Ils aban­donnent une pro­duc­tion « pro­met­teuse »

La Terre de chez nous - - CULTURES ÉMERGENTES - MAR­TIN MÉ­NARD mme­[email protected] la­terre.ca

La pro­duc­tion d’amé­lanches, ces dé­li­cieux fruits bleus, était le rêve de Pa­trice Gos­se­lin et de Ka­thy Bou­dreault, mais ils ont dé­ci­dé de ra­ser toute leur plan­ta­tion.

« Au dé­but, le mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture nous en­cou­ra­geait à di­ver­si­fier les cul­tures en mi­sant sur des pe­tits fruits comme les amé­lanches. C’était sup­po­sé­ment une culture pro­met­teuse, mais en vé­ri­té, c’était énor­mé­ment d’ou­vrage et nous n’avions pas as­sez de mar­chés pour écou­ler notre pro­duc­tion. Je l’ai cal­cu­lé et ça re­ve­nait à être payé 20 cents l’heure », dé­peint M. Gos­se­lin.

10 ans de la­beur

Avec l’aide de leur fa­mille res­pec­tive, les Gos­se­lin-Bou­dreault ont tri­mé dur pen­dant 10 ans. Ils ont com­men­cé par dé­fri­cher la terre « en en­le­vant les souches, une par une, à tra­vers les mouches », se sou­vient Mme Bou­dreault. Ils se sont bat­tus contre les ma­la­dies fon­giques, les in­sectes ra­va­geurs et les oi­seaux. Une fois les fruits ré­col­tés, la vente de­ve­nait un dé­fi sup­plé­men­taire. Ils ont été jus­qu’à pla­cer des pu­bli­ci­tés sur les pare-brise des voi­tures dans les centres com­mer­ciaux et à faire dé­gus­ter leurs fruits de rou­lotte en rou­lotte dans les cam­pings, « mais la réa­li­té nous a rat­tra­pé. Ça pre­nait beau­coup de temps et c’était un gouffre fi­nan­cier », ré­sume M. Gos­se­lin.

Un dé­clin

Pierre-Oli­vier Mar­tel, spé­cia­liste en hor­ti­cul­ture frui­tière au bu­reau d’Al­ma du mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture, des Pê­che­ries et de l’Ali­men­ta­tion du Qué­bec (MAPAQ), confirme que d’autres agri­cul­teurs ont mis un terme à leur ex­pé­rience de culture des amé­lanches. « Il y en a beau­coup qui ont aban­don­né. En 2007, on comp­tait une quin­zaine de pro­duc­teurs; il en reste quatre au­jourd’hui », pré­cise l’agro­nome, ex­pli­quant que la culture s’est avé­rée plus dif­fi­cile que pré­vu pour cer­tains agri­cul­teurs, en rai­son de dé­fis phy­to­sa­ni­taires no­tam- ment. La mise en mar­ché n’est pas tou­jours fa­cile non plus, argue-t-il.

Pa­trice Gos­se­lin af­firme avoir re­çu une sub­ven­tion du mi­nis­tère lors de l’im­plan­ta­tion de sa pro­duc­tion, mais il dé­plore le manque de sou­tien par la suite. « On n’a ja­mais re­vu per­sonne du MAPAQ. Je pense que les spé­cia­listes du mi­nis­tère au­raient dû nous ai­der à dé­ve­lop­per le mar­ché », ana­lyse l’agri­cul­teur. Pierre-Oli­vier Mar­tel ré­itère que les amé­lanches sont des fruits qui pré­sentent de nom­breux at­traits. Ils sont peu acides et très bons au goût, qu’ils soient frais ou trans­for­més. Leur culture est éga­le­ment très bien adap­tée au cli­mat de plu­sieurs ré­gions du Qué­bec, mais « en ce qui a trait aux mar­chés, nous ne pou­vons pas les créer. Il faut que les pro­duc­teurs fassent leur propre mise en mar­ché et trans­forment eux-mêmes leurs fruits », ju­get-il. Il pré­cise fi­na­le­ment que le mar­ché de la sur­gé­la­tion n’est pas vrai­ment une so­lu­tion puisque de gros pro­duc­teurs d’amé­lanches de l’Ouest ca­na­dien sont très com­pé­ti­tifs dans ce cré­neau.

Pa­trice Gos­se­lin et Ka­thy Bou­dreault ont consa­cré presque tout leur temps libre es­ti­val des 10 der­nières an­nées à leur pro­duc­tion d’amé­lanches. Faute de re­ve­nus suf­fi­sants, le couple a dé­ci­dé de ra­ser toute sa plan­ta­tion.

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