« Il faut ar­rê­ter le com­plexe d’in­fé­rio­ri­té »

La Liberté - - SOCIÉTÉ -

Le Ca­na­da a une in­fluence sur la vie de couple de Loub­na Da­bet. « La France veut nous im­po­ser leur no­tion de li­ber­té. Le voile est vu comme une contrainte. On pense que les femmes voi­lées sont mal­heu­reuses, et li­bé­rer la femme se­rait lui en­le­ver son voile. Mais moi, on ne m’en­lève pas ma li­ber­té tant qu’on me laisse faire ce que je veux. »

« J’étais com­plexée de sor­tir avec mon ma­ri, parce que je ne vou­lais pas lui faire su­bir les re­gards des gens sur mon voile. Quand ce n’était que moi, je pou­vais le sup­por­ter, parce que je le fai­sais de­puis l’âge de 13 ans. Mais je ne vou­lais pas lui im­po­ser ça, à lui qui vient d’une fa­mille fran­çaise de souche. »

De­puis qu’elle est au Ca­na­da, elle n’est plus la même. « Au­jourd’hui, je suis épa­nouie. Ma fa­mille me voit dif­fé­rem­ment. Mon ma­ri m’a dit qu’il me re­dé­cou­vrait. So­cia­le­ment, les gens ne s’ar­rêtent pas à mon voile. Je suis une épouse, une ma­man, une femme, une per­sonne. Je bais­sais la tête en France, mais main­te­nant je la re­lève. Je m’im­plique dans la com­mu­nau­té fran­co­phone, je par­ti­cipe à de nom­breuses ac­ti­vi­tés. Et par­tout, on me prend pour qui je suis, avec mon voile, sans essayer de m’im­po­ser des li­ber­tés. »

En avril der­nier, la fa­mille Da­bet est re­tour­née en France pour la pre­mière fois de­puis 2015. « J’avais la tête haute et je par­lais sans com­plexe. La so­cié­té es­saye de nous convaincre qu’on est in­fé­rieures, mais moi j’étais fière. Mon nou­veau pays m’a don­né confiance en moi. Mais ça me fait un pin­ce­ment au coeur de voir mes soeurs voi­lées qui sont tou­jours coin­cées en France. Elles ont des rêves pleins la tête, mais ils sont ir­réa­li­sables, alors que moi, j’ai la chance de pou­voir être moi-même. »

Ce­pen­dant l’his­toire de Loub­na Da­bet ins­pire dé­jà d’autres femmes voi­lées. « Une de mes amies en France vient d’être em­bau­chée dans la gar­de­rie Les P’tits Do­rés, à Saint-Laurent. J’es­père tou­cher plus de per­sonnes. On peut réus­sir. Il faut ar­rê­ter avec le com­plexe d’in­fé­rio­ri­té et mon­trer qu’on peut faire le tra­vail. »

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