Bye bye l’école, bon­jour li­ber­té!

La Terre de chez nous - - PARLONS-EN... À COEUR OUVERT ! - NAN­CY LAN­GE­VIN, T.S. Tra­vailleuse de rang dans Chau­dière-Ap­pa­laches GI­NETTE LAFLEUR Doc­to­rante en psy­cho­lo­gie com­mu­nau­taire à l’UQAM

Que re­pré­sentent les va­cances sco­laires pour vous? Un gros « ouf! » de sou­la­ge­ment? En tout cas, ç’en est un pour Claudine, ma­man et pro­duc­trice lai­tière : « Quand l’école ter­mine, c’est “yes!” pour moi! C’est une dé­li­vrance. Fi­nie la rou­tine! Plus be­soin de re­tour­ner à 11 h 30 faire le dî­ner à la course. Et comme on a congé de de­voirs et de leçons, je ne suis plus obli­gée d’être à 15 h 30 à la mai­son pour faire les de­voirs avant le train. »

Le grand « yeah! » pous­sé à la fin des classes peut ce­pen­dant être de courte du­rée. En ef­fet, que fait-on avec les en­fants du­rant leur congé sco­laire? Les pa­rents qui ont peu de va­cances doivent par­fois en­voyer leur pro­gé­ni­ture dans les camps de jour ou les ter­rains de jeu. « C’est vrai que le ter­rain de jeu est une op­tion, dit Claudine, mais ça im­plique en­core des ho­raires, en plus du voya­ge­ment. »

Les pro­duc­teurs et pro­duc­trices agri­coles ont la pos­si­bi­li­té de gar­der leurs en­fants avec eux à la ferme. Celle-ci peut as­su­ré­ment être un lieu in­croyable d’ap­pren­tis­sage de la vie, mais elle n’est pas dé­nuée de dan­gers pour les en­fants qui y vivent ou par­ti­cipent aux tâches.

Vigilance ac­crue

Claudine est fort consciente de la vigilance ac­crue qui est né­ces­saire lorsque les en­fants ne sont pas à l’école. « Il faut beau­coup d’at­ten­tion et de sur­veillance quand les en­fants sont là. Par contre, les jeunes ap­prennent à tra­vailler, à être créa­tifs, à se dé­brouiller quand ils nous suivent. » Claudine et son conjoint sen­si­bi­lisent très jeunes leurs en­fants aux dan­gers de la ferme. « On leur a même dit que le trac­teur pour­rait les écra­ser s’ils ne fai­saient pas at­ten­tion et qu’ils pour­raient mou­rir comme le chat la se­maine pré­cé­dente… » Oui, les pa­rents qui gardent leurs en­fants à la ferme doivent faire preuve de da­van­tage de vigilance, mais les bé­né­fices peuvent s’avé­rer grands. Éric se rap­pelle les an­nées heu­reuses pas­sées avec son fils An­toine sur ses ta­lons. « La fin des classes, ça vou­lait dire que j’al­lais me pro­me­ner à temps plein avec mon p’tit gars. J’ai­mais qu’il vienne avec moi, car je pou­vais lui trans­mettre ma pas­sion pour l’agri­cul­ture. C’était du temps de qua­li­té avec lui. Il me sui­vait par­tout. Je lui mon­trais comment se ser­vir des choses. Je ré­pon­dais aux “pour­quoi?”. Je lui trans­met­tais ma dé­brouillar­dise, j’ai­dais à dé­ve­lop­per son in­tel­li­gence, sa cu­rio­si­té. Oui, c’était plus stres­sant de faire at­ten­tion de ne pas écra­ser per­sonne ou d’évi­ter de se faire bles­ser par les ani­maux. Ça de­man­dait une sur­veillance constante. Mais ces étés-là, on a dé­ve­lop­pé une belle com­pli­ci­té. Ce sont mes plus beaux étés… »

La li­ber­té en fa­mille

Son fils An­toine n’a ja­mais été at­ti­ré par les ter­rains de jeu ou les camps de va­cances. Il ra­conte : « Je vou­lais res­ter à la ferme parce que j’avais mes cou­sins, mes grands-pa­rents, mon oncle, mon père et ma mère. Je n’avais pas be­soin de plus; c’était eux, mes amis. » La fin des classes avait toute une si­gni­fi­ca­tion pour lui : « La fin de l’école vou­lait dire li­ber­té, sai­son des foins, jouer de­hors… et suivre mon père par­tout. J’ai­mais suivre mon père, car j’ap­pre­nais beau­coup et je rê­vais au jour où j’al­lais être à sa place. Pour moi, ce n’était pas du tra­vail, c’était mon jeu pré­fé­ré. »

Ce qui compte pour un en­fant, c’est de par­ta­ger de bons mo­ments avec ses pa­rents et pour ce­la, nul be­soin d’al­ler très loin. On veut que nos en­fants aient de beaux sou­ve­nirs de leur en­fance, et par­fois, c’est à la ferme qu’ils s’en fa­briquent pour la vie.

La ferme peut être un lieu in­croyable d’ap­pren­tis­sage de la vie, même si elle n’est pas dé­nuée de dan­gers pour les en­fants.

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