Qui prend ma­ri prend pays

NDLR – Afin de pré­ser­ver l’au­then­ti­ci­té du style des blo­gueuses et à la de­mande de celles-ci, les textes dif­fu­sés sur le blogue Agri­mom.ca sont pu­bliés ici dans leur ver­sion ori­gi­nale.

La Terre de chez nous - - JEUX MA PASSION AGRICOLE SUDOKU - MYLENE SUR­PRE­NANT Agri­mom Agri­mom.ca, le blogue si­gné par des agri­cul­trices

Cet an­cien adage est mon­naie cou­rante en agriculture, car une ferme, ça se dé­mé­nage très mal. Je n’ai pas choi­si où j’al­lais at­ter­rir, mais seule­ment la per­sonne avec qui je vou­lais par­ta­ger ma vie. Pour em­mé­na­ger avec lui, je de­vais vendre ma mai­son et par­tir vers l’in­con­nu. Mal­gré le fait qu’il était ac­tion­naire de l’ex­ploi­ta­tion fa­mi­liale avec ses pa­rents, nous avons tra­vaillé à l’ex­té­rieur les pre­mières an­nées. L’au­tomne, il ai­dait aux la­bours, l’hi­ver, au bû­chage et le prin­temps, aux sucres. Moi, je par­ti­ci­pais aux tâches les fins de se­maine ou lors de mes congés.

Après quelques an­nées, j’ai dé­ci­dé de me ré­orien­ter. J’ai com­men­cé des études à la mai­son afin d’être plus pré­sente. En 2014, mon beau-père a re­çu un diag­nos­tic de can­cer. Mon conjoint a donc quit­té son em­ploi pour prendre la re­lève de la ferme au pied le­vé, dé­but mai, alors que j’étu­diais, tout comme nos deux en­fants. Nous avons vé­cu de fa­çon ru­di­men­taire à la ca­bane à sucre du­rant sept mois.

De­meu­rer dans un nou­vel en­vi­ron­ne­ment, c’est an­gois­sant et dé­sta­bi­li­sant. J’étais dé­ra­ci­née et je ne me sen­tais chez moi nulle part.

Lueur d’es­poir : l’achat d’une mai­son. Or, nous n’avons ja­mais pu y ré­si­der. S’est en­sui­vie une sa­ga ju­di­ciaire de plus de quatre ans qui a en­traî­né une grosse perte d’argent et de temps en plus de cau­ser beau­coup de stress.

Nous étions de re­tour au point de dé­part, sans lo­gis, puisque la ca­bane n’est ha­bi­table que trois sai­sons par an­née.

Miracle en dé­cembre : nous avons trou­vé une mai­son à louer près de la ferme. Deux ans plus tard, nous avons fi­na­le­ment ache­té celle que nous convoi­tions de­puis long­temps, près des terres sur le rang plus haut. En­fin un peu de sta­bi­li­té.

Je pour­rais écrire un ro­man au su­jet des pé­ri­pé­ties vé­cues de­puis 2014.

À tra­vers toutes ces ex­pé­riences, je constate que l’amour que nous éprou­vons l’un pour l’autre nous a te­nus au chaud et au sec alors que la tem­pête s’achar­nait sur nous.

Cette cam­pagne n’était pas la mienne. Cette terre ne m’a pas vu naître, ni mes pa­rents, ni mes grands-pa­rents, ni mes ar­rière-grands-pa­rents. Ici, j’étais une per­sonne dé­ra­ci­née qui étouf­fait par­fois d’avoir les ra­cines nues ou même cou­pées.

Chaque jour est un pas de plus pour plan­ter mes ra­cines dans ma nou­velle réa­li­té, par ses dé­fis, ses sur­prises et ses pe­tits bon­heurs. Chaque jour, mes ra­cines s’en­foncent de plus en plus dans leur terre. Pour ces rai­sons, je m’im­plante par amour et pour l’amour.

La terre de mon homme ne se­ra ja­mais la mienne. Mais elle m’est chère au­tant qu’elle l’est pour lui. C’est à moi de m’im­pli­quer pour qu’elle me res­semble, qu’elle de­vienne celle de nos en­fants et de ceux qu’ils au­ront à leur tour, et qu’ils se sentent en­fin à la mai­son.

J’ai fi­na­le­ment com­pris que j’avais pris ma­ri, et que, main­te­nant, j’étais éprise de son pays.

À tra­vers toutes ces ex­pé­riences, je constate que l’amour que nous éprou­vons l’un pour l’autre nous a te­nus au chaud et au sec alors que la tem­pête s’achar­nait sur nous.

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