Les fermes qui se vendent à coups de mil­lions

Des fermes qui s’af­fichent à 3 M$, 5 M$, voire 10 M$, ce n’est plus rare au­jourd’hui. Et avec ou sans cour­tier, elles se vendent mieux qu’on pour­rait le croire.

La Terre de chez nous - - LA UNE - SYL­VIE LE­MIEUX Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Pour de nom­breuses rai­sons, des pro­duc­teurs dé­cident de vendre la ferme qui les a vus gran­dir. À quoi s’at­tendre du mar­ché ac­tuel et com­ment s’as­su­rer d’en ob­te­nir un prix juste? Vaut-il mieux vendre seul ou avec l’aide d’un cour­tier? Voi­ci quelques conseils pour ce qui est sou­vent LA tran­sac­tion d’une vie.

Quand Yves Mon­geau a mis sa ferme en vente en août der­nier, il pen­sait bien de­voir at­tendre de 12 à 18 mois avant de réa­li­ser la tran­sac­tion. Une terre de 237 acres avec mai­son et bâ­ti­ments dans la ré­gion de Sher­brooke, ça ne se vend pas en criant ci­seau, se di­sait-il. Fi­na­le­ment, son ache­teur s’est ma­ni­fes­té au bout de… deux jours. Après une courte né­go­cia­tion, l’af­faire s’est conclue très près du prix de­man­dé, fixé à 1 495 000 $.

« La per­sonne ha­bite dans la ré­gion et a vu l’af­fiche à vendre en pas­sant de­vant la ferme. Il s’agit d’un pro­duc­teur qui avait dé­jà une terre. Il vou­lait dé­ve­lop­per son en­tre­prise pour culti­ver du foin de com­merce », ra­conte M. Mon­geau qui, faute de re­lève, a dû se ré­soudre à cé­der l’ex­ploi­ta­tion fa­mi­liale qui existe de­puis trois gé­né­ra­tions.

Des dé­lais va­riables

Des ventes aus­si ra­pides ne sont pas si rares, se­lon Da­vid Cou­ture, cour­tier im­mo­bi­lier au Groupe Sut­ton Avan­tage Plus, qui a eu le man­dat de vendre la ferme de M. Mon­geau. Ce­la dit, tous les ven­deurs ne sont pas aus­si chan­ceux. « Les dé­lais va­rient de quelques se­maines à deux ans, d’après la ré­gion et le type de pro­duc­tion », pré­cise-t-il.

Les ex­ploi­ta­tions de la Mon­té­ré­gie, du Centre-du

Qué­bec, de l’Es­trie, de la Mau­ri­cie et de La­nau­dière se vendent tou­jours bien. Ailleurs, le mar­ché reste ac­tif, mais les ven­deurs doivent gé­né­ra­le­ment se mon­trer plus pa­tients.

Qui sont les ache­teurs? « Ma­jo­ri­tai­re­ment des agri­cul­teurs qui veulent prendre de l’ex­pan­sion. Ils n’ont sou­vent pas le choix de le faire pour at­teindre le seuil de ren­ta­bi­li­té », ex­plique M. Cou­ture. Le phé­no­mène de con­cen­tra­tion des terres s’ac­cen­tue donc, ce qui a un im­pact sur l’ac­cès à la pro­prié­té pour les jeunes de la re­lève, d’au­tant plus que le prix des terres ne cesse de mon­ter.

Des fermes qui s’af­fichent à 3 M$, 5 M$, voire 10 M$, sont mon­naie cou­rante au­jourd’hui. Il suf­fit de consul­ter le site des cour­tiers im­mo­bi­liers pour s’en rendre compte. « La tran­sac­tion va se faire si le prix est juste », af­firme Dyane Cot­noir, cour­tière im­mo­bi­lière agréée chez Ac­tio inc. Un autre élé­ment im­por­tant : la mo­ti­va­tion du pro­duc­teur qui doit être réel­le­ment prêt à vendre. Par­fois, la tête dit oui, mais le coeur dit non. À ce mo­ment-là, au­cune offre ne semble ac­cep­table. Ce qui peut aus­si faire une dif­fé­rence, c’est la flexi­bi­li­té des ven­deurs. Ac­cor­der une ba­lance du prix de vente afin de fa­ci­li­ter la tran­sac­tion pour l’ac­qué­reur ou consen­tir à lui prê­ter main­forte pen­dant une pé­riode déterminée pour un trans­fert de connais­sances peut ai­der. « Ça sé­cu­rise les prê­teurs et l’ache­teur », sou­tient Mme Cot­noir.

Des oc­ca­sions d’af­faires

Après l’ef­fer­ves­cence des der­nières an­nées, le mar­ché ten­drait à se sta­bi­li­ser. « On as­siste à un at­ter­ris­sage en dou­ceur », af­firme Syl­vain Tré­pa­nier, cour­tier im­mo­bi­lier agréé chez Maxxum 100. Se­lon lui, mal­gré l’aug­men­ta­tion des prix, il y a en­core moyen de réa­li­ser de bonnes tran­sac­tions. « En rai­son de la di­ver­si­fi­ca­tion des cultures et du dé­ve­lop­pe­ment de tech­no­lo­gies de pointe, on peut at­teindre un ni­veau de ren­ta­bi­li­té in­té­res­sant, dit-il. Avec les va­rié­tés de se­mences plus ré­sis­tantes au froid, des ré­gions comme le Bas-SaintLaurent ou l’Abi­ti­bi-Té­mis­ca­mingue s’ouvrent à de nou­velles cultures. Comme le prix des terres y est plus abor­dable, elles pré­sentent de belles oc­ca­sions d’af­faires. »

Se­lon les don­nées de La Fi­nan­cière agri­cole du Qué­bec, la va­leur moyenne des terres au Qué­bec est pas­sée de 9 809 $/ha à 14 825 $/ha entre 2013 et 2017.

Yves Mon­geau a ra­pi­de­ment ven­du sa terre af­fi­chée au prix de 1,5 M$.

Dyane Cot­noir

Da­vid Cou­ture

Syl­vain Tré­pa­nier

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