Ro­méo Bou­chard re­nie l’Union pay­sanne ac­tuelle

La Terre de chez nous - - RURALITÉ - JEAN-CHARLES GA­GNÉ

Ro­méo Bou­chard, co­fon­da­teur et pre­mier pré­sident de l’Union pay­sanne (UP), ne se­ra pas du 14e congrès de cette or­ga­ni­sa­tion « qui ne dé­range plus et n’in­té­resse plus per­sonne parce qu’elle ne re­pré­sente plus per­sonne », men­tionne-t-il, même si cette ac­ti­vi­té a lieu dans son vil­lage du 20 au 22 fé­vrier 2015. « Pour moi, l’Union pay­sanne n’existe plus et je n’existe plus pour elle non plus d’ailleurs. On me l’a fait sa­voir », pour­suit-il dans une lettre pu­bliée sur Fa­ce­book. « L’Union pay­sanne n’existe plus comme mou­ve­ment. Il n’en reste que le nom, et, si­gni­fi­ca­ti­ve­ment, ce nom est tou­jours aus­si ins­pi­rant pour les ci­toyens qui ré­clament une autre agri­cul­ture et une autre ali­men­ta­tion », af­firme-t-il. M. Bou­chard bou­de­ra donc ce congrès « afin de ne pas cau­tion­ner cette tra­hi­son des ori­gines et de la mis­sion de l’Union pay­sanne ».

Ro­méo Bou­chard porte un re­gard lu­cide sur les causes de ce dé­clin. Comme causes ex­ternes, il cible le ré­gime d’ac­cré­di­ta­tion unique en agri­cul­ture qui a em­pê­ché cette or­ga­ni­sa­tion d’avoir les moyens financiers né­ces­saires pour fonc­tion­ner adé­qua­te­ment. Il re­lève aus­si que ce syn­di­cat, com­po­sé de « pe­tits pro­duc­teurs al­ter­na­tifs et de simples ci­toyens », a vite été per­çu comme non re­pré­sen­ta­tif des vrais agri- culteurs mo­dernes. Il ne cache pas l’erreur faite au congrès de fon­da­tion qui a fi­na­le­ment abou­ti à « une sur­re­pré­sen­ta­tion des ci­toyens par rap­port aux agri­cul­teurs, et des villes par rap­port aux cam­pagnes éloi­gnées ».

Mais M. Bou­chard es­time « que ce qui a mi­né le pou­voir de l’Union pay­sanne est en­core da­van­tage de na­ture in­terne ». Ce contes­ta­taire-né dé­nonce « l’aban­don dé­li­bé­ré de son ca­rac­tère syn­di­cal et re­pré­sen­ta­tif au pro­fit d’une or­ga­ni­sa­tion so­ciale de type or­ga­nisme sans but lu­cra­tif [OSBL] ». Il ajoute que « l’Union pay­sanne est ra­pi­de­ment de­ve­nue le lob­by per­son­nel d’une per­sonne, son pré­sident », que « les ins­tances ré­gio­nales et sec­to­rielles ain­si que le mem­ber­ship en gé­né­ral se sont ra­pi­de­ment ef­fri­tés », que « la base est dis­pa­rue » et que « les ins­tances na­tio­nales sont de­ve­nues de simples ren­contres so­ciales de membres qui ne re­pré­sentent qu’eux-mêmes ». M. Bou­chard en ap­pelle à une « re­fon­da­tion de l’Union pay­sanne parce que nous avons be­soin plus que ja­mais d’un syn­di­cat pay­san re­pré­sen­ta­tif pour dé­fendre les in­té­rêts des agri­cul­teurs et des ci­toyens qui pré­co­nisent une agri­cul­ture éco­lo­gique de plus-va­lue et de proxi­mi­té et exi­ger une ré­forme des po­li­tiques agri­coles ac­tuelles ». Et parce que « plus que ja­mais, notre agri­cul­ture nous échappe aux mains des gros pro­duc­teurs in­dus­triels, des in­té­gra­teurs, des mul­ti­na­tio­nales et des fonds d’in­ves­tis­se­ment », avan­cet-il. Ce ci­toyen de Saint-Ger­main de Ka­mou­ras­ka pro­met qu’il va conti­nuer « à se battre contre l’agri­cul­ture pro­duc­ti­viste, l’UPA, le MAPAQ et tout le lob­by agroa­li­men­taire ».

Ré­plique

« Pour moi, l’Union pay­sanne n’existe plus et je n’existe plus pour elle non plus d’ailleurs. On me l’a fait sa­voir. »

« Je n’ai pas vrai­ment de com­men­taires sur les propos de Ro­méo Bou­chard, qui sont de l’ordre de la ven­det­ta per­son­nelle », a dé­cla­ré à la Terre le pré­sident de l’UP, Be­noît Gi­rouard, le 19 fé­vrier der­nier. « M. Bou­chard n’est plus pré­sent dans l’or­ga­ni­sa­tion de­puis 10 ans et il ne pos­sède au­cune don­née », a-t-il ajou­té. Se­lon M. Gi­rouard, « les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’Union pay­sanne pos­sède en­vi­ron un mil­lier de membres dont quelque 60 % sont des agri­cul­teurs et il y a plus de conseils ré­gio­naux en place qu’il y a 3 ou 4 ans ». M. Gi­rouard, api­cul­teur et en­sei­gnant en agri­cul­ture, a pré­ci­sé que « l’Union pay­sanne reste un mou­ve­ment de lutte et qu’elle est tou­jours vi­vante mal­gré sa mort an­non­cée par Ro­méo Bou­chard lui-même et par un an­cien pré­sident de l’Union des pro­duc­teurs agri­coles [UPA], Laurent Pellerin ». M. Gi­rouard a re­con­nu qu’il n’avait pas sa carte de pro­duc­teur agri­cole « pour ne pas se mettre à la mer­ci de l’UPA ».

Ro­méo Bou­chard, co­fon­da­teur et pre­mier pré­sident de l’Union pay­sanne.

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