La pé­do­phi­lie : un abus de pou­voir et un abus spi­ri­tuel

Alors qu’il vou­drait se consa­crer à ses prio­ri­tés épis­co­pales d’évan­gé­li­sa­tion et de ré­con­ci­lia­tion, l’ar­che­vêque de Saint-Bo­ni­face doit une nou­velle fois com­po­ser avec une si­tua­tion qu’il es­time par­ti­cu­liè­re­ment dou­lou­reuse.

La Liberté - - DOSSIER - Pro­pos re­cueillis par Da­niel BA­HUAUD dba­huaud@la-li­berte.mb.ca

En 1993, le prêtre Re­né Tou­chette a été re­con­nu cou­pable de pé­do­phi­lie. En 2016, c’était au tour du père Ro­nald Lé­ger. Et main­te­nant, à nou­veau, le prêtre Ro­land La­noie fait les man­chettes. Comment l’évêque vit-il la si­tua­tion?

Al­bert LeGatt : « D’abord, j’ai été sous le choc. Un im­mense choc. Ro­land La­noie a été un confrère au sé­mi­naire. J’ai tra­vaillé avec lui de­puis long­temps. Et voi­là qu’une vic­time s’est pré­sen­tée. Je l’ai écou­tée. J’ai dis­cu­té avec cette per­sonne à plu­sieurs re­prises. Je suis très conscient de la gra­vi­té des gestes. Et de leurs consé­quences pour la vic­time.

« J’ai une grande tris­tesse pour cette per­sonne. Et un sen­ti­ment de honte que ça ce soit pro­duit. Bien sûr, on ne peut pas de­meu­rer au ni­veau de la honte. Il faut pas­ser à l’ac­tion. »

À quelle sorte d’ac­tion?

A. L. : « À la trans­for­ma­tion de la culture au sein de l’Église. La culture dans l’Église a trop long­temps été em­preinte d’une sorte de clé­ri­ca­lisme, où l’on sa­cra­li­sait le prêtre. On le met­tait sur un pié­des­tal. On lui ac­cor­dait un res­pect sans ques­tions. Mais il nous faut en­vi­sa­ger le prêtre comme une per­sonne hu­maine au ser­vice d’une com­mu­nau­té de fi­dèles. Le prêtre et les fi­dèles doivent être em­me­nés à re­con­naître les com­por­te­ments sus­pects. Il faut des ba­lises claires. Des pro­to­coles, de la for­ma­tion conti­nue. »

C’est donc le tra­vail de toute l’Église…

A. L. : « Ab­so­lu­ment. On pré­sente sou­vent la pé­do­phi­lie comme une pan­dé­mie. La Penn­syl­va­nie, l’Ir­lande, l’Al­le­magne... le phé­no­mène se pro­duit par­tout. Il faut consi­dé­rer les dy­na­miques qui ont créé les condi­tions pour que la pé­do­phi­lie soit de­ve­nue un si grand fléau. C’est aus­si un abus du pou­voir. Et un abus spi­ri­tuel. Le fait que ce soit des prêtres en­traîne une a perte de confiance. En l’Église cer­tai­ne­ment, mais aus­si en Dieu. C’est ter­rible. »

Les psy­cho­logues s’en­tendent qu’un pé­do­phile fait ra­re­ment une seule vic­time. Y en-a-t-il d’autres en l’oc­cur­rence?

A. L. : « À ma connais­sance, non. Une seule per­sonne s’est pré­sen­tée. Mais c’est pos­sible. S’il y en a, je les in­vite à se dé­cla­rer, parce qu’une vic­time d’abus sexuel porte en elle une grande peine. »

Il faut donc s’at­tendre que la ques­tion de la pé­do­phi­lie ne se­ra pas éva­cuée de si­tôt de l’Église…

A. L. : « J’ai une grande tris­tesse. Il faut re­con­naître que c’est pos­sible qu’on ap­prenne qu’un autre prêtre ait abu­sé d’un en­fant. C’était tel­le­ment ca­ché et re­fou­lé au­tre­fois. « Que nous ayons à faire face à une telle si­tua­tion alors qu’il y a tel­le­ment d’autres mis­sions et pro­jets à réa­li­ser. L’évan­gé­li­sa­tion, la vi­ta­li­té de nos pa­roisses, la ré­con­ci­lia­tion qui se pour­suit avec les Autochtones. Mais on doit don­ner tout le temps et toute l’éner­gie né­ces­saire pour ap­puyer les vic­times. Et pour pro­té­ger da­van­tage les en­fants et les per­sonnes vul­né­rables. »

Mgr Al­bert LeGatt.

« Ro­land La­noie a 70 ans. Il est dé­sor­mais à la re­traite. Le laï­ci­ser com­plè­te­ment, c’est-à-dire im­pli­quer qu’il n’au­rait ja­mais dû être or­don­né prêtre, me sem­blait al­ler trop loin. »

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