Des idées pour do­ter le Qué­bec d’une bonne po­li­tique agri­cole

La Terre de chez nous - - PERSPECTIVES AGROALIMENTAIRES 2017 - THIER­RY LARI­VIÈRE

DRUMMONDVILLE — Même si la table ronde du Som­met sur l’ali­men­ta­tion n’au­ra lieu qu’en no­vembre pro­chain, plu­sieurs con­fé­ren­ciers des Pers­pec­tives agroa­li­men­taires 2017 du Centre de ré­fé­rence en agri­cul­ture et agroa­li­men­taire du Qué­bec (CRAAQ) ont déjà pro­po­sé des élé­ments de ré­flexion sur cette fu­ture po­li­tique, le 4 avril.

L’exemple in­té­res­sant de l’Écosse a été mis de l’avant. « L’agri­cul­ture était très loin dans les prio­ri­tés du gou­ver­ne­ment », a af­fir­mé James Wi­thers, di­rec­teur gé­né­ral de Scot­land Food and Drink. Ce der­nier a ex­pli­qué qu’il au­ra fal­lu 10 ans de dé­bats pour en ar­ri­ver à une nou­velle po­li­tique agroa­li­men­taire en 2007. L’un des élé­ments mis de l’avant a été la créa­tion de l’or­ga­nisme di­ri­gé par James Wi­thers, qui per­met au pays d’évi­ter le tra­vail en si­los des dif­fé­rentes fi­lières agroa­li­men­taires qui cherchent à ex­por­ter leurs pro­duits.

La stra­té­gie a donc été de tra­vailler sur une image de marque na­tio­nale et de se fixer des ob­jec­tifs de crois­sance am­bi­tieux. Les ventes à l’étran­ger ont dou­blé de­puis 2007 et l’on vise à les dou­bler de nou­veau d’ici 2030. En 2016, les ex­por­ta­tions d’ali­ments et de bois­sons de l’Écosse ont at­teint 9,2 G$. Chaque fi­lière dé­ter­mine les mar­chés qui per­mettent d’al­ler cher­cher une prime. Les in­ves­tis­se­ments pour ap­puyer cette stra­té­gie sont en­suite sou­te­nus par le gou­ver­ne­ment.

« Le gou­ver­ne­ment n’est pas bon pour éla­bo­rer une stra­té­gie; c’est à l’in­dus­trie de le faire », es­time James Wi­thers. Ce­lui-ci ajoute qu’il faut « tra­vailler col­lec­ti­ve­ment », puisque les vé­ri­tables concur­rents ne sont pas dans le pays, mais à l’ex­té­rieur. Le di­rec­teur gé­né­ral ad­met que plu­sieurs agri­cul­teurs sont en­core « frus­trés » du fait que les re­ve­nus ne sont tou­jours pas suf­fi­sants pour cou­vrir les coûts de pro­duc­tion de tous.

« On sou­tient seule­ment les fi­lières qui col­la­borent avec les groupes de pro­duc­teurs », a ajou­té James Wi­thers à la Terre. Ce der­nier de­meure confiant à l’égard de la stra­té­gie consis­tant à ci­bler les mar­chés por­teurs, qui paient quand même mieux que le prix mon­dial. L’or­ga­nisme écos­sais de pro­mo­tion dis­pose d’en­vi­ron 100 M$ par an pour une po­pu­la­tion de 5 mil­lions de per­sonnes.

L’en­tre­pre­neu­riat col­lec­tif

L’ex-po­li­ti­cien Jean-Mar­tin Aus­sant était sur place pour par­ler de l’im­por­tance de l’en­tre­pre­neu­riat col­lec­tif au Qué­bec, no­tam­ment dans le sec­teur agroa­li­men­taire. Le di­rec­teur gé­né­ral du Chan­tier de l’économie so­ciale voit ce sec­teur com­po­sé de co­opé­ra­tives et d’or­ga­nismes à but non lu­cra­tif comme un troi­sième pi­lier de l’économie avec le pri­vé et le pu­blic.

« Le sec­teur pri­vé re­çoit plus en sub­ven­tions que l’économie so­ciale », rap­pelle Jean-Mar­tin Aus­sant, en ci­tant no­tam­ment le cas de Bom­bar­dier. Le Chan­tier de l’économie so­ciale sou­haite donc pou­voir conti­nuer et élar­gir son rôle pour le dé­mar­rage et l’aide au fi­nan­ce­ment avec sa fi­du­cie et son ré­seau d’in­ves­tis­se­ment en ca­pi­tal pa­tient. « L’économie so­ciale et l’agroa­li­men­taire sont deux al­liés na­tu­rels », a lan­cé Jean-Mar­tin Aus­sant. Il in­siste sur le cô­té « ren­table » des en­tre­prises col­lec­tives, qui sont par ailleurs plus dé­mo­cra­tiques (une per­sonne, un vote) et beau­coup moins promptes à dé­lo­ca­li­ser des em­plois.

Trans­for­mer et ex­por­ter

« La crois­sance éco­no­mique passe par l’ex­por­ta­tion », a fait va­loir Mi­chel Mo­ris­set, pro­fes­seur re­trai­té et ha­bi­tué des Pers­pec­tives du CRAAQ. Ce der­nier es­time que les an­ciens ob­jec­tifs des po­li­tiques agri­coles pré­cé­dentes, comme l’oc­cu­pa­tion du ter­ri­toire, « ne sont pas ba­layés, mais n’ont pas le même poids » qu’au­pa­ra­vant.

L’ex-pro­fes­seur a dé­co­ché une flèche à l’égard de l’Union des pro­duc­teurs agri­coles (UPA) qu’il ac­cuse de « bi­po­la­ri­té » en dé­pla­çant le « fo­cus de son dis­cours » vers les agri­cul­teurs dont les re­ve­nus sont les plus faibles, alors que la crois­sance et l’ave­nir passent, se­lon lui, par les plus gros pro­duc­teurs et la trans­for­ma­tion. « L’UPA n’a pas un dis­cours unique, mais ras­sem­bleur », a ré­pli­qué le di­rec­teur gé­né­ral de l’UPA, Char­lesFé­lix Ross, de­vant la salle. Ce der­nier es­time que les agri­cul­teurs peuvent faire mieux en­semble plu­tôt qu’in­di­vi­duel­le­ment. L’UPA tra­vaille par ailleurs de plus en plus avec les trans­for­ma­teurs, soit le Conseil de trans­for­ma­tion ali­men­taire du Qué­bec.

« Les so­lu­tions ont été ci­tées à maintes re­prises », a in­sis­té Mi­chel Mo­ris­set, dans une cri­tique à peine voi­lée de la dé­marche du Som­met sur l’ali­men­ta­tion.

Jean-Mar­tin Aus­sant es­time que l’en­tre­pre­neu­riat col­lec­tif peut conti­nuer de jouer un grand rôle dans le sec­teur agroa­li­men­taire.

James Wi­thers, di­rec­teur gé­né­ral de Scot­land Food and Drink, veut faire dou­bler les ex­por­ta­tions agroa­li­men­taires de l’Écosse, dont le whis­ky est le pro­duit phare.

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