Né un jeu­di en Côte d’Ivoire

Le sla­meur on­ta­rien Yao se­ra de pas­sage à Win­ni­peg le 15 no­vembre pro­chain au CCFM (1). Né en Côte d’Ivoire, d’ori­gine to­go­laise et do­ré­na­vant ba­sé à Ot­ta­wa, il vient d’être pa­pa d’une pe­tite fille.

La Liberté - - CULTUREL - Pro­pos re­cueillis par Ma­rie BERCKVENS mber­ck­vens@la-li­berte.mb.ca

Pour en ap­prendre da­van­tage sur vous, que si­gni­fie Yao?

Yao : Yao­vi est mon vrai pré­nom. Au To­go, l’un de tes pré­noms vient du jour de la se­maine où tu es né. Si tu es né un jeu­di, tu t’ap­pelles Ya­wo si tu es un homme ou Ya­wa si tu es une femme. On a ajou­té Vi, car ça veut dire ju­nior (pe­tit). Mon père, ma mère, ma soeur sont aus­si nés un jeu­di. Mes pa­rents ont choi­si d’en­le­ver le w, pour que ça sonne mieux.

Res­tons dans les ques­tions d’iden­ti­té. Dans le titre In­ter­fé­rences de votre der­nier al­bum Lap­sus, vous dites : J’étais Pi­cas­so de­ve­nu Bau­de­laire. Qu’en­ten­dez-vous par là?

Yao : L’al­bum Perles et pa­ra­boles sor­ti en 2013 était plus jaz­zy, plus joyeux. Lap­sus est un al­bum plus per­son­nel. En sep­tembre 2016, deux mois avant la sor­tie de Lap­sus, j’in­ter­pré­tais en­core des chan­sons de Perles et pa­ra­boles. C’était en op­po­si­tion à comment je me sen­tais à ce mo­ment-là. C’est im­por­tant pour moi de faire un al­bum qui re­flé­tait où j’étais vrai­ment ren­du. Perles et pa­ra­boles, c’est un peu ce cô­té Pi­cas­so. On des­sine, c’est beau. Lap­sus est plus per­son­nel. Aus­si à tra­vers des textes comme Étrange ab­sur­di­té, Parle-moi ou Rêves d’en­fants, qui viennent cher­cher les émo­tions un peu plus mé­lan­co­liques.

Vous avez sans doute des ins­pi­ra­tions va­riées…

Yao : Qui­conque écoute ma mu­sique ap­prend à me connaître. Comme dit le pro­verbe : l’art est

l’âme d’un peuple. Et puis, si l’art est l’âme d’un peuple, la mu­sique en est la voix. Pour moi, l’im­por­tant est de faire une mu­sique au­then­tique et hu­maine. Je m’ins­pire de mon vé­cu, de mon en­vi­ron­ne­ment, des gens au­tour de moi pour écrire ces textes-là, pour al­ler cher­cher l’uni­ver­sa­li­té de l’émo­tion.

Pour moi, l’ob­jec­tif de la mu­sique est de voir des gens qui se re­con­naissent dans mes textes ou qui res­sentent ce que j’es­saie de trans­mettre. Outre cette quête d’au­then­ti­ci­té, il y a aus­si cette quête par rap­port à moi-même, dans une pers­pec­tive hu­maine : Est-ce que je suis fi­dèle à moi­même? Est-ce que je reste in­tègre? Est-ce que je donne le meilleur de moi-même?

Vous ve­nez de sor­tir un nou­veau titre : Dis-moi que tu m’aimes en­core où vous met­tez en exergue le fait qu’on a be­soin d’amour et que ce n’est pas suf­fi­sant…

Yao : Je vou­lais mon­trer les deux cô­tés de la mé­daille par rap­port à la vie. Je joue sur l’idée qu’il est pos­sible de trou­ver une jus­ti­fi­ca­tion dans n’im­porte quelle si­tua­tion. Au­jourd’hui, n’im­porte qui peut confir­mer son point de vue en al­lant sur In­ter­net. Mais le­quel a tort ou rai­son? À tra­vers le monde, on dit que ce dont on a be­soin, c’est de plus d’amour. Oui on a be­soin de plus d’amour mais je veux voir plus d’ac­tions aus­si. On le voit dans le vi­déo­clip. Quand on voit un ba­teau de ré­fu­giés, ou des men­diants dans la rue, dire dis­moi que tu m’aimes en­core, est-ce que c’est as­sez? Vous consta­tez vous-même que ce n’est pas le cas.

Dis-moi que tu m’aimes en­core fi­gu­re­ra sur le pro­chain al­bum qui sor­ti­ra au prin­temps 2020. Quelle évo­lu­tion va-t-on consta­ter?

Yao : En 2011, je fai­sais du pur rap. En 2016, j’ai gran­di, je suis da­van­tage dans une mu­sique élec­tro, po­sée. Comme je suis nou­vel­le­ment père, de­puis quelques se­maines, c’est cette nou­velle di­men­sion que je veux re­flé­ter dans cet al­bum.

Qu’est-ce que ça change dans votre vie d’être pa­pa?

Yao : J’ai une pers­pec­tive ex­terne beau­coup plus af­fu­tée, si je peux me per­mettre l’ex­pres­sion. Main­te­nant, ce n’est plus la ma­nière de voir une chose ou le monde dans le­quel j’évo­lue. D’autres per­sonnes évo­luent dans ce monde avec moi.

Vous êtes res­té proche de vos ra­cines afri­caines…

Yao : Mes pa­rents sont d’ori­gine to­go­laise. Je viens de re­ve­nir d’ailleurs de Côte d’Ivoire, pour que ma femme ac­couche là-bas. J’ai en quelque sorte bou­clé la boucle. Mon en­fant est né dans le même hô­pi­tal que moi. C’était im­por­tant de re­ve­nir aux ra­cines. J’ai re­mis les pieds à Abid­jan en mai pour la pre­mière fois de­puis mon dé­part au Ca­na­da en 1999.

Un mo­ment fort sans doute…

Yao : On re­trouve l’en­fant en soi. On voit comment le pays a évo­lué. Et comment j’ai évo­lué. C’est une grosse ré­flexion de se de­man­der : Qu’est-ce qu’au­rait été ma vie si j’étais res­té là-bas? C’est im­por­tant d’être plus re­con­nais­sant de ce qu’on a. Se­lon le pro­verbe, c’est im­por­tant de sa­voir d’où on vient pour sa­voir où on va. J’ai ten­dance à ajou­ter :

Sur­tout pour ap­pré­cier où nous sommes.

(1) Yao sui­vi de Jé­ré­mie & The De­li­cious Hounds se pro­dui­ra en concert à 19 h 30. En­trée : 26,90$ (gé­né­ral) et 21,70$ (étu­diant).

pho­to : Gra­cieu­se­té Yao

Yao.

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