MA­THIEU VOUS RÉ­POND

L’actualité - - MATHIEU VOUS RÉPOND - EN­VOYEZ-NOUS VOS QUES­TIONS :

MON AR­TISTE PRÉ­FÉ­RÉ SE RÉ­VÈLE AVOIR UN LOURD PAS­SÉ. JE BRÛLE SES DISQUES, OU J’AT­TENDS QU’UN AUTRE DO­CU­MEN­TAIRE VIENNE CONTRE­DIRE LE PRE­MIER ?

En­ten­dez-vous ce son ? C’est le bruit sourd de l’idole qui tombe de son pié­des­tal.

Rhôôô, râ­le­ront cer­tains, s’il faut com­men­cer à boy­cot­ter tous les ar­tistes qui ont un sque­lette dans le pla­card, il ne res­te­ra plus per­sonne ! Et pour­tant, je vous l’as­sure : il est tout à fait pos­sible de tra­ver­ser sa vie sans abu­ser d’un en­fant ou battre son épouse. Ça se fait. Beau­coup ont réus­si haut la main.

Je m’ap­pelle Ma­thieu Char­le­bois et chaque mois, je ré­ponds à vos grands ques­tion­ne­ments exis­ten­tiels.

Les créa­teurs au pas­sé ou au pré­sent dou­teux existent quand même, et il faut bien dé­ci­der ce que l’on fe­ra de leur art.

Gre­go­ry Charles a choi­si de conti­nuer à chan­ter du Mi­chael Jack­son en spec­tacle. En guise d’ex­pli­ca­tion, il a ra­con­té avoir dé­jà été très mal trai­té par Claude Nou­ga­ro. « Est-ce que je vais mettre toute cette mu­sique que je trouve fan­tas­tique à la pou­belle parce que le gars n’a pas été fin ? » a-t-il ajou­té.

Cha­cun peut dé­ci­der de fré­quen­ter ou d’évi­ter l’oeuvre d’un ar­tiste dé­chu. Les deux op­tions se dé­fendent. Ce­pen­dant, si l’on opte pour la fré­quen­ta­tion, il faut le faire en as­su­mant son choix, plu­tôt que de se ca­cher der­rière un mur de dé­ni et de fausses ana­lo­gies. Non, les ar­tistes ne sont pas tous des monstres en se­cret, et être « pas fin », c’est as­sez dif­fé­rent d’être un pé­do­phile. (Fal­lait-il vrai­ment le rap­pe­ler ?)

L’homme der­rière votre chan­son pré­fé­rée était un sa­lo­pard. Bon. Voi­là ! C’est dit. Et main­te­nant, que se passe-t-il ?

J’ai dé­cro­ché mon affiche de Miles Da­vis après avoir lu sa bio­gra­phie. Miles était un vrai « pas fin ». J’aime en­core Kind of Blue, mais je ne glo­ri­fie­rai pas l’hu­main dé­tes­table qui en est à l’ori­gine. Ber­trand Can­tat m’em­pêche ce­pen­dant de ré­écou­ter Noir Dé­sir, parce que ce n’est pas vrai que je vais don­ner de l’ar­gent à un meur­trier pour qu’il me chante l’im­por­tance de la paix dans le monde.

Ma li­mite est là, quelque part entre « pas fin » et « meur­trier ».

Quelle est votre li­mite à vous ? Vos sou­ve­nirs d’en­fance ont-ils plus de poids que ce que vous sa­vez sur le co­mé­dien à l’écran ? Êtes-vous ca­pable de lire ce ro­man en connais­sant les écarts de conduite de son au­teur ? Le seul moyen de le sa­voir, c’est de se po­ser réel­le­ment la ques­tion. Après tout, c’est le rôle de l’art de nous in­ci­ter à nous in­ter­ro­ger.

TROP DE SPEC­TACLES ONT DROIT À DES OVATIONS QU’ILS NE MÉ­RITENT PAS. COM­MENT REN­VER­SER LA TEN­DANCE ?

L’ova­tio­nite qui s’est em­pa­rée du pu­blic qué­bé­cois est in­dé­niable. Qui­conque aligne cinq mots sur une scène se re­trouve ova­tion­né. On ne va évi­dem­ment pas com­men­cer à huer les bons spec­tacles juste pour ré­équi­li­brer le grand ordre cos­mique, mais on peut s’en­ga­ger à res­ter as­sis quand il le faut. Res­ter as­sis, quitte à avoir l’air un peu bi­zarre. Res­ter as­sis, en es­pé­rant bri­ser l’ef­fet d’en­traî­ne­ment qui pousse le qui­dam à se le­ver parce que son voi­sin l’a fait.

Nous ne se­rons que deux au dé­but. Puis nous se­rons 20, 100, et un jour des mil­liers à nous te­nir de­bout... en res­tant as­sis.

re­dac­[email protected]­tua­lite.com

L’ac­tua­li­té se ré­serve le droit d’édi­ter et d’abré­ger les ques­tions re­çues.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.