus in­té­res­sante fi­nan­ciè­re­ment sont dé­jà bien cou­verts par le mé­tro et les au­to­bus. Les villes de ban­lieue où la tech­no­lo­gie pour­rait avoir un at­trait sont quant à elles trop éten­dues pour qu’un ré­seau puisse réa­lis­te­ment at­teindre l’échelle né­ces­saire pour bien des­ser­vir leur ré­gion. Il se­ra d’ailleurs in­té­res­sant de suivre le pro­jet de mo­bi­li­té par­ta­gée mis de l’avant par la Ville de Sainte-Ju­lie à l’été 2019, qui in­tègre no­tam­ment des trot­ti­nettes élec­triques conçues au Qué­bec.

Plu­sieurs villes vont se poser la ques­tion de la per­ti­nence des trot­ti­nettes dans les pro­chains mois, et se la faire poser. Qué­bec, La­val, Lon­gueuil, Trois-Rivières... Mais je ne suis pas convain­cu que ce soit une bonne solution.

S’il faut se fier aux ex­pé­riences vé­cues ailleurs, les villes du Qué­bec de­vraient jouer de pru­dence avant d’ac­cep­ter sur leur ter­ri­toire ces ser­vices qui causent pour l’ins­tant plus de pro­blèmes qu’ils n’en règlent. (Maxime John­son)

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