EN­TRE­VUE SÉ­NA­TRICE

La Liberté - - LE RÉVEIL - Bai­ley PALAMAR ae­me­[email protected]­nusb.ca pho­to :Gra­cieu­se­té Sé­nat du Ca­na­da l’épa­nouis­se­ment ». Q

Au dé­but du mois de no­vembre, pen­dant 48 heures, l’ho­no­rable Ju­lie Mi­vil­leDe­chêne, sé­na­trice re­pré­sen­tant le Qué­bec, est pas­sée par Win­ni­peg parce qu’elle fait par­tie du co­mi­té sé­na­to­rial de l’agri­cul­ture. Elle a aus­si dé­ci­dé de pro­fi­ter de cette oc­ca­sion pour ren­con­trer des Fran­co-Ma­ni­to­bains. J’ai eu le grand plai­sir de m’en­tre­te­nir avec la sé­na­trice pour par­ler de son par­cours, de sa vi­site à Win­ni­peg et, bien sûr, de la fran­co­pho­nie au Ma­ni­to­ba.

«C’est une lutte, af­firme l’ho­no­rable sé­na­trice Mi­ville-De­chêne. Ça prend une force de ca­rac­tère que j’ad­mire pour être fran­co­phone ici ».

En sa qua­li­té de nou­velle sé­na­trice, qué­bé­coise et fran­co­phone, c’est un mes­sage qui lui tient à coeur. De plus, cette pas­sion est en ligne avec le grand man­dat du Sé­nat, qui a l’ob­jec­tif pré­cis de dé­fendre les mi­no­ri­tés. « Les mi­no­ri­tés lin­guis­tiques sont vrai­ment au coeur des man­dats du Sé­nat », af­firme la sé­na­trice. Elle m’a ra­con­té que de­puis le dé­but de la Con­fé­dé­ra­tion ca­na­dienne, c’était clair que le Sé­nat avait le de­voir de dé­fendre les mi­no­ri­tés lin­guis­tiques. Mais pour­quoi est-elle tel­le­ment pas­sion­née par la langue fran­çaise? En fait, cette ré­ponse dé­coule de sa car­rière avant qu’elle soit de­ve­nue sé­na­trice.

Ma­dame Mi­ville-De­chêne était jour­na­liste pen­dant 30 ans à Ra­dio-Ca­na­da. Pen­dant cette pé­riode, elle a par­cou­ru le Ca­na­da et a fait la connais­sance de dif­fé­rentes mi­no­ri­tés fran­co­phones du pays. Un res­pect et une ad­mi­ra­tion pro­fonds pour ces com­mu­nau­tés se sont dé­ve­lop­pés chez elle. « Gar­der sa langue fran­çaise dans un es­pace an­glo­phone, c’est ex­trê­me­ment dif­fi­cile. Je le sais parce qu’au Qué­bec nous sommes ma­jo­ri­taires et mal­gré tout, l’in­fluence de l’an­glais dans notre fa­çon de par­ler est très in­si­dieuse. »

L’autre rai­son pour la­quelle la sé­na­trice est pas­sion­née de la cause fran­co­phone est le rôle pri­mor­dial que le fran­çais a joué dans l’his­toire ca­na­dienne, y com­pris l’his­toire du Ma­ni­to­ba. Comme elle le dit si bien : « Cette langue et les fran­co­phones ont mar­qué le Ma­ni­to­ba ».

Elle vou­lait ren­con­trer des fran­co­phones d’ici pour té­moi­gner l’in­té­rêt qu’elle porte aux com­mu­nau­tés fran­co­phones hors Qué­bec et sa so­li­da­ri­té avec celles-ci. À plu­sieurs re­prises du­rant notre en­tre­tien, la sé­na­trice a af­fir­mé son ad­mi­ra­tion pour tous et toutes qui conservent leur fran­çais, mal­gré les dé­fis. Elle m’a ra­con­té un peu de ce qu’elle a fait ici. Lors de son bref sé­jour, la sé­na­trice a ren­con­tré des par­ti­ci­pants d’un col­loque por­tant sur les ser­vices de san­té en fran­çais. Ils ont af­fir­mé qu’il n’y a « pas de ga­ran­ties dans la Loi des langues of­fi­cielles sur la ques­tion des ser­vices de san­té en fran­çais », car il s’agit d’une loi fé­dé­rale et non pro­vin­ciale. D’après la sé­na­trice, un manque de ser­vices en fran­çais pose une me­nace aux fran­co­phones en contexte mi­no­ri­taire, dont les Fran­coMa­ni­to­bains, les Fran­sas­kois, les Fran­co-On­ta­riens et les Aca­diens.

Mais que pense la sé­na­trice de l’ave­nir des com­mu­nau­tés fran­co­phones? Elle a sou­li­gné l’im­por­tance d’in­té­grer toutes les per­sonnes d’ex­pres­sion fran­çaise pour ren­for­cer la com­mu­nau­té. Ici, les jeunes ayant fré­quen­té ou fré­quen­tant les écoles d’im­mer­sion fran­çaise et les nou­veaux im­mi­grants fran­co­phones se joignent à la com­mu­nau­té fran­co­ma­ni­to­baine. De plus, elle croit que le fran­çais a be­soin d’un ap­pui. « Je crois qu’il est im­por­tant de re­con­naitre que pour qu’un peuple puisse sur­vivre, il faut non seule­ment qu’il y ait une vo­lon­té in­di­vi­duelle de sur­vivre chez les gens, mais il faut aus­si qu’il y ait des règles, des lois, de l’en­ca­dre­ment, de ser­vices qui leur per­mettent de vivre, parce qu’on ne peut pas s’ima­gi­ner qu’une po­pu­la­tion va sur­vivre si elle n’a pas une édu­ca­tion de qua­li­té. Si elle n’a pas de ser­vices, si elle ne peut pas vivre une par­tie de sa vie en fran­çais; la langue va s’éteindre ».

Ce dé­fi peut sem­bler dif­fi­cile à re­le­ver, car « on doit quand même se battre pour les droits et ser­vices », mais ma­dame Mi­vil­leDe­chêne est très op­ti­miste. Elle a sou­li­gné que nous trou­vions dans une uni­ver­si­té de langue fran­çaise lors de notre en­tre­tien. « Les jeunes, en par­ti­cu­lier, sont les fers de lance de la sur­vie de la langue fran­çaise ici. Non seule­ment de la sur­vie, mais de

L’ho­no­rable Ju­lie Mi­ville-De­chêne, sé­na­trice du Qué­bec.

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