« On ne peut gué­rir d’un cha­grin tout seul ! »

La Nouvelle Union - - La Une -

SAN­TÉ. La so­cié­té du « nous » est en train de dis­pa­raître, on vit dans la so­cié­té du moi. « On est tout seul, pres­sé, on a l’exi­gence de tou­jours sou­rire et de ré­pondre que ça va bien. (…) On re­fuse de souf­frir, de s’ar­rê­ter pour vivre sa peine. » C’est l’un des constats de Da­nièle Sta­ren­kyj.

L’au­teure de vingt ou­vrages, dont le fa­meux « Bon­heur du vé­gé­ta­risme », était au Mu­sée Lau­rier mer­cre­di soir, in­vi­tée à par­ler de l’im­pact des émo­tions sur la san­té. L’ex­po­si­tion sur la mé­de­cine au temps de Lau­rier « Est-ce grave doc­teur ? » ser­vait de contexte à in­vi­ter la confé­ren­cière de ré­pu­ta­tion in­ter­na­tio­nale. Il a fal­lu au moins cent ans à la mé­de­cine pour dé­cou­vrir que des émo­tions né­ga­tives comme l’amer­tume, la ja­lou­sie, la peur, l’hos­ti­li­té étaient toxiques, qu’elles pro­vo­quaient toutes sortes de maux et de ma­laises, a-t-elle dit. Pour­tant, la langue et les ex­pres­sions po­pu­laires ex­pri­maient dé­jà ce lien étroit entre les émo­tions et le corps phy­sique, a-t-elle pour­sui­vi. Les exemples de ces ex­pres­sions pul­lulent : « Ce­la m’a don­né mal au coeur », « Je l’ai sur l’es­to­mac », « J’ai une boule dans la poi­trine », etc. Elle a par­lé du stress qui aug­mente la gly­cé­mie, épais­sit le sang, ac­croît la pro­duc­tion de cho­les­té­rol. Un vé­gé­ta­rien très stres­sé pour­rait cou­rir les mêmes risques que ce­lui qui ne l’est pas. Le « plus grand vo­leur de san­té », a-t-elle sou­li­gné, de­meure le re­fus de par­don­ner. Mme Sta­ren­kyj a in­di­qué qu’elle tra­vaillait ac­tuel­le­ment avec une psy­choon­co­logue de Pa­ris qui cherche à prou­ver que le can­cer ne vient ja­mais tout seul, qu’il est tou­jours lié à un trau­ma­tisme an­té­rieur, qu’il est op­por­tu­niste, pro­fi­tant de la baisse de sa garde im­mu­ni­taire. « On crie sa co­lère au lieu de dire sa dou­leur », a-t-elle ré­pé­té à quelques re­prises au cours de sa confé­rence. Elle s’est at­tar­dée à cette puis­sante émo­tion qu’est le cha­grin. Un cha­grin qu’on ne gué­rit pas peut dé­gé­né­rer en dé­pres­sion. Du cha­grin, tous en éprouvent, à des de­grés di­vers. Parce que l’hu­main est es­sen­tiel­le­ment un être de re­la­tions, a-t-elle sou­li­gné. « Toutes les études scien­ti­fiques dé­montrent que le bon­heur vient de l’in­ter­ac­tion avec les autres. » N’a rien de scien­ti­fique cette idée que le bon­heur on le trouve en soi, pour soi, par soi, a-t-elle ajou­té. Le cha­grin - « qui ne re­lève pas d’une mau­vaise at­ti­tude » - est oc­ca­sion­né par des rup­tures de liens (avec des pa­rents, des amis) ou par des pertes (sa san­té, sa ré­pu­ta­tion, sa for­tune, son iden­ti­té, son pays, sa foi, ses rêves, etc.). Il est clair aux yeux de Da­nièle Sta­ren­kyj que la dé­pres­sion n’est pas autre chose qu’un cha­grin qui se pro­longe dans le temps. Et on ne peut en gué­rir tout seul. Née d’une mère fran­çaise et d’un père suisse, ré­si­dant au Qué­bec (main­te­nant à Dan­ville) de­puis l’âge de 12 ans, elle re­marque que la so­cié­té qué­bé­coise a beau­coup évo­lué en ma­tière de saines ha­bi­tudes de vie. « On a ap­pris à se po­ser quo­ti­dien­ne­ment beau­coup de ques­tions. A-t-on bu suf­fi­sam­ment d’eau ? A-t-on man­gé nos por­tions de fruits et de lé­gumes ? A-t-on pris l’air ? » À cette sé­rie de ques­tions, elle re­com­mande d’en ajou­ter deux autres. « Ai-je un cha­grin ? Qu’est-ce j’ai per­du ? » Au lieu de fuir vers les drogues pour se faire croire que rien n’est ar­ri­vé, il faut faire face à la réa­li­té, al­ler vers les autres. « Re­con­naître son cha­grin, c’est re­con­naître sa fra­gi­li­té. » Son « pro­gramme de gué­ri­son » tient en quatre points. Il faut sa­voir ver­ba­li­ser sa peine, pleu­rer ; « les larmes disent qu’on a été agres­sé et que ça fait mal. Les larmes ex­pulsent la dou­leur ». Il faut souf­frir sa peine, en pâ­tir, a-t-elle ajou­té. Il faut aus­si la par­ta­ger, ré­pé­tant que la ten­dance est à crier sa co­lère au lieu de dire sa souf­france. La co­lère fait fuir. De par­ler de sa souf­france per­met de s’en li­bé­rer, de l’aban­don­ner, de lui dire adieu. « Tour­ner la page, même si elle pèse une tonne. On est trop pe­tit et trop fra­gile pour amal­ga­mer toutes nos peines, les gar­der en soi. » « Chers tous », a-t-elle conclu à l’en­droit de son au­di­toire, le cha­grin con­te­nu pa­ra­lyse, en­ferme, freine son élan à ai­mer et à être ai­mé. « Il faut se mettre en cir­cu­la­tion avec les vi­vants. » « Vous êtes un ex­cellent doc­teur ! », lui a dit l’ani­ma­trice et édu­ca­trice du Mu­sée Lau­rier, Ma­rie-Jo­sée Tur­cotte sa­luant et re­mer­ciant la confé­ren­cière. Da­nièle Sta­ren­kyj a dit que c’est son ma­ri qui l’avait in­ci­tée à écrire, ce qu’elle fait de­puis 45 ans, ani­mée de la pas­sion d’ai­der son pro­chain. Elle fré­quente oc­ca­sion­nel­le­ment le Centre de vie meilleure de War­wick pour y of­frir ate­liers sur la nu­tri­tion et conférences. L’au­teure se dit en « panne d’idées » pour un 21e ou­vrage, son plus ré­cent, « Ré­flexions pour une vie meilleure », conte­nant quelques pans de la confé­rence qu’elle a of­ferte au Mu­sée Lau­rier. Aux livres qu’elle a écrits et qu’elle a tra­duits, elle a créé son compte Fa­ce­book et un blogue qu’elle ali­mente de fa­çon heb­do­ma­daire. À cette confé­rence dans le contexte de l’ex­po­si­tion sur la mé­de­cine, deux sor­ties cultu­relles s’an­noncent. L’une le 1er juin pour vi­si­ter la mai­son de Louis Cyr à Saint-Jean-de-Ma­tha. L’autre en août pour s’at­tar­der à la mai­son du mé­de­cin de­ve­nu pre­mier mi­nistre, Étienne-Pa­schal Ta­ché à Mont­ma­gny.

(Pho­to www.la­nou­velle.net)

Da­nièle Sta­ren­kyj s’est prê­tée à une séance de si­gna­tures de son plus ré­cent ou­vrage, le ving­tième.

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