Le 15 juillet : le Jour de l’Uni­té

La Liberté - - ÉDITORIAL - PAR BER­NARD BOCQUEL bboc­[email protected]

C’est le 29 mars 1867 que la Reine Vic­to­ria a ac­cor­dé la sanc­tion royale au Bri­tish North Ame­ri­can Act. Pro­ba­ble­ment que per­sonne le 1er Juillet 2018 ne s’est de­man­dé quel jour Londres a dé­ci­dé que le pro­jet de fé­dé­ra­tion liant quatre co­lo­nies de l’Amé­rique du Nord bri­tan­nique en­tre­rait en vi­gueur. Mais une ques­tion doit être po­sée à deux ans du 150e an­ni­ver­saire du Ma­ni­to­ba : pour­quoi de­puis tant d’an­nées les gou­ver­ne­ments ma­ni­to­bains qui se suc­cèdent s’obs­tinent-ils à pré­sen­ter le 12 mai, le jour où la Loi sur le Ma­ni­to­ba a re­çu la sanc­tion royale en 1870, comme la Jour­née du Ma­ni­to­ba? Quand on sait que cette loi créant la Pro­vince du Mi­lieu en­tre­rait en vi­gueur seule­ment à par­tir du 15 juillet 1870. L’igno­rance com­pré­hen­sible du grand pu­blic a per­mis d’im­po­ser le 12 mai. Mais de nos jours, par­ti­cu­liè­re­ment de­puis la publication en 2010 d’un es­sai consa­cré à L’his­toire de l’As­sem­blée lé­gis­la­tive d’As­si­ni­boia, il n’est plus pos­sible d’igno­rer que la Loi sur le Ma­ni­to­ba de 1870 ne pou­vait en­trer en vi­gueur dès sa pro­mul­ga­tion. Entre autres pour per­mettre aux lé­gis­la­teurs dû­ment élus de la Co­lo­nie de la Ri­viè­reRouge de se pro­non­cer sur la­dite loi.

Dans la pers­pec­tive de mar­quer di­gne­ment le 150e du Ma­ni­to­ba, il de­vient in­ad­mis­sible qu’aux plus hauts éche­lons po­li­tiques de la Pro­vince on pense en­core comme avant. Et mal­heu­reu­se­ment, à notre connais­sance, au­cune voix ne s’est éle­vée suite à l’an­nonce le 12 mai 2018, « on Ma­ni­to­ba Day », par Ca­thy Cox, la mi­nistre des Sports, de la Cul­ture et du Pa­tri­moine, d’un Ma­ni­to­ba 150 Ce­le­bra­tion Com­mit­tee.

Ce co­mi­té, qui aux yeux de la mi­nistre est « très re­pré­sen­ta­tif de tous les in­di­vi­dus du Ma­ni­to­ba », de­vrait au plus vite mettre à jour ses connais­sances his­to­riques afin d’ai­der à en fi­nir avec cette idée que la

Keys­tone Pro­vince est née de la vo­lon­té des dé­pu­tés fé­dé­raux à Ot­ta­wa. Le Ma­ni­to­ba doit son exis­tence au cou­rage des Mé­tis de la Ri­vière-Rouge qui ont re­fu­sé de se lais­ser do­mi­ner par les Ca­na­dians de l’On­ta­rio qui vou­laient s’ap­pro­prier leurs terres en les consi­dé­rant quan­ti­té né­gli­geable.

En 2020, il ne se­ra plus ac­cep­table de faire comme si la nais­sance du Ma­ni­to­ba ne re­le­vait pas d’un qua­si­mi­racle. Il fau­dra bien aus­si rap­pe­ler que les troupes ve­nues de l’Est se com­por­tèrent comme des conqué­rants en terre étrangère et s’im­po­sèrent bru­ta­le­ment, sûrs de leur su­pé­rio­ri­té face à ceux qu’ils consi­dé­raient des de­mi-ci­vi­li­sés qui avaient osé se re­bel­ler.

Or rien ne pou­vait être plus faux, plus in­juste, plus igno­rant que cette per­cep­tion. Car ces tout nou­veaux Ca­na­diens, que le Maître vou­lait sou­mettre afin d’as­su­rer le triomphe de l’Em­pire bri­tan­nique, avaient tout au contraire fait preuve de la plus haute hu­ma­ni­té. En ef­fet, un es­prit d’uni­té pré­va­lut au sein de la Co­lo­nie de la Ri­vière-Rouge. Un re­mar­quable ac­com­plis­se­ment face aux mul­tiples ten­ta­tives tor­dues des Ca­na­dians pour di­vi­ser les Mé­tis pro­tes­tants an­glo­phones et les Mé­tis ca­tho­liques fran­co­phones et ain­si ten­ter d’em­pê­cher la créa­tion d’une cin­quième pro­vince. (1)

Le 150e du Ma­ni­to­ba doit four­nir l’oc­ca­sion par ex­cel­lence de re­nouer col­lec­ti­ve­ment avec l’es­prit à l’ori­gine de la pro­vince. En ces temps pro­pices à la ré­con­ci­lia­tion, il n’y a au­cune rai­son de croire que les Ma­ni­to­baines et les Ma­ni­to­bains ne sont pas prêts à faire du 15 juillet, an­née après an­née, un Jour d’Uni­té. (1) William Tait, l’un des membres de l’As­sem­blée lé­gis­la­tive mise en place pour né­go­cier l’en­trée de la Co­lo­nie dans le Ca­na­da, avait dé­cla­ré dès no­vembre 1869 : « We sit op­po­site to those who have been born and brought up among­st us, ate with us, slept with us, hun­ted with us, tra­ded with us, and are of our own flesh and blood. I for one can­not fight them. I will not im­bue my hands in their blood

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.