Oui à la ferme fa­mi­liale!

La Terre de chez nous - - LA UNE - MARC-ALAIN SOUCY

SAINT-AN­DRÉ DE KAMOURASKA — Dans son en­fance, Ma­rie-Ève Mo­rin était ti­mide et de na­ture peu fon­ceuse. Elle avoue avoir ga­gné en confiance en s’im­pli­quant en agri­cul­ture et dans son mi­lieu. La Fé­dé­ra­tion des agri­cul­trices du Qué­bec (FAQ) a re­con­nu en elle une lea­der qui sou­haite in­té­res­ser les gens de son coin de pays à l’agri­cul­ture et dé­fendre avec vi­gueur la ferme fa­mi­liale. C’est pour­quoi la FAQ l’a nom­mée Agri­cul­trice de pas­sion au cours du Gala Sa­turne te­nu en oc­tobre der­nier, à Vic­to­ria­ville.

« À l’ado­les­cence, je lon­geais en­core les murs et c’est à l’Ins­ti­tut de tech­no­lo­gie agroa­li­men­taire de La Po­ca­tière que j’ai dé­cou­vert que je suis une fille de gang qui aime l’action, écrit-elle dans son do­cu­ment de can­di­da­ture. Quelles an­nées mer­veilleuses. » Et l’action ne manque pas dans la vie de Ma­rie-Ève. Elle s’est im­pli­quée comme conseillère mu­ni­ci­pale au con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion de sa co­opé­ra­tive, dans son syn­di­cat de base et à l’école que fré­quentent ses en­fants. « L’im­pli­ca­tion dans le mi­lieu m’a fait sor­tir de ma rou­tine, ren­con­trer des gens ex­tra­or­di­naires, fait che­mi­ner dans mes idées et ap­pris à com­po­ser avec tout le monde », re­con­naît-elle.

Ma­rie-Ève est au­jourd’hui pro­prié­taire avec son conjoint Éric Lé­vesque de la Ferme des trois vents à Saint-An­dré de Kamouraska et n’a pas per­du son dy­na­misme. Leur trou­peau compte 40 vaches Hol­steins pur sang et au­tant de su­jets de rem­pla­ce­ment. À force de tra­vail et de per­sé­vé­rance, le couple a at­teint son ob­jec­tif de 40 kg de ma­tière grasse par jour de­puis peu.

Va­leurs pro­fondes

Ma­rie-Ève re­con­naît que le fait de de­ve­nir Agri­cul­trice de pas­sion l’a ame­née à af­fir­mer en­core da­van­tage ses va­leurs au cours d’en­tre­vues et de re­por­tages dans les mé­dias. L’un de ses che­vaux de ba­taille est la re­con­nais­sance du tra­vail de l’agri­cul­teur. Elle sou­haite en ef­fet un rap­pro­che­ment entre les gens de la ville et les pro­duc­teurs. Elle dé­plore le fait que les ci­ta­dins com­prennent peu le monde agri­cole et son ap­port à la ri­chesse col­lec­tive, sur­tout de­puis qu’ils ont de moins en

moins de liens fa­mi­liaux avec des agri­cul­teurs. « Tous les consom­ma­teurs de­vraient sa­voir d’où vient leur nour­ri­ture », af­firme-t-elle.

L’agri­cul­trice a d’ailleurs or­ga­ni­sé plu­sieurs vi­sites de sa ferme avec des classes d’en­fants de la ré­gion et même avec des jeunes du se­con­daire de Mont­réal, qui ont pas­sé un week-end à la ferme. L’an pro­chain, les tou­ristes pour­ront louer une mai­son sur place et des ci­ta­dins au­ront ac­cès à un po­ta­ger, à des arbres frui­tiers, à des poules, etc.

Il va sans dire que l’achat lo­cal est une prio­ri­té pour l’Agri­cul­trice de pas­sion, qui ne manque pas d’en­cou­ra­ger les autres pro­duc­teurs de sa ré­gion. Même si ça peut pa­raître mi­nime, elle croit que si elle réus­sit à chan­ger les ha­bi­tudes d’achat de seule­ment quelques per­sonnes, à long terme, toute la so­cié­té en se­ra ga­gnante.

La dé­fense de la ferme fa­mi­liale pré­oc­cupe énor­mé­ment Ma­rie-Ève, qui a pris po­si­tion contre Pan­gea et l’ac­ca­pa­re­ment des terres dans sa ré­gion. « Je pense que la ferme fa­mi­liale a tou­jours sa place et je la vois di­ver­si­fiée au­tant dans la gros­seur des en­tre­prises que dans les types de pro­duc­tion », in­siste-t-elle. L’agri­cul­ture est très im­por­tante en ré­gion. Le meilleur moyen d’as­su­rer la sur­vie de tous, c’est que l’agri­cul­teur soit pro­prié­taire de sa ferme. Ma­rie-Ève dé­plore le fait que les pe­tits pro­duc­teurs ma­raî­chers qui veulent s’éta­blir dans sa ré­gion éprouvent des dif­fi­cul­tés à cause des rè­gle­ments de zo­nage agri­cole.

Re­con­nais­sante

Ma­rie-Ève se dit re­con­nais­sante et même choyée de jouir d’un mi­lieu de vie qu’elle ché­rit. Elle ap­pré­cie par­ti­cu­liè­re­ment l’aide qu’elle a re­çue de ses pa­rents, de sa fa­mille, de son conjoint et de ses en­fants. « Mes voi­sins sont pré­cieux et j’aime la bonne en­tente que nous avons dé­ve­lop­pée en­semble », men­tionne-t-elle.

Par-des­sus tout, Ma­rie-Ève ac­corde la prio­ri­té ab­so­lue aux trois en­fants du couple, Léa-Rose, l’aî­née, Henri et Hé­lé­na, la ca­dette. La ma­la­die qui a frap­pé son aî­née et sa ca­dette à une cer­taine époque lui a fait prendre conscience de son bon­heur au quo­ti­dien. « J’ai le bon­heur fa­cile et je re­con­nais la chance que j’ai d’avoir mes en­fants. Je dis oui aux amé­lio­ra­tions dans la ferme, mais ja­mais aux dé­pens du bon­heur de ma fa­mille », conclut-elle.

Ma­rie-Ève Mo­rin, nom­mée Agri­cul­trice de pas­sion par la Fé­dé­ra­tion des agri­cul­trices du Qué­bec, n’a pas eu peur d’al­ler sur la place pu­blique pour dé­fendre la ferme fa­mi­liale.

Ma­rie-Ève, Hé­lé­na, Léa-Rose, Henri et Éric disent oui au dé­ve­lop­pe­ment de la ferme, mais ja­mais au dé­tri­ment de la fa­mille.

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