Cer­tains re­tardent, d’autres foncent

La Terre de chez nous - - LA UNE - MAR­TIN MÉ­NARD mme­[email protected]­terre.ca

Les ventes de ro­bots de traite té­moignent du cli­mat éco­no­mique par­ti­cu­lier qui en­toure la pro­duc­tion lai­tière : cer­tains pro­prié­taires de fermes s’in­quiètent de l’ave­nir et re­tardent leur in­ves­tis­se­ment, d’autres pro­fitent de la dis­po­ni­bi­li­té des quo­tas et achètent plus de ro­bots de traite.

« Je couvre la Mon­té­ré­gie de même que la rive nord de Mon­tréal et je di­rais que la moi­tié de mes clients re­portent ac­tuel­le­ment leurs achats de ro­bots à cause de la conjonc­ture. Ce sont prin­ci­pa­le­ment de pe­tites fermes fa­mi­liales d’une soixan­taine de vaches ou moins. Par contre, les plus grosses ex­ploi­ta­tions vivent l’in­verse : elles achètent plus de ro­bots que pré­vu », ex­plique Jo­na­than St-Pierre, re­pré­sen­tant des ventes à Jol­co Équi­pe­ments, un dé­taillant des ro­bots Le­ly. Son confrère Guillaume Pee­ters, di­rec­teur de ter­ri­toire pour Le­ly, pré­cise que les fermes lai­tières qui misent sur un deuxième re­ve­nu, par exemple ce­lui pro­ve­nant des grandes cultures, vivent moins d’in­cer­ti­tude. Il rap­porte entre autres que la ré­gion du Bas-Saint-Laurent est celle où les pro­duc­teurs lai­tiers mettent da­van­tage sur la glace l’achat de ro­bots de traite.

La com­pa­gnie Le­ly connaî­tra sa meilleure an­née au Qué­bec en 2015, grâce à la vente de 130 ro­bots de traite; un nombre qui se chif­frait à 85 en 2014. Son concur­rent De­La­val confirme aus­si des ventes éle­vées et pré­voit écou­ler en­vi­ron 75 ro­bots cette an­née. Le di­rec­teur du mar­ke­ting au Ca­na­da, JeanF­ran­çois Lam­bert, es­time ce­pen­dant qu’il est trop tôt pour re­lier la hausse des ventes de ro­bots à la conjonc­ture qui pré­vaut dans le sec­teur lai­tier.

De leur cô­té, Les Con­sul­tants Yves Choi­nière inc., des in­gé­nieurs qui conçoivent les plans de plu­sieurs étables au Qué­bec, es­timent éga­le­ment que la conjonc­ture est source de craintes pour cer­tains de leurs clients. « Sur en­vi­ron 80 pro­jets cette an­née, au­cun n’a été an­nu­lé, mais deux ou trois clients ont dé­ci­dé de re­mettre leur pro­jet à plus tard. Ils at­tendent que la si­tua­tion se cla­ri­fie », in­dique Yves Choi­nière, qui pré­cise ce­pen­dant que la pla­ni­fi­ca­tion des pro­jets 2016 s’amor­ce­ra dans les pro­chaines se­maines et que ce­la pour­rait je­ter une lu­mière dif­fé­rente sur la si­tua­tion.

Des fermes en pro­fitent

Guillaume Pee­ters ob­serve un phé­no­mène ré­cent : des fermes qui prennent une ex­pan­sion si­gni­fi­ca­tive. « Avant, les pro­jets d’agran­dis­se­ment étaient de faible am­pleur pour la simple rai­son qu’il n’y avait pas de quo­tas dis­po­nibles. Main­te­nant, c’est dif­fé­rent. On voit que cer­tains pro­duc­teurs construisent leur étable en pré­voyant dou­bler sa su­per­fi­cie. La hausse de la dis­po­ni­bi­li­té des quo­tas y est pour quelque chose, car de­puis deux mois, des pro­prié­taires de fermes lai­tières nous ap­pellent, ils veulent ajou­ter des ro­bots », af­firme-t-il.

À Saint-Hya­cinthe, la Ferme Ro­flamme est une ex­ploi­ta­tion qui pro­fite de la si­tua­tion ac­tuelle pour prendre de l’ex­pan­sion. « On achète au­tant de quo­tas qu’on peut. Nous avons eu 2,2 kg le mois der­nier. Si ça conti­nue, nous pour­rons traire une cen­taine de vaches l’an pro­chain », ex­plique Ma­thieu Laflamme, co­pro­prié­taire d’un trou­peau de 78 vaches en lac­ta­tion. Les di­ri­geants de la Ferme Ro­flamme pla­ni­fient pré­sen­te­ment la construc­tion d’une nou­velle étable qui se­ra équi­pée de deux ro­bots. Les Laflamme es­pèrent pour­suivre leur ex­pan­sion, de sorte que le bâ­ti­ment se­ra conçu pour ins­tal­ler plus tard cinq ro­bots, ca­pables de traire 250 vaches.

Les ro­bots de traite re­pré­sentent un in­ves­tis­se­ment ma­jeur. Des pro­duc­teurs re­portent cet achat alors que, pour d’autres, c’est l’in­verse : la dis­po­ni­bi­li­té des quo­tas les in­cite à ache­ter plus de ro­bots.

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