Do­nald Le­gal, maître ès AGA

La Liberté - - SOCIÉTÉ - Pro­pos re­cueillis par Da­niel BAHUAUD dba­huaud@la-li­berte.mb.ca

De­puis que Do­nald Le­gal a été ad­mis au bar­reau en 1997, il a été sou­vent ap­pe­lé à pré­si­der les as­sem­blées d’or­ga­nismes. Et pour cause : le ju­riste a bâ­ti à force de doig­té et d’hu­mour la ré­pu­ta­tion d’as­su­rer d’une main sûre le bon dé­rou­le­ment d’un ordre du jour. Comment se pré­pare-t-on pour pré­si­der une AGA de la So­cié­té de la fran­co­pho­nie ma­ni­to­baine?

Me Do­nald Le­gal : « Avec une at­ten­tion par­ti­cu­lière! Pre­nons le cas de l’As­sem­blée gé­né­rale ex­tra­or­di­naire du 13 mai 2017, où il était ques­tion d’abor­der les 16 pro­po­si­tions du Co­mi­té de re­fonte de la SFM. Pour moi, c’était le vrai test de mes ha­bi­le­tés. Il était im­pos­sible de pré­dire la te­neur de l’as­sem­blée. Des dé­bats hou­leux? C’était pos­sible. Des dis­cus­sions sur des points de pro­cé­dure? Très pro­bable.

« Alors j’ai exa­mi­né les 16 pro­po­si­tions et le rè­gle­ment ad­mi­nis­tra­tif de la SFM. Et puis j’ai étu­dié à fond le Code Mo­rin, en no­tant tout ce qui en­tou­rait les ques­tions du vote. En quelles cir­cons­tances un vote doit-il être ma­jo­ri­taire? L’ap­pro­ba­tion des deux tiers, ou des 90 % de l’as­sem­blée, est-elle re­quise? J’avais pré­vu une ving­taine de pro­blèmes pos­sibles, qui au­raient pu sur­gir le 13 mai. Au bout du compte, l’AGE s’est te­nue dans un calme construc­tif. Mais cette pré­pa­ra­tion était es­sen­tielle. Quand on sait qu’on doit agir comme ar­bitre, il faut com­prendre le pour­quoi des rè­gle­ments du Code. L’es­prit du Code, quoi. »

Et quel est l’es­prit du Code Mo­rin?

D. L. : « C’est d’of­frir des règles du jeu au ser­vice d’une as­sem­blée dé­li­bé­rante, pour qu’elle puisse tra­vailler de la ma­nière la plus ef­fi­cace. Et non pas de l’as­su­jet­tir à ces rè­gle­ments. Comme une loi, le Code pré­cise bien des choses, mais il ne peut pas tout dire. Au-de­là du Code, il y a l’im­pré­vi­sible. Et c’est au pré­sident d’une as­sem­blée d’uti­li­ser le Code pour na­vi­guer avec l’as­sem­blée et trou­ver des so­lu­tions à toutes em­bûches qui pour­raient se pré­sen­ter.

Des em­bûches comme…

D. L. : « Comme comment ar­ri­ver à amen­der clai­re­ment une pro­po­si­tion. Le Code ne four­nit pas les me­nus dé­tails, mais il note qu’un amen­de­ment ne peut pas contre­dire l’es­prit d’une pro­po­si­tion. À l’AGA du 11 oc­tobre, Ray­mond Poi­rier a vou­lu pro­po­ser d’aban­don­ner une bonne par­tie de la Pro­po­si­tion nu­mé­ro 3 de la SFM. Le pre­mier amen­de­ment qu’il avait pro­po­sé al­lait car­ré­ment contre l’es­prit de cette pro­po­si­tion. »

Un pré­sident d’une as­sem­blée doit être proac­tif…

D. L. : « C’est vrai, il le faut. Mais tou­jours dans le but de ser­vir l’as­sem­blée. Pre­nons la Pro­po­si­tion nu­mé­ro 2 qui éma­nait de la SFM. Quand je l’ai d’abord lue dans La Li­ber­té du 19 sep­tembre, elle me sem­blait dé­jà in­com­plète. Et puisque je n’aime pas la ges­tion par em­bus­cade, j’ai don­né un pré­avis à la SFM que j’al­lais la ju­ger non re­ce­vable. Le soir même de l’AGA, j’ai ex­pli­qué qu’il y avait un moyen pour l’as­sem­blée de ren­ver­ser ma dé­ci­sion. Mon but était de lui don­ner la pos­si­bi­li­té de s’ex­pri­mer. Et c’est ce que les gens ont fait. Ils ont ren­ver­sé ma dé­ci­sion et ont pour­sui­vi leurs dé­li­bé­ra­tions.

Plu­sieurs ont no­té votre sens de l’hu­mour si per­son­nel…

D. L. : « C’est un ou­til qui aide à main­te­nir une am­biance dé­ten­due et calme. Je m’en sers presque in­tui­ti­ve­ment, en te­nant compte des vi­bra­tions que me donne la foule. On ne peut pas adop­ter un ton plus lé­ger que ce­lui de la foule, ou de ce que la foule per­met­trait. »

Votre clar­té et votre vo­ca­bu­laire sou­te­nu font éga­le­ment par­ler de vous, avec ap­pré­cia­tion.

D. L. : « Mer­ci. Si ces ha­bi­le­tés sont ap­pré­ciées, c’est qu’elles me sont bien chères. J’ai été sé­duit par la clar­té du droit au dé­but des an­nées 1990, à l’époque ou je ter­mi­nais mon Bac­ca­lau­réat ès Arts à l’an­cien Col­lège uni­ver­si­taire de Saint-Bo­ni­face. C’était rare qu’on ne se ré­fé­rait pas à un as­pect du droit dans les bul­le­tins de nou­velles. Une di­men­sion qui m’in­ter­pel­lait très par­ti­cu­liè­re­ment. « Et puis j’ai mon pe­tit cô­té théâ­tral. J’ai par­ti­ci­pé au Fes­ti­val théâtre jeu­nesse, aux ac­ti­vi­tés de la Ligue d’im­pro­vi­sa­tion du Ma­ni­to­ba et même joué dans la pièce du Cercle Mo­lière La men­teuse en 1991. On peut aus­si me voir dans le film He­lio­sols de Ga­briel Tou­gas, pa­ru en 2013.

« Avant tout, je dois beau­coup à mes pa­rents, Ro­ger et Cé­cile. Quand j’étais gar­çon, mon père mar­te­lait l’im­por­tance de l’in­to­na­tion, du sou­rire, des gestes, sans par­ler du vo­ca­bu­laire. Ma mère nous fai­sait écrire des dic­tées à tous les soirs. On li­sait beau­coup en­semble. Pour eux, c’était es­sen­tiel de com­prendre, d’écrire et d’être à l’aise dans tous les ni­veaux de langue. Ils ap­pré­ciaient le joual, mais sa­vaient quand s’en ser­vir. Et ils pou­vaient s’ex­pri­mer avec aise dans le fran­çais le plus sou­te­nu. Et tant mieux! On n’a que les mots pour ex­pri­mer le fond de notre pen­sée. Il vaut mieux les maî­tri­ser au­tant que pos­sible. »

Pho­to : Da­niel Bahuaud

Do­nald Le­gal : « Ma gé­né­ra­tion a été par­ti­cu­liè­re­ment at­ti­rée par le droit. En par­tie, c’est qu’on a re­çu notre édu­ca­tion dans les an­nées 1980 dans le sillage des cas Fo­rest et Bi­lo­deau. Et puis on avait ac­cès à deux écoles de droit fran­co­phones, aux Uni­ver­si­tés de Monc­ton et d’Ot­ta­wa. »

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