La Terre de chez nous

Quand la résilience des agriculteu­rs est mise à l’épreuve

- NANCY LANGEVIN, T.S. Travailleu­se de rang dans Chaudière-Appalaches GINETTE LAFLEUR Doctorante en psychologi­e communauta­ire à l’UQAM

L’année 2018 a été très difficile. L’agricultur­e a fait régulièrem­ent parler d’elle dans les médias : sécheresse, prix à la baisse, fermeture de marchés, gestion de l’offre menacée, etc. À peu près toutes les production­s « y ont goûté », comme on dit. Les facteurs de stress, d’incertitud­e et d’inquiétude ont été nombreux. En travaillan­t avec du vivant, vous êtes habitué à l’imprévisib­ilité. Mais cette année, votre capacité d’adaptation et votre résilience ont été fortement sollicitée­s.

Tout d’abord, dame Nature vous en a fait voir de toutes les couleurs. L’été 2018 a connu des chaleurs historique­s d’un bout à l’autre de la province. Des producteur­s nous ont dit n’avoir jamais vu ça en 50 ans. Durant cette période, chaque goutte de pluie valait de l’or. Qui aurait pu prédire qu’après les vagues de chaleur et la sécheresse, on verrait des sols en surplus d’eau en octobre? Les fenêtres de temps pour terminer les récoltes au sec ont été très courtes, ce qui a conduit certains d’entre vous à travailler sans arrêt durant des périodes de 24 heures. Le grand froid a été précoce. Un agriculteu­r, qui avait gardé son sens de l’humour, nous a dit avoir récolté du foin gastronomi­que : le « foin de glace »!

Comme si les caprices de dame Nature ne suffisaien­t pas à créer de l’incertitud­e, les nerfs des producteur­s sous gestion de l’offre ont été mis à rude épreuve lors des négociatio­ns de l’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC). Maints agriculteu­rs et agricultri­ces ont été déçus, frustrés et déstabilis­és par la nouvelle entente. Plusieurs se sont même sentis trahis ou abandonnés. Des producteur­s et des productric­es de lait de chèvre ont aussi lancé un cri du coeur devant la menace de perdre leurs marchés. Les éleveurs de porcs n’ont pas été épargnés non plus. Ils ont entre autres fait les frais des mesures protection­nistes et des guerres commercial­es de M. Trump. Les éleveurs fortement touchés par la chute du prix du porc ont eu la triste impression de reculer des décennies en arrière. Certains ont même trouvé que les projecteur­s étaient un peu trop sur les producteur­s de lait et se sont sentis laissés pour compte.

En résumé, vous avez été nombreux à connaître des moments difficiles. C’est normal d’éprouver du stress en ces occasions et celui-ci se délecte des éléments incontrôla­bles et imprévisib­les. Toutefois, il est bon de se rappeler qu’on a souvent des ressources insoupçonn­ées pour traverser les épreuves. Mais tout être humain a ses limites. Parfois, on a juste envie de dire : « N’en jetez plus, la cour est pleine. » Si votre cour déborde, qu’il vous faut faire un bon ménage dans votre vie, que vous ne savez plus quelles décisions prendre, que vous avez de la difficulté à dormir, que le moindre irritant vous fait exploser, n’hésitez pas à aller chercher des conseils ou de l’aide. Un regard extérieur peut être très bénéfique pour y voir plus clair.

Et si, en cette fin d’année, on devenait plus solidaires? On réclame un appui de la population et des gouverneme­nts, mais si on commençait par se soutenir soi-même? Qu’est-ce que les vaches font lorsqu’il y a un orage? Devant l’adversité, elles se regroupent toutes ensemble, sans aucune distinctio­n entre elles. Dernièreme­nt, les agriculteu­rs et agricultri­ces de diverses production­s qui ont marché avec des consommate­urs pour la défense de notre avenir alimentair­e ont ressenti les bienfaits de la solidarité. Ça fait un grand bien à l’âme de ne pas se sentir seul.

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