Le can­na­bis est lé­gal : Com­ment la per­cep­tion du can­na­bis change-t-elle?

La Liberté - - ÉDITORIAL - ae­me­[email protected]­nusb.ca He­le­na ZARYCHTA

La po­pu­la­ri­té de la ma­ri­jua­na au Ca­na­da a sur­gi pen­dant les an­nées 1960, la dé­cen­nie de la contre­cul­ture. Cette dé­cen­nie a connu une ré­vo­lu­tion des normes so­ciales en ma­tière de mu­sique, de vê­te­ments, de sexua­li­té et de drogues, qui re­met­tait en ques­tion les va­leurs tra­di­tion­nelles. L’usage de la ma­ri­jua­na par les hip­pies pen­dant cette pé­riode a gran­de­ment contri­bué à la nor­ma­li­sa­tion de l’usage du can­na­bis.

Plus ré­cem­ment, le 17 oc­tobre 2018, la Loi sur le can­na­bis a lé­ga­li­sé l’ac­cès au can­na­bis ré­créa­tif au Ca­na­da et ré­git dé­sor­mais la ma­nière dont le can­na­bis est culti­vé, dis­tri­bué et ven­du. Cette loi a été mise en place pour pro­té­ger la san­té des Ca­na­diens, gar­der le can­na­bis hors de la por­tée des en­fants et pré­ve­nir le crime or­ga­ni­sé.

Main­te­nant que le can­na­bis est lé­gal, quels chan­ge­ments ver­rons­nous au Ca­na­da? Dans les faits, il est dif­fi­cile de pré­voir les in­ci­dences de cette lé­gis­la­tion. Le Ca­na­da est seule­ment le deuxième pays à lé­ga­li­ser l’usage de la ma­ri­jua­na à l’échelle na­tio­nale.

Certes, il semble lo­gique que la ré­gu­la­tion de la ma­ri­jua­na par le gou­ver­ne­ment en aug­mente la sé­cu­ri­té de la consom­ma­tion en ce qui concerne le ni­veau de toxi­ci­té du pro­duit. Puis, cette nou­velle in­dus­trie au­ra des re­tom­bées pour l’éco­no­mie ca­na­dienne. Se­lon Sta­tis­tique Ca­na­da, ap­proxi­ma­ti­ve­ment 4,9 mil­lions de Ca­na­diens ont consom­mé du can­na­bis en 2017, dé­pen­sant en­vi­ron 5,6 bil­lions de dol­lars. Main­te­nant qu’il est lé­gal, le gou­ver­ne­ment du Ca­na­da fe­ra la col­lecte des im­pôts.

Mais, com­ment la lé­ga­li­sa­tion de cette sub­stance en chan­ge­ra-t-elle la per­cep­tion des gens?

Lors­qu’une sub­stance de­vient lé­gale, elle de­vient im­mé­dia­te­ment plus ac­cep­table. Jus­te­ment, si on lé­ga­lise une sub­stance, il de­vient dif­fi­cile de si­mul­ta­né­ment dé­cou­ra­ger les jeunes de la consom­mer. Ain­si, cer­taines gens peuvent croire que le can­na­bis est une drogue com­plè­te­ment in­of­fen­sive, même sure.

Per­son­nel­le­ment, je crois que c’est là où re­pose le pro­blème. Non dans sa lé­ga­li­sa­tion, mais dans la vo­lon­té de dé­dra­ma­ti­ser les dan­gers de ce qui de­meure une drogue. Ce­ci peut me­ner à la pro­pa­ga­tion de mythes concer­nant le can­na­bis. Après tout, la lé­ga­li­té de la drogue n’im­plique pas qu’elle soit sé­cu­ri­taire.

Le Centre ca­na­dien de luttes contre les toxi­co­ma­nies a réa­li­sé un rap­port sur la per­cep­tion des jeunes Ca­na­diens au su­jet du can­na­bis. L’étude a ré­vé­lé que les jeunes étaient d’ac­cord avec les énon­cés sui­vants : « le can­na­bis ne peut en­tra[i]ner une dé­pen­dance » et « le can­na­bis est in­of­fen­sif ».

C’est l’ap­pa­ri­tion de fausses per­cep­tions se­mant de l’igno­rance qui fait peur. Il semble que la vi­sion de la ma­ri­jua­na de­vient de plus en plus po­si­tive. Mal­gré tout, la consom­ma­tion du can­na­bis est as­so­ciée à des pro­blèmes de san­té tels que les dé­fi­cits at­ten­tif et cog­ni­tif, la dé­pres­sion, l’an­xié­té, des symp­tômes psy­cho­tiques, la schi­zo­phré­nie, les ma­la­dies res­pi­ra­toires et la dé­pen­dance.

Nous vi­vons dans un pays où la li­ber­té règne. Cha­cun a le droit de dé­ci­der s’il veut consom­mer la ma­ri­jua­na. Ce­la étant dit, plus de li­ber­té rime avec plus de res­pon­sa­bi­li­tés. Comme l’a dit l’au­teur Al­dous Hux­ley, « les faits ne cessent pas d’exis­ter parce qu’on les ignore ». Nous avons donc tous la res­pon­sa­bi­li­té de bien nous ren­sei­gner, pour notre propre bien et ce­lui de la so­cié­té.

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