Un ar­chi­tecte es­saie de sau­ver une oeuvre

En vou­lant conver­tir l’an­cien poste de po­lice de Saint-Bo­ni­face en im­meuble de quatre étages, Andre Sil­va es­père pré­ser­ver une bâ­tisse dans les limbes. Mais à quel prix pour les ré­si­dents? Et l’édi­fice d’Étienne Ga­bou­ry?

La Liberté - - URBANISME - Da­niel BAHUAUD dba­huaud@la-li­berte.mb.ca

Andre Sil­va, de la firme 2 Ar­chi­tec­ture, se veut clair : « L’an­cien poste de po­lice au 227 bou­le­vard Pro­ven­cher est em­blé­ma­tique. Un joyau de l’his­toire ar­chi­tec­tu­rale de Saint-Bo­ni­face. Bien que la bâ­tisse n’ait au­cun sta­tut of­fi­ciel d’édi­fice pa­tri­mo­nial de la Ville de Win­ni­peg, ce se­rait im­pen­sable de la dé­mo­lir. Il faut conser­ver cet édi­fice unique.

« C’est mon in­ten­tion. J’ai le plus grand res­pect pour Étienne Ga­bou­ry, qui a conçu l’édi­fice construit en 1964. La dif­fi­cul­té, c’est qu’il n’est pas éco­no­mi­que­ment viable. Le doc­teur Marc Fréchette, le pro­prié­taire, avait es­sayé d’en faire une cli­nique. Il fal­lait trou­ver une ma­nière de ren­ta­bi­li­ser le site. Tout en conser­vant l’édi­fice. »

D’où l’idée de construire un im­meuble de 40 à 60 ap­par­te­ments par-des­sus l’édi­fice ac­tuel. Andre Sil­va éla­bore : « Le poste de po­lice d’Étienne Ga­bou­ry, je le vou­drais au ser­vice de la com­mu­nau­té. Des or­ga­nismes et fa­milles pour­raient s’en pré­va­loir pour des réunions, des évè­ne­ments spé­ciaux, des ras­sem­ble­ments de fa­mille, etc.

« Les ap­par­te­ments, eux, se­raient si­tués dans les trois étages su­pé­rieurs. Mon plan est qu’il y ait une va­rié­té d’ap­par­te­ments, de 750 à 1 200 pieds car­rés, pour des­ser­vir des gens avec dif­fé­rents re­ve­nus. »

Le pro­jet coû­te­rait près de 20 mil­lions $. « Nous avons dé­ve­lop­pé et construit des im­meubles al­lant jus­qu’à 24 ap­par­te­ments, sur­tout dans le quar­tier Os­borne, sur l’ave­nue Ward­law, la rue Da­ly Sud et la pro­me­nade Wel­ling­ton ».

Le pro­jet bo­ni­fa­cien doit ce­pen­dant fran­chir plu­sieurs étapes clés avant de voir le jour. « Le pro­prié­taire du ter­rain, le doc­teur Marc Fréchette, nous a don­né trois mois. Si nous n’ar­ri­vons pas à concré­ti­ser le pro­jet, nous n’achè­te­rons pas le ter­rain.

« Il fau­dra ef­fec­tuer la mo­di­fi­ca­tion du zo­nage re­quise au­près de la Ville de Win­ni­peg, puisque le ter­rain est dé­si­gné es­pace com­mer­cial. Et puis nous vou­lons conti­nuer de son­der le pu­blic, en te­nant plu­sieurs consul­ta­tions. »

À la toute pre­mière consul­ta­tion le 10 oc­tobre, l’ar­chi­tecte a pré­sen­té le pro­jet à 15 per­sonnes, qui n’ont pas hé­si­té à ex­pri­mer leurs pré­oc­cu­pa­tions.

Da­ryl Kuhl, une ré­si­dente qui ha­bite à deux pas de l’édi­fice : « Je crains la construc­tion d’une énorme masse juste en face des ré­si­dences uni­fa­mi­liales. Une masse qui crée­ra des ombres énormes l’hi­ver, la sai­son où on veut avoir plus de soleil. Si le pro­jet va de l’avant, on va perdre le soleil. Je m’in­quiète aus­si que le pro­jet va en­lai­dir l’an­cien bu­reau de po­lice. On pré­serve l’édi­fice d’Étienne Ga­bou­ry, tout en le ca­chant. En le trans­for­mant en autre chose. »

Greg Se­lin­ger ha­bite à un jet de pierre de l’édi­fice : « Ce qui m’in­quiète, c’est l’aug­men­ta­tion de la cir­cu­la­tion, no­tam­ment quand les au­to­bus sco­laires passent sur la Lan­ge­vin. Le plan ar­chi­tec­tu­ral pré­voit 40 es­paces dans un sta­tion­ne­ment si­tué au sous-sol de l’édi­fice. Où sta­tion­ne­ront les 20 autres voi­tures des ré­si­dents de l’im­meuble?

« De plus, le sta­tion­ne­ment pro­po­sé donne di­rec­te­ment sur la rue Lan­ge­vin. Ça risque de cau­ser des em­bou­teillages et nuire à la sé­cu­ri­té des jeunes qui se rendent aux dif­fé­rentes écoles du quar­tier. »

Tom Scott, éga­le­ment du quar­tier : « La plus grande er­reur se­rait de ne pas écouter les ré­si­dents. Nous sommes sen­sibles au dé­sir d’Andre Sil­va de tra­vailler avec la com­mu­nau­té, pour que nous puis­sions avoir une den­si­fi­ca­tion du quar­tier qui soit res­pec­tueuse du quar­tier. »

Lynd­sey Mar­shall, la pré­si­dente de l’As­so­cia­tion des ré­si­dents du Vieux Saint-Bo­ni­face : « J’es­père qu’Andre Sil­va est ou­vert à faire des com­pro­mis, avec les ré­si­dents. »

La né­ces­si­té de plus de com­mu­ni­ca­tion entre l’ar­chi­tecte et les ré­si­dents et éga­le­ment en­tré tout à fait dans les des­seins de l’ar­chi­tecte. « Le de­si­gn que nous avons pré­sen­té n’est qu’un plan pré­li­mi­naire, conçu pour don­ner une idée de ce à quoi pour­rait res­sem­bler l’édi­fice. Je suis convain­cu qu’en dis­cu­tant da­van­tage avec les ré­si­dents, nous pour­rons ar­ri­ver à un plan qui soit en pleine har­mo­nie avec le ter­rain et le voi­si­nage. »

Pho­to : Gra­cieu­se­té 2 Ar­chi­tec­ture pho­to : Mar­ta Guer­re­ro

Un plan ar­chi­tec­tu­ral de l’im­meuble pro­po­sé par Andre Sil­va, qui in­tè­gre­rait l’an­cien poste de po­lice de Saint-Bo­ni­face conçu par Étienne Ga­bou­ry. Andre Sil­va.

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