MENTEURS

La Liberté - - LE RÉVEIL - Bai­ley PALAMAR ae­me­[email protected]­nusb.ca

Du 7 au 10 no­vembre 2018, dans le théâtre de la Porte rouge, aus­si connu comme la salle Mar­tial-Ca­ron, les Chiens de so­leil ont pré­sen­té leur pre­mière pièce de la sai­son 2018-2019, Men­teur, par Brian Dra­der. J’ai pas­sé un après-mi­di dans les cou­lisses (ou plu­tôt dans l’ab­sence de cou­lisses…) pour dis­cu­ter de la plus ré­cente pièce de la longue tra­di­tion théâ­trale de l’Uni­ver­si­té de Saint Bo­ni­face, avec les quatre co­mé­diens de Men­teur ain­si que son met­teur en scène, Eric Pla­mon­don.

«Je pense que la thé­ma­tique du men­songe est tou­jours ap­pro­priée, mais on en parle dé­fi­ni­ti­ve­ment beau­coup de nos jours, sur­tout par rap­port aux po­li­ti­ciens. La pièce pousse le concept du men­songe et le met dans le ter­ri­toire de tout le monde. Elle le fait de fa­çon non me­na­çante et non mé­lo­dra­ma­tique, mal­gré le fait que c’est très dra­ma­tique et c’est très me­na­çant », dit Eric Pla­mon­don au su­jet de la pièce. Dans Men­teur, écrit par l’écri­vain Brian Dra­der, ori­gi­naire du Ma­ni­to­ba, tous les per­son­nages sont des menteurs, y com­pris Marc, ce qui est un élé­ment dé­con­cer­tant de la pièce.

« Marc est vrai­ment un per­son­nage am­bi­gu. On ne sait vrai­ment pas ce qu’il veut. Il est très ma­ni­pu­la­teur, mais pas de fa­çon à ce qu’il force le monde à faire ce qu’il veut. C’est comme si le monde lui donne l’op­por­tu­ni­té d’en pro­fi­ter », ex­plique JeanYves La­voie, qui a joué le rôle de Marc.

Il ren­contre Jé­ré­mie dans un bar gai et ils se parlent sur un toit. Là, Jé­ré­mie tombe et il en est mort, mais on ne sait pas s’il est sim­ple­ment tom­bé par ac­ci­dent, s’il a sau­té ou s’il a été pous­sé. Après sa mort, Marc fait connais­sance de Fran­çoise, la soeur de Jé­ré­mie, et de Ben, l’époux de Fran­çoise, et s’in­tro­duit in­si­dieu­se­ment dans la vie des deux.

Sean Fos­ter, qui a in­ter­pré­té le per­son­nage de Ben La­rose, croit que le thème pose une bonne oc­ca­sion de ré­flexion. « Je pense que ça dé­montre à quel point il est im­por­tant d’être hon­nête, de ne pas ca­cher des choses. Ce n’est pas à dire qu’il faut tout dire, mais c’est juste qu’il ne faut pas men­tir à ce point parce qu’on voit que ça peut avoir des consé­quences as­sez né­fastes. »

Au-de­là du thème du men­songe, cette pièce dif­fère de fa­çon im­por­tante des pièces ty­piques quant à son es­thé­tique. Elle a été pré­sen­tée dans l’am­biance in­time du style du théâtre de la Porte rouge. En fait, l’au­di­toire était sur la scène, à seule­ment quelques mètres des co­mé­diens, donc « la fron­tière s’em­brouille un peu », ex­plique Pla­mon­don. Tou­te­fois, il y avait quand même des dif­fi­cul­tés à pré­sen­ter Men­teur en em­ployant l’es­thé­tique de théâtre de la Porte rouge. La troupe a créé une scène sans cou­lisses, et l’éclai­rage exis­tant n’est pas conçu pour ce style de théâtre. « Mais c’est le fun jus­te­ment puisque c’est cet es­prit de créa­tion, de ca­pa­ci­té ar­tis­tique qu’on veut dé­ve­lop­per. Donc, les dé­fis que tu dé­couvres, c’est aus­si des perles », af­firme Pla­mon­don. En par­lant avec Pla­mon­don et les quatre co­mé­diens, on constate que la troupe théâ­trale des Chiens de So­leil contri­bue à la scène ar­tis­tique fran­co­phone au Ma­ni­to­ba et qu’elle est un ou­til pour faire vivre la créa­tion théâ­trale mal­gré le manque d’un dé­par­te­ment de théâtre à l’Uni­ver­si­té. Ya­van Lu­ban­da Ngoy, qui a joué le per­son­nage de Jé­ré­mie Des­prés, a ré­su­mé la ma­gie du théâtre pour lui : « J’aime vivre une autre vie qui est hors de la mienne, in­car­ner un per­son­nage, sor­tir de mon état cor­po­rel et vivre dans un autre corps, qui est vrai­ment in­té­res­sant, car je suis très cu­rieux ». Pour Eu­nice Hos­sa­na, connue dans la pièce comme Fran­çoise La­rose, faire du théâtre était une ex­pé­rience com­plè­te­ment nou­velle. « Je vou­lais faire quelque chose de dif­fé­rent cette an­née pour m’in­té­grer plus à l’Uni­ver­si­té, nous a-t-elle confié. Je n’étais pas confiante parce que je n’avais ja­mais fait du théâtre et je sa­vais que ça de­mande plus, j’ai au­di­tion­né et voi­là, j’ai été prise. » Pla­mon­don af­firme que le théâtre est vrai­ment un mé­dium unique au monde, « puis­qu’il y a une em­pa­thie au­to­ma­tique qui se dé­ve­loppe ». D’après lui, ce­ci est po­sible parce que tout se passe en temps réel quand des co­mé­diens pré­sentent quelque chose à un au­di­toire. « Ça, pour moi, c’est la ma­gie de l’art, de l’ex­pé­rience ar­tis­tique, qui est ca­pable de créer ces liens entre hu­mains. Et quand ça marche, tu le res­sens. » Q

Pho­to : Ma­rie Seille­ry @ti­te­sou (Ins­ta­gram)

Les co­mé­diens de Men­teur, de gauche à droite, Sean Fos­ter, Eu­nice Hos­sa­na, Ya­van Lu­ban­da Ngoy et Jean-Yves La­voie

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