La der­nière sai­son des néo­nics

La nou­velle ré­gle­men­ta­tion de Qué­bec sur les néo­nics son­ne­ra le glas de ces in­sec­ti­cides. À par­tir de la sai­son 2019, c’est une autre classe de pro­duits qu’uti­li­se­ront les pro­duc­teurs. Re­gard sur les nou­velles mo­lé­cules.

La Terre de chez nous - - LA UNE - MAR­TIN MÉ­NARD mme­nard@la­terre.ca @me­nard.jour­na­liste

La nou­velle ré­gle­men­ta­tion im­po­sée par Qué­bec réus­si­ra vrai­sem­bla­ble­ment à son­ner la fin de l’uti­li­sa­tion des néo­ni­co­ti­noïdes à grande échelle comme en­ro­bage de se­mences. Le dé­pis­tage et la pres­crip­tion obli­ga­toires di­mi­nue­ront dras­ti­que­ment les ventes de ces in­sec­ti­cides, ont in­di­qué la plu­part des dé­taillants de se­mences con­tac­tés par La Terre.

« C’est sûr que le gou­ver­ne­ment fait bonne fi­gure de­vant le pu­blic en re­strei­gnant l’usage de cinq pes­ti­cides. Les agro­nomes dé­cli­ne­ront toute res­pon­sa­bi­li­té en sui­vant l’arbre dé­ci­sion­nel, mais per­sonne n’a pen­sé aux ren­de­ments des pro­duc­teurs et au fait qu’ils de­vront payer da­van­tage pour s’en faire pres­crire ou pour en­vi­sa­ger des so­lu­tions de re­change moins ef­fi­caces. Et avec les pro­duits de rem­pla­ce­ment, estce que le bi­lan des pes­ti­cides s’amé­lio­re­ra vrai­ment? » de­mande un agro­nome ven­deur d’in­trants. Dans la même veine, il ajoute que res­treindre l’usage de l’atra­zine, un her­bi­cide ré­si­duel, peut obli­ger des agri­cul­teurs à ef­fec­tuer un ar­ro­sage sup­plé­men­taire de gly­pho­sate, ce qui « n’est pas né­ces­sai­re­ment mieux d’un point de vue en­vi­ron­ne­men­tal » sans ou­blier que ce­la contri­bue­ra à ac­croître le pro­blème de ré­sis­tance des mau­vaises herbes.

Les so­lu­tions de re­change

Se­lon cer­tains dé­taillants, dont Ray­mond Le­moine, co­pro­prié­taire de l’Agro­centre Farn­ham en Mon­té­ré­gie, plus de 90 % des pro­duc­teurs de maïs risquent d’ache­ter un trai­te­ment de se­mences en rem­pla­ce­ment aux néo­ni­co­ti­noïdes, que ce soit le Lu­mi­via ou le For­ten­za. « Ces trai­te­ments de se­mences re­pré­sentent une po­lice d’as­su­rance, ex­plique-t-il. En outre, ils donnent un ef­fet de vi­gueur aux plants, un kick back. Si le pro­duc­teur ob­tient 10 à 15 $ de re­ve­nus de plus à l’acre, c’est avan­ta­geux. »

La pres­sion ne s’ar­rê­te­ra pas

Les néo­ni­co­ti­noïdes ont été qua­li­fiés de « tueurs d’abeilles » dans dif­fé­rents médias et par cer­taines études, ce qui a aler­té l’opi­nion pu­blique. Or, le For­ten­za af­fiche un risque mo­dé­ré pour les abeilles, ré­vèle un do­cu­ment de SAgE pes­ti­cides (voir texte ci-contre). « On fait des de­mandes pour que l’usage d’autres pes­ti­cides soit aus­si res­treint », men­tionne An­nie Bé­ru­bé, di­rec­trice des re­la­tions gou­ver­ne­men­tales chez Équi­terre. Elle pré­cise que l’or­ga­nisme presse le gou­ver­ne­ment de fi­nan­cer les agri­cul­teurs pour les ai­der à adop­ter des moyens de lutte in­té­grée. « Si­non, on tourne en rond, es­time Mme Bé­ru­bé. Les com­pa­gnies vont of­frir des pro­duits de rem­pla­ce­ment tout aus­si toxiques. »

Elle men­tionne qu’un re­pré­sen­tant d’Équi­terre sié­ge­ra d’ailleurs au co­mi­té de sui­vi du mi­nis­tère de l’En­vi­ron­ne­ment du Qué­bec afin de s’as­su­rer que la nou­velle ré­gle­men­ta­tion donne des ré­sul­tats. L’or­ga­nisme pour­suit éga­le­ment ses moyens de pres­sion au fé­dé­ral en de­man­dant un res­ser­re­ment du pro­ces­sus d’ho­mo­lo­ga­tion des pes­ti­cides. An­nie Bé­ru­bé spé­ci­fie qu’un avis d’ob­jec­tion lé­gal a dé­jà été dé­po­sé quant au re­nou­vel­le­ment de l’ho­mo­lo­ga­tion du gly­pho­sate.

« L’arbre dé­ci­sion­nel qu’on nous oblige à suivre si­gni­fie qu’en gros, des néo­nics, on n’en met­tra plus dans les champs. Le dé­pis­tage se­ra trop fas­ti­dieux et le pro­duc­teur ne vou­dra pas payer pour ça. » – un agro­nome ven­deur

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