La Liberté

Louis Riel n’appartient pas à la MMF

- par Bernard Bocquel bbocquel@mymts.net

Dans la sphère francophon­e du Manitoba, une organisati­on a un rôle historique clé. Il s’agit de l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba, qui doit absolument continuer sa double mission : obtenir pleinement justice pour Louis Riel et sans cesse rappeler que le Manitoba est né bilingue.

Et c’est pourquoi, dans la perspectiv­e de chaque bilingue français-anglais/anglais-français conscient de ce formidable cadeau baptisé Manitoba, il est inadmissib­le que l’organisati­on qui représente les Métis francophon­es ait été exclue de l’accordcadr­e signé entre Ottawa et la Manitoba Metis Federation (MMF). Cette organisati­on, spécifique­ment créée en 1967 pour recevoir des subvention­s, s’est peu à peu arrogé le monopole de la représenta­tion des Métis manitobain­s. (1)

Cette exclusion de l’Union nationale métisse de l’accord-cadre équivaut à un déni de l’histoire qu’il importe de dénoncer avec force. D’une part au nom de l’avenir d’un Manitoba qui ne doit pas sombrer dans l’unilinguis­me. Et tout autant par respect pour les Métis canadiens-français qui ont lutté, trop souvent contre leurs cousins canadiens-français, pour défendre la mémoire salie de Riel, pendu en 1885.

L’Union métisse avait été établie en 1887 pour que les fidèles à Riel puissent se rencontrer au moins une fois l’an à un piquenique en l’honneur de saint Joseph, leur patron. Si ce geste annuel avait une valeur religieuse et patriotiqu­e, il prenait surtout une dimension politique. Car toute action d’affirmatio­n revenait à dénoncer la mentalité raciste et partisane venue de l’Est du Canada et bien décidée à s’imposer par tous les moyens sur les anciens habitants de la Rivière-Rouge.

L’Union nationale métisse est non seulement la plus ancienne organisati­on métisse au Canada, elle est aussi la plus ancienne à fonctionne­r en français au Manitoba. Cela fait juste une dizaine d’années que son leadership actuel bénéficie de quelques miettes de subvention­s versées par le Fédéral, via l’Interlocut­eur des Métis. La raison de cette résistance à l’argent d’Ottawa tient en un mot : la méfiance. Les Métis canadiens-français se sont longtemps méfiés des politicien­s, en particulie­r ceux du Parti conservate­ur, surnommé le parti des pendards par des génération­s de fidèles à Riel.

C’est à partir des années 1950 que les gouverneme­nts provincial et fédéral se sont avisés de l’existence des Métis. Non pas de ceux de la Rivière-Rouge, généraleme­nt intégrés dans l’économie manitobain­e, mais de ceux qui vivotaient souvent en marge de réserves indiennes et qui s’aventuraie­nt parfois jusqu’à Winnipeg dans l’espoir d’une vie plus bienveilla­nte.

Le fait est très peu connu : trois mois avant la mise sur pied de la MMF, le fonctionna­ire chargé du développem­ent communauta­ire au Manitoba a rencontré le président de l’Union nationale métisse. Jean Allard avait refusé l’argent proposé. S’il avait accepté, qui sait si la MMF aurait vu le jour? Aujourd’hui en tout cas, le président de la MMF (depuis 1996) joue au chef de gouverneme­nt grâce aux millions que le Fédéral verse dans ses coffres.

L’actuel gouverneme­nt libéral semble avoir reconnu les torts historique­s du Fédéral à l’égard des Métis et paraît loyalement engagé sur un chemin de réconcilia­tion. Cet effort d’humanité exigé par la Cour suprême du Canada en 2013 ne doit cependant en aucun cas se produire aux dépens des Métis canadiensf­rançais et de la mémoire de Louis Riel, dont l’Union nationale métisse veut obtenir l’exonératio­n, c’est-à-dire la reconnaiss­ance officielle de son innocence.

À la MMF, l’attitude qui prévaut à l’endroit de Riel est celle du Let the stain remain. Entretenir la culpabilis­ation constitue une carte d’atout non négligeabl­e quand des centaines de millions en compensati­on sont en jeu. L’honneur piétiné de Riel conçu comme une espèce d’assurance. Ces Métis-là, qui depuis le début des années 1980 ont récupéré à leur profit politique le fils de Julie Lagimodièr­e et de Louis Riel père, ne sont décidément pas en parenté avec lui.

(1) Accord-cadre symbolique­ment signé à Ottawa le 15 novembre 2016, à la veille de l’anniversai­re de la pendaison de Riel.

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