Bar­ti­mée mon ami

La Liberté - - HOMMAGE -

À 35 ans, j’ai pris conscience d’une grave bles­sure en de­dans de moi, hé­ri­tée de mon en­fance. Elle met­tait en cause ma re­la­tion à ma mère. Cette bles­sure m’aveu­glait et avait pour consé­quence de re­te­nir ma vie, de l’em­pê­cher de s’ex­pri­mer plei­ne­ment. Je me dé­bat­tais avec ce mal su­bi, en cher­chant sans cesse à me prou­ver. Je vou­lais m’en li­bé­rer. J’étais en quête de tous les moyens à ma por­tée pour y par­ve­nir. Je croyais pou­voir y ar­ri­ver par mes seules forces, celles que ma tête me dic­tait.

Un jour, alors que je li­sais le ré­cit de Bar­ti­mée, dans l’Évan­gile de Marc (10, 46­52), quelque chose s’est éclai­ré en moi, mal­gré ma cé­ci­té in­té­rieure. Comme l’aveugle Bar­ti­mée, je me voyais sur le bord de la route à quê­ter. Les bruits de la foule qui pas­sait m’ont sou­dai­ne­ment se­coué. Je me ren­dis compte que Jé­sus l’en­trai­nait, par une pa­role de li­ber­té, vers un monde nou­veau. Sai­si au plus pro­fond de mon être, je me suis mis à crier, comme Bar­ti­mée : Fils de Da­vid, Jé­sus, prends pi­tié de moi. Plus on vou­lait me faire taire, comme si je ne pou­vais avoir au­cune im­por­tance aux yeux de Jé­sus, plus je criais de plus belle. Ce cri sor­tait du tré­fonds de moi. Comme Bar­ti­mée, je ve­nais de croire fer­me­ment que Jé­sus pou­vait me gué­rir. Oui, j’avais be­soin d’être dé­li­vré de cette grave bles­sure qui em­poi­son­nait ma vie. Comme Bar­ti­mée, à l’ap­pel de Jé­sus, je bon­dis et cou­rus vers lui. De­ve­nant sou­dai­ne­ment cons­cient de toute l’im­por­tance que je pre­nais à ses yeux, je fon­dis en larmes. J’avais à lui confier que les té­nèbres m’aveu­glaient, que je vou­lais en­trer dans la lu­mière. Puis, il m’a re­gar­dé avec ten­dresse et m’a dit : Va, ta foi t’a sau­vé. À par­tir de ce jour, mon re­gard sur moi­même est de­ve­nu tout autre. Jé­sus avait bri­sé les chaînes du mal su­bi dans mon en­fance; chaînes qui me pos­sé­daient jusque­là. J’ap­pre­nais à me lais­ser re­gar­der avec amour, ce­lui que j’avais éprou­vé en im­plo­rant Jé­sus. De­puis cette gué­ri­son, ma re­la­tion à Dieu a chan­gé ra­di­ca­le­ment : elle a gran­di. Je me dé­couvre, jour après jour, comme un fils ten­dre­ment ai­mé par le Père. Il m’ar­rive sou­vent de me po­ser la ques­tion sui­vante : Ne sommes­nous pas tous des Bar­ti­mée, aveu­glés par une bles­sure plus ou moins pro­fonde, qui re­cherchent le re­gard mi­sé­ri­cor­dieux de Dieu pour être li­bé­rés?

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