Les Fran­co-Ma­ni­to­bains et la Pre­mière Guerre mon­diale

La Liberté - - JOUR DU SOUVENIR - Claude DE MOIS­SAC

Il y a 100 ans, la Pre­mière Guerre mon­diale pre­nait fin. Quelles ont été les contri­bu­tions des fran­co­phones du Ma­ni­to­ba – ceux qui ont par­ti­ci­pé comme sol­dats et ceux qui sont res­tés au Ca­na­da? Pers­pec­tive de Claude De Mois­sac, qui a pu­blié en 2007 les Lettres des tran­chées, livre pré­sen­tant des lettres choi­sies des frères Kern, trois Ma­ni­to­bains de Saint-Claude en­rô­lés dans l’ar­mée fran­çaise du­rant la Pre­mière Guerre mon­diale.

Les Fran­co-Ma­ni­to­bains ont par­ti­ci­pé à la Pre­mière Guerre mon­diale comme sol­dats, en­rô­lés vo­lon­tai­re­ment ou conscrits dans l’ar­mée ca­na­dienne, ou comme ré­ser­vistes dans les ar­mées de la France et de la Bel­gique.

Ils ont com­bat­tu sur la Marne en 1914, en Ar­tois en 1915, à Ver­dun et sur la Somme en 1916, à Vi­my en 1917 et dans l’of­fen­sive de 1918 qui rem­por­ta la vic­toire fi­nale. Ils ont par­ti­ci­pé aux com­bats, en tant que simples sol­dats ou ar­tilleurs, mais aus­si dans les ser­vices de sou­tien aux com­bat­tants, comme in­gé­nieurs et fo­res­tiers. Plu­sieurs mé­de­cins et in­fir­mières se sont por­tés vo­lon­taires pour tra­vailler dans les hô­pi­taux mi­li­taires de France. L’his­toire ca­na­dienne de la Pre­mière Guerre mon­diale ré­sume sou­vent la par­ti­ci­pa­tion ca­na­dienne-fran­çaise à son op­po­si­tion à la guerre et à la crise de la conscrip­tion de 1917. La presse an­glaise de l’époque, dont celle de Win­ni­peg, cri­ti­quait sé­vè­re­ment le bas taux d’en­rô­le­ment des Ca­na­diens­fran­çais dans l’ar­mée ca­na­dienne. Celle-ci, à l’image de l’ar­mée bri­tan­nique et do­mi­née par des Ca­na­diens-an­glais im­pé­ria­listes, était peu ac­cueillante pour les pre­miers vo­lon­taires fran­co­phones. De­voir se battre pour pou­voir se battre : ce n’était que le dé­but de leurs peines.

Avec l’ap­pui des po­li­ti­ciens ca­na­diens-fran­çais, les ba­taillons ca­na­diens-fran­çais ont réus­si à se tailler une place dans l’ar­mée. Bien que le pour­cen­tage de bé­né­voles ca­na­diens-fran­çais soit à peu près égal à ce­lui des Ca­na­diens-an­glais nés au pays, le grand nombre de vo­lon­taires nés en Grande-Bre­tagne di­mi­nuait la pré­sence fran­co­phone. D’où les cri­tiques que les Ca­na­diens­fran­çais ne s’en­rô­laient pas et étaient la cause de la crise de la conscrip­tion.

La Grande-Bre­tagne, qui dé­cla­ra la guerre à l’Al­le­magne en 1914 au nom de son em­pire et de ses Do­mi­nions, de­man­da au Ca­na­da des hommes et de la nour­ri­ture. La pro­duc­tion de grains, aus­si im­por­tante à la vic­toire que les cam­pagnes mi­li­taires, né­ces­si­tait une maind’oeuvre abon­dante. C’est là que beau­coup de Fran­co-Ma­ni­to­bains ont contri­bué à l’ef­fort de guerre. Le gou­ver­ne­ment ca­na­dien de l’époque avait pro­non­cé ses prio­ri­tés - sol­dats et nour­ri­ture - sans tou­te­fois in­di­quer le­quel était le plus im­por­tant. Ce­ci ex­plique le mé­con­ten­te­ment des agri­cul­teurs de­vant la conscrip­tion né­ces­saire à main­te­nir l’ar­mée ca­na­dienne en France. Ne nous mé­pre­nons pas, les agri­cul­teurs an­glo­phones et fran­co­phones de toutes les pro­vinces se sont op­po­sés à la conscrip­tion, mais aux élec­tions de 1917, ce sont les Ca­na­diens­fran­çais qui ont été le bouc émis­saire du gou­ver­ne­ment unio­niste.

Sur le plan so­cial, les Fran­co Ma­ni­to­bains ont pré­le­vé des fonds pour don­ner une as­sis­tance fi­nan­cière aux vic­times de la guerre. En contri­buant à « L’aide aux dra­peaux », éta­blie en août 1914, ils ont ai­dé les fa­milles des ré­ser­vistes fran­çais et belges; leurs contri­bu­tions au « Fonds pa­trio­tique » fai­saient de même pour les fa­milles des sol­dats ca­na­diens. D’autres fonds furent pré­le­vés dans les com­mu­nau­tés belges et fran­çaises du Ma­ni­to­ba afin d’ai­der les vic­times dans leurs pays en­va­his par l’Al­le­magne. Ce sou­tien éco­no­mique conti­nua pen­dant toute la du­rée du conflit.

Les rôles so­ciaux et éco­no­miques des Fran­co Ma­ni­to­bains au cours de la Pre­mière Guerre mon­diale sont trop sou­vent né­gli­gés. Il est temps de dé­pas­ser les vues par­ti­sanes de l’im­pé­ria­lisme bri­tan­nique et de la conscrip­tion de 1917 pour re­con­naître comment la Pre­mière Guerre mon­diale fut vé­cue dans la so­cié­té fran­co­phone.

Pho­to : Gra­cieu­se­té Claude De Mois­sac

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