Ces Gua­té­mal­tèques qui prennent la clé des champs

La Terre de chez nous - - MAIN-D’OEUVRE ÉTRANGÈRE - MY­RIAM LA­PLANTE EL HAÏLI mla­[email protected]­terre.ca

En mai der­nier, la Ferme Les­per­ron, une ex­ploi­ta­tion lai­tière de Bu­ry, en Es­trie, a en­ga­gé ses pre­miers tra­vailleurs étran­gers tem­po­raires (TET), deux Gua­té­mal­tèques char­gés de s’oc­cu­per de la traite des vaches. N’ayant pas de lo­ge­ment dis­po­nible sur place, les em­ployeurs leur ont loué un ap­par­te­ment à 2 km de la ferme et leur ont four­ni une voi­ture.

Le ma­tin du 23 juin, Ma­rielle Qui­rion a re­çu l’ap­pel de l’un de ses em­ployés : « Pou­vez-vous ve­nir me cher­cher? Juan est par­ti avec la voi­ture. Il ne ré­pond pas à son cel­lu­laire et j’ai­me­rais ve­nir tra­vailler. »

Un mois plus tard, l’au­to­mo­bile a été dé­cou­verte près de la fron­tière, « à 3 km dans le bois, à East He­re­ford de­vant une ri­vière », ra­conte Ma­rielle Qui­rion. « Juan se­rait des­cen­du de l’au­to et au­rait tra­ver­sé la ri­vière à pied pour en­trer illé­ga­le­ment aux États-Unis. On ne l’a ja­mais re­trou­vé », ajoute-t-elle.

Quelques jours avant sa fuite, Juan avait ap­pris une triste nou­velle : la mort de son père et de son cou­sin dans un ac­ci­dent de voi­ture au Gua­te­ma­la. « Dès que j’ai en­ten­du ça, je lui ai of­fert de ren­trer chez lui une se­maine ou deux. C’est quand même quelque chose de perdre son père. Il m’a ré­pon­du : “Non, non, non, il faut que je tra­vaille”, re­late la pro­duc­trice. Mais le 23 juin, l’em­ployé ne s’est pas pré­sen­té au tra­vail. »

Fuite pla­ni­fiée

C’est la ré­ac­tion des proches de Juan qui a se­mé le doute sur la na­ture de sa dis­pa­ri­tion. « En tant que mère, si mon fils dis­pa­rais­sait dans un autre pays, même si je n’ai pas d’argent pour y al­ler, j’ap­pel­le­rais tous les jours au consu­lat pour faire un sui­vi, ex­plique Mme Qui­rion. Mais eux n’ont pris au­cune nou­velle. » Au fil de leurs re­cherches, les em­ployeurs ont ap­pris que Juan avait de la fa­mille aux États-Unis et que « quel­qu’un l’at­ten­dait pro­ba­ble­ment de l’autre cô­té de la ri­vière ».

« Au Gua­te­ma­la, ils nous ont confir­mé que le dé­cès de son père était réel­le­ment sur­ve­nu, mais on pense que Juan ne vou­lait pas re­tour­ner dans son pays pour as­sis­ter à ses ob­sèques parce que son plan de fuite était pré­vu pour la Saint-Jean », af­firme la femme.

« Au Québec, on a re­cen­sé 108 cas de tra­vailleurs gua­té­mal­tèques ayant pris la fuite cette an­née. »

L’un des deux tra­vailleurs gua­té­mal­tèques em­bau­chés par Ma­rielle Qui­rion et son conjoint An­dré Per­ron s’est en­fui à bord de leur voi­ture.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.