Homme d’État à la qué­bé­coise

La Liberté - - OPINIONS - DE BER­NARD BOCQUEL bboc­[email protected]

Il y a une ex­pres­sion bien qué­bé­coise qui ap­pa­raît fa­ci­le­ment quand la conver­sa­tion prend un tour­nant plus sé­rieux : « On va se le dire ». C’est le mo­ment où il faut ac­cep­ter d’en­tendre le fond de la pen­sée de son in­ter­lo­cu­teur. C’est le mo­ment de vé­ri­té. Le concert d’éloges di­thy­ram­biques qui a sui­vi la mort de l’an­cien Pre­mier mi­nistre pé­quiste amou­reux du juste mot Ber­nard Lan­dry a été pa­trio­tique à sou­hait, à la me­sure de ses fu­né­railles na­tio­nales ou d’État, se­lon le de­gré de li­ber­té avec le­quel on se plaît à tes­ter l’élas­ti­ci­té des mots. Dans ce jeu conve­nu, l’ex-chef pé­quiste Karl Pé­la­deau n’a pas dé­mé­ri­té en dé­cla­rant : « Ber­nard Lan­dry a été de tous les com­bats et de toutes les tri­bunes pour pro­mou­voir la li­ber­té du Qué­bec de choi­sir son des­tin et d’ac­qué­rir […] le sta­tut d’État in­dé­pen­dant. » L’éphé­mère chef du PQ a en­suite ex­pli­qué que « l’homme d’État » dé­cé­dé « a droit à des fu­né­railles d’État en rai­son de la plus haute des fonc­tions qu’il a oc­cu­pée au sein de l’État qué­bé­cois ». En toute co­hé­rence, il pen­sait sû­re­ment « l’État qué­bé­cois en­core

dé­pen­dant ». La pé­nible pré­ci­sion de­vant être sous-en­ten­due. Puisque la der­nière trou­vaille en vogue chez les in­dé­pen­dan­tistes est d’af­fir­mer qu’il vaut mieux être « pro­prié­taire que lo­ca­taire », on va se le dire : avant d’ache­ter ce fa­meux État qui règle tous les maux, les Qué­bé­cois ga­gne­raient à voir ce qu’il cache.

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