Pas d’agri­cul­ture sans agri­cul­trices

La Terre de chez nous - - PARLONS-EN... À COEUR OUVERT ! - NAN­CY LAN­GE­VIN, T.S. Tra­vailleuse de rang dans Chau­dière-Ap­pa­laches GI­NETTE LA­FLEUR Doc­to­rante en psy­cho­lo­gie communautaire à l’UQAM

Quelle est votre dé­fi­ni­tion d’une agri­cul­trice? Lors­qu’on pose la ques­tion à Na­ta­cha La­garde, pré­si­dente des Agri­cul­trices de Chau­dière-Ap­pa­laches-Est, elle nous ré­pond : « Quand on écrit “qu’est-ce qu’une agri­cul­trice” sur Google, c’est la dé­fi­ni­tion d’un agri­cul­teur qui ap­pa­raît… Faites le test! » Pourquoi cette ques­tion? Parce que se reconnaître comme agri­cul­trice, c’est aus­si prendre conscience de la va­leur de son tra­vail à la ferme.

Cer­taines femmes n’osent pré­tendre au sta­tut d’agri­cul­trice. Qu’est-ce que ça prend pour se dé­fi­nir comme « agri­cul­trice »? Pos­sé­der une ferme? Être sa­la­riée? Avoir des parts? Ces dé­fi­ni­tions ex­clu­raient beau­coup de femmes.

En ef­fet, plu­sieurs conjointes d’agri­cul­teurs ac­com­plissent en­core di­verses tâches dans l’en­tre­prise fa­mi­liale sans être ré­mu­né­rées. L’en­tou­rage peut contri­buer à la sous-éva­lua­tion du tra­vail de ces femmes… tout comme il y a ré­gu­liè­re­ment une grande sous-es­ti­ma­tion, par les femmes elles-mêmes, de leur tra­vail dans l’en­tre­prise. « Je fais juste m’oc­cu­per des p’tits veaux. » « Je fais juste la traite pour dé­pan­ner. » « Je fais juste par­ti­ci­per aux gros tra­vaux de l’été. » « Je fais juste net­toyer le ma­té­riel de traite, la­ver les fe­nêtres des bâ­ti­ments et pré­pa­rer les re­pas pour les em­ployés. » « Je fais juste te­nir la comp­ta­bi­li­té, payer les fac­tures, faire les com­mis­sions, vendre au mar­ché. » Comment de­man­der à la fa­mille, à la belle-fa­mille, aux in­ter­ve­nants agri­coles de reconnaître la va­leur de notre tra­vail lors­qu’on ne la re­con­naît pas soi-même?

Pour Na­ta­cha, ce n’est pas com­pli­qué, une agri­cul­trice, c’est « toute femme qui tra­vaille à la ferme ou dont le quo­ti­dien est agri­cole, qu’elle soit pro­prié­taire ou non de l’en­tre­prise ». Elle pré­cise : « Tu tra­vailles à l’ex­té­rieur et tu vis à la ferme, tu es agri­cul­trice. Tu restes à la mai­son avec les en­fants pen­dant que ton conjoint tra­vaille à la ferme, tu es agri­cul­trice… OUI, tu es agri­cul­trice! »

Il est vrai que la conjointe d’un avo­cat ne de­vient pas avo­cate, celle d’un éco­no­miste, une éco­no­miste, pas plus que celle d’un élec­tri­cien ne de­vient élec­tri­cienne. Tou­te­fois, dans une en­tre­prise agri­cole, il est beau­coup plus dif­fi­cile de dé­par­ta­ger la zone tra­vail et la zone do­mes­tique. Vivre à la ferme en­traîne gé­né­ra­le­ment de mul­tiples rôles et fonc­tions, que ce soit à la mai­son, à l’étable ou au champ.

Au cours des der­nières dé­cen­nies, il y a certes eu des avan­cées dans le pro­ces­sus de re­con­nais­sance éco­no­mique et pro­fes­sion­nelle des femmes en agri­cul­ture. D’ailleurs, l’éga­li­té fait par­tie du quo­ti­dien de Na­ta­cha. Néan­moins, celle-ci est bien consciente que toutes les femmes n’ont pas droit à la même va­lo­ri­sa­tion de leur tra­vail. Lors­qu’il ne gé­nère pas de re­con­nais­sance, le tra­vail en­gendre sou­vent bien des frus­tra­tions. Per­sonne ne peut se tar­guer de ne pas avoir be­soin de re­con­nais­sance. C’est ce que nous dit Na­ta­cha : « L’hu­main a be­soin de re­con­nais­sance. On ne peut pas dire à une femme de tra­vailler à la ferme et la re­lé­guer au même titre qu’une ma­chine. On ne peut pas lui dire que rien de ce­la ne lui ap­par­tient. Psy­cho­lo­gi­que­ment par­lant, elle man­que­ra de mo­ti­va­tion.

Pour as­su­rer le bon fonc­tion­ne­ment de nos fermes et évi­ter que tout s’écroule, il faut que les agri­cul­trices et agri­cul­teurs soient heu­reux et épa­nouis, car sans hu­mains, pas d’agri­cul­ture! » La re­con­nais­sance de notre tra­vail nous fait du bien. Plu­sieurs pro­duc­teurs agri­coles dé­plorent le manque de re­con­nais­sance de leur tra­vail par le gou­ver­ne­ment, mais on peut com­men­cer par re­gar­der dans sa cour et se de­man­der si on re­con­naît le tra­vail ac­com­pli par ses proches.

Une agri­cul­trice, c’est « toute femme qui tra­vaille à la ferme ou dont le quo­ti­dien est agri­cole ».

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