Peut-être de­vrions-nous re­mer­cier Mme Bom­bar­dier

La Liberté - - À VOUS LA PAROLE - Mi­chelle Frey­net Le 25 oc­tobre 2018

Ma­dame la ré­dac­trice,

À l’émis­sion Tout le monde en parle, nous avons en­ten­du De­nise Bom­bar­dier dé­cla­rer : « À tra­vers le Ca­na­da, toutes les com­mu­nau­tés fran­co­phones ont à peu près dis­pa­ru. » Pour­tant, tous les jours ici au Ma­ni­to­ba, dès qu’ils ap­prennent à par­ler, les pe­tits-en­fants de nombre de grands-pa­rents comme moi ont le fran­çais comme pre­mière langue et conti­nuent à l’uti­li­ser quo­ti­dien­ne­ment, jus­qu’à l’âge adulte. Mes filles tra­vaillent en fran­çais à Win­ni­peg, mes ne­veux et nièces, ori­gi­naires du Ma­ni­to­ba ou non, qui ha­bitent en On­ta­rio, dans notre pro­vince ou ailleurs dans l’Ouest, vivent, chantent et com­posent dans la belle langue de Mo­lière. Les amis fran­co­phones des membres de notre com­mu­nau­té viennent de tous les coins du monde, élisent do­mi­cile chez nous et en­ri­chissent notre idiome et notre culture de maintes fa­çons mer­veilleuses.

Je sais per­ti­nem­ment aus­si que le Ma­ni­to­ba fran­çais compte plu­sieurs chorales dont une en par­ti­cu­lier cé­lèbre à chaque concert, grâce à son ré­per­toire va­rié, les ar­tistes fran­co­phones de notre pro­vince et de l’Ouest. Cho­rale qui a aus­si re­cours aux ha­biles ar­ran­ge­ments de nos propres mu­si­ciens fran­co­phones. Pour sa part, Le 100 Nons, or­ga­nisme cin­quan­te­naire vi­brant, met conti­nuel­le­ment en ve­dette nos jeunes et ta­len­tueux au­teurs-com­po­si­teurs fran­co­phones.

Pour nous connaître, il suf­fi­rait de vi­si­ter les mul­tiples sites web qui dé­crivent notre in­fra­struc­ture com­mu­nau­taire im­por­tante, soit notre ra­dio com­mu­nau­taire, notre vé­né­rable et dy­na­mique Théâtre Cercle Mo­lière, la Mai­son Ga­brielle-Roy, notre re­mar­quable mai­son de pro­duc­tion ci­né­ma­to­gra­phique, le Fes­ti­val du Voya­geur, nos mé­dias, mai­sons d’édi­tion, centres cultu­rels, mu­sées, lois et ins­ti­tu­tions, pa­roisses, or­ga­nismes et ser­vices, ain­si que nos réa­li­sa­tions, y com­pris entre autres celles de nos dé­fen­seurs comme la SFM, de nos écoles, de notre uni­ver­si­té, de nos gar­de­ries, de nos en­tre­prises et de notre jour­nal qui ne cesse de rem­por­ter d’im­por­tants prix na­tio­naux. Et j’en passe. Mieux en­core, pour­quoi ne pas nous rendre vi­site, l’es­prit ou­vert et at­ten­tif?

Mme Bom­bar­dier, pour sa part, fait-elle preuve de fer­me­ture et de nom­bri­lisme? Per­son­nel­le­ment, je me sens tra­hie; nous sou­hai­te­rions pou­voir comp­ter sur nos cou­sins qué­bé­cois, et cer­tains d’entre eux bien sûr prennent la peine de se ren­sei­gner afin de mieux nous connaître. Ain­si, des liens se forment et des ami­tiés sont nouées. Néan­moins, ils sont trop nom­breux à être éter­nel­le­ment éton­nés du fait que nous sa­vons tou­jours par­ler fran­çais.

Peut-être de­vrions-nous re­mer­cier Mme Bom­bar­dier d’avoir sus­ci­té toutes les ré­ac­tions dont nous sommes té­moins au­jourd’hui, car nous nous ren­dons compte en­core une fois de ce que nous avons ac­com­pli, tout en re­con­nais­sant que notre si­tua­tion n’est pas par­faite. Oui, nous sa­vou­rons cer­taines vic­toires, mais nous de­vons de­meu­rer vi­gi­lants. Et ce­la, nous sa­vons le faire. En ef­fet, quel bon­heur de fiè­re­ment consta­ter l’ar­deur et la convic­tion avec les­quelles nos jeunes se sont ex­pri­més face à cet af­front!

J’es­père vi­ve­ment, donc, que les réa­li­sa­teurs de Tout le monde en parle sau­ront ac­cep­ter l’in­vi­ta­tion de Jus­tin John­son afin de per­mettre la te­nue d’une dis­cus­sion franche et in­clu­sive à ce su­jet.

Je vous prie d’agréer, Ma­dame la ré­dac­trice, l’ex­pres­sion de mes sen­ti­ments les meilleurs.

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