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UN COMP­TABLE SAU­VE­RA-T-IL LA CHAN­SON ?

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Sys­tème de paie­ment cen­tré sur l’uti­li­sa­teur (UCPS) : voi­là le nom du sys­tème de comp­ta­bi­li­té pré­vu en France en ce dé­but d’an­née, un pro­jet-pi­lote du ser­vice de mu­sique en conti­nu Dee­zer. Cette trans­for­ma­tion comp­table pour­rait en­traî­ner une re­dis­tri­bu­tion des ri­chesses dans le mi­lieu, en di­mi­nuant les re­ve­nus des ve­dettes planétaire­s et en aug­men­tant ceux des ar­tistes moins connus.

Spo­ti­fy, Apple Mu­sic et les autres ser­vices de mu­sique en ligne re­donnent à l’heure ac­tuelle 70 % de leurs re­ve­nus à l’in­dus­trie du disque. L’ar­gent est ré­par­ti au pro­ra­ta des écoutes : plus un ar­tiste est po­pu­laire dans le monde, plus il re­çoit une grosse part du gâ­teau.

Se­lon une es­ti­ma­tion du ma­ga­zine Rol­ling Stone, le rap­peur ca­na­dien

Drake au­rait ré­col­té en­vi­ron

2,5 mil­lions de dol­lars en 24 heures seule­ment après la sor­tie de son al­bum Scor­pion, en 2018. Au Ga­la de l’ADISQ l’au­tomne der­nier, Pierre La­pointe a af­fir­mé n’avoir re­çu que 500 dol­lars de droits d’au­teur pour sa chan­son « Je dé­teste ma vie », pour un mil­lion d’écoutes sur Spo­ti­fy.

Ac­tuel­le­ment, sur les 10 dol­lars que coûte l’abon­ne­ment men­suel d’un ama­teur de mu­sique qué­bé­coise, 3 dol­lars vont à l’en­tre­prise tech­no­lo­gique et 7 dol­lars sont re­mis à l’in­dus­trie du disque. Ces sept dol­lars sont ré­par­tis d’un bout à l’autre de la pla­nète. Même si l’ama­teur n’écoute que des pièces de Pierre La­pointe, son ar­gent va plus à Drake et à El­ton John qu’au chan­teur qué­bé­cois.

La comp­ta­bi­li­té mise à l’es­sai par Dee­zer change la donne. Le ma­got amas­sé par l’en­tre­prise ne se­ra plus dé­po­sé dans une grande ca­gnotte mon­diale. L’ar­gent de chaque uti­li­sa­teur se­ra ré­par­ti au pro­ra­ta entre les ar­tistes qu’il écoute per­son­nel­le­ment et leur en­tou­rage (mai­son de disques, agent, etc.). S’il écoute des chan­sons de Pierre La­pointe la moi­tié du temps, ce­lui-ci et son équipe re­ce­vront la moi­tié des sept dol­lars.

Le sys­tème de paie­ment cen­tré sur l’uti­li­sa­teur com­porte d’autres avan­tages, comme ce­lui de ré­duire les fraudes : ac­tuel­le­ment, de faux comptes aug­mentent ar­ti­fi­ciel­le­ment les écoutes de cer­taines chan­sons. Avec l’UCPS, chaque uti­li­sa­teur jouit aus­si d’une im­por­tance égale, peu im­porte le nombre de pièces qu’il écoute.

Dee­zer es­time que le mo­dèle en­traî­ne­ra en moyenne une di­mi­nu­tion de 10 % des re­ve­nus pour les ar­tistes les plus po­pu­laires, mais une hausse de 30 % pour les moins connus — et même dans cer­tains cas de 50 %, se­lon une étude de la so­cié­té de consul­tants Di­gi­tal Me­dia Fin­land.

L’ini­tia­tive lan­cée en France par Dee­zer n’est pour l’ins­tant qu’un pro­jet-pi­lote. Son dé­ploie­ment ailleurs dans le monde dé­pen­dra no­tam­ment de l’ac­cord des grandes mai­sons de disques. Celles-ci sont sou­vent der­rière les ar­tistes les plus po­pu­laires, leur in­té­rêt n’est donc pas as­su­ré.

Si un sys­tème du genre ar­ri­vait de ce cô­té de l’At­lan­tique, ce se­rait tou­te­fois la meilleure fa­çon pour les ama­teurs de culture qué­bé­coise de pro­fi­ter de la mu­sique en conti­nu tout en ayant la cer­ti­tude que leur ar­gent par­vient vrai­ment aux ar­tistes qu’ils écoutent. (Maxime John­son)

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