Lettre ou­verte à Tout le monde en parle

La Liberté - - À VOUS LA PAROLE - Bon­jour M. Le­page, Ma­rie-France Ken­ny Le 22 oc­tobre 2018

J’écoute votre émis­sion de­puis ses dé­buts, il y a 15 ans. Donc inu­tile de vous dire que l’émis­sion me plaît. À titre d’an­cienne pré­si­dente de la Fé­dé­ra­tion des com­mu­nau­tés fran­co­phones et aca­dienne (FCFA) et de fière Fran­sas­koise, je dois tou­te­fois vous avouer que je trouve que nos com­mu­nau­tés à l’ex­té­rieur du Qué­bec sont sou­vent mal ser­vies par notre dif­fu­seur pu­blic, y com­pris sur votre pla­teau.

Certes on y voit dé­fi­ler quelques ar­tistes (Da­mien Ro­bi­taille, Li­sa Le­Blanc, etc.) is­sus de nos com­mu­nau­tés, mais force est de consta­ter, quand on en­tend Mme Bom­bar­dier, une jour­na­liste éclai­rée et pas­sion­née, par­ler des fran­co­phones dis­pa­rus, que la fran­co­pho­nie ca­na­dienne est très mal connue et mal com­prise des Qué­bé­cois et Qué­bé­coises.

Je suis née et j’ai gran­di à Mon­tréal d’un père aca­dien et d’une mère mont­réa­laise. J’ai ha­bi­té Monc­ton pen­dant plu­sieurs an­nées pour en­suite dé­mé­na­ger à Re­gi­na, en Sas­kat­che­wan. J’avoue, en toute hu­mi­li­té, que si je connais­sais bien les Aca­diens et Aca­diennes, puisque mon père est aca­dien et qu’on parle sou­vent de l’Aca­die à Ra­dio-Ca­na­da, avant d’ar­ri­ver en Sas­kat­che­wan j’igno­rais l’exis­tence, comme la plu­part des Qué­bé­cois, d’une fran­co­pho­nie or­ga­ni­sée, vi­brante, ré­si­liente et bat­teuse dans toutes les pro­vinces et tous les ter­ri­toires du Ca­na­da.

Afin que vous com­pre­niez bien ma fran­co­pho­nie, je vous in­vite à lire le texte que j’ai li­vré alors que j’étais pré­si­dente de la FCFA et dont j’ai re­pris des ex­traits lorsque j’ai re­çu l’Ordre des Fran­co­phones des Amé­riques du gou­ver­ne­ment du Qué­bec en 2015 (ce dis­cours est ac­ces­sible sur le site de l’Ordre http://www.cslf.gouv.qc.ca/prix-et­dis­tinc­tions/ordre-des-fran­co­pho­nes­da­me­rique/al­lo­cu­tions-des-re­ci­pien­dai­resde-lordre-des-fran­co­pho­nes­da­me­rique/2016/ma­rie-france-ken­ny/). De­puis des an­nées, alors que je re­ven­dique les droits de notre fran­co­pho­nie ca­na­dienne, ce sont sou­vent les Qué­bé­cois qui me disent que nous sommes qua­si morts, que nos en­fants parlent mal le fran­çais parce qu’ils ont un ac­cent et que si je veux vivre en fran­çais, je de­vrais re­tour­ner vivre au Qué­bec.

Nos en­fants ont ef­fec­ti­ve­ment sou­vent un ac­cent parce qu’ils sont is­sus de fa­milles exo­games, qu’ils vont au ci­né­ma, au dé­pan­neur et à la banque en an­glais. Tou­te­fois, si moi la Qué­bé­coise d’ori­gine, j’ai des wi­pers et un bum­per sur mon char, nos en­fants, qui parlent avec cet ac­cent, eux ont des es­suie-glaces et des pare-chocs sur leur voi­ture. Nos en­fants ont beau­coup plus de mé­rite que moi, la Qué­bé­coise qui a gran­di dans un en­vi­ron­ne­ment fran­co­phone, à par­ler le fran­çais alors qu’ils gran­dissent dans une mer an­glo­phone.

Lorsque j’ai été élue pré­si­dente de la FCFA en 2009, les mé­dias m’ont dé­crite comme « la Fran­sas­koise d’ori­gine aca­dienne ». Ma mère Qué­bé­coise m’a de­man­dé pour­quoi je ne cor­ri­geais pas le tir en di­sant que j’étais qué­bé­coise. Elle m’a de­man­dé si j’avais honte d’être qué­bé­coise. Ma ré­ponse a été toute simple : Je n’ai pas honte d’être qué­bé­coise, mais j’ai par­fois honte de l’igno­rance et du com­por­te­ment des Qué­bé­cois à l’égard de la fran­co­pho­nie ca­na­dienne.

Si j’ai été dé­çue des pro­pos de Mme Bom­bar­dier, j’ose es­pé­rer qu’avec toutes les ré­ac­tions re­çues, notre dif­fu­seur pu­blic et ses ar­ti­sans ap­pren­dront que ma fran­co­pho­nie, loin d’être dis­pa­rue est ré­si­liente, vi­brante, no­va­trice et là pour res­ter.

Mer­ci de m’avoir lu.

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