Mon en­tre­prise : le si­rop d’érable

NDLR – Afin de pré­ser­ver l’au­then­ti­ci­té du style des blo­gueuses et à la de­mande de celles-ci, les textes dif­fu­sés sur le blogue Agri­mom.ca sont pu­bliés ici dans leur ver­sion ori­gi­nale.

La Terre de chez nous - - JEUX MA PASSION AGRICOLE SUDOKU -

On m’a dé­jà dit : « Tu n’es pas une agri­cul­trice, tu ne fais que du si­rop d’érable! » Ça m’a trot­té dans la tête pen­dant un bon mo­ment. Qu’est-ce qui fait qu’on est un pro­duc­teur?

C’est vrai, je ne m’oc­cupe ni de vaches ni de pou­lets. Par contre, je dois prendre soin de mes arbres et je suis à la mer­ci de la mé­téo. Ce­la me rap­pelle une pe­tite anec­dote que j’ai­me­rais ra­con­ter. Pour vous mettre en contexte, mon conjoint et moi louons un peu moins de 200 érables de notre voi­sin sur un to­tal de 4 500 en rai­son de la géo­gra­phie du ter­rain. C’est plus fa­cile pour nous d’y tra­vailler.

Bref, un jour, je mar­chais dans la mon­tagne en fai­sant le tour pour m’as­su­rer que tous les tubes étaient cor­rects. C’est à ce mo­ment que j’ai vu que des arbres avaient été abat­tus et que nos tubes avaient été en­rou­lés et dé­po­sés sur le sol. Mon coeur n’a fait qu’un bond, ou peut-être plu­sieurs, fi­na­le­ment. Quel­qu’un avait cou­pé mon gagne-pain, mes érables, ce sur quoi je met­tais au­tant d’éner­gie.

Af­fo­lée, je suis par­tie à la re­cherche de mon ma­ri pour lui faire part de la mau­vaise nou­velle. Évi­dem­ment, c’est tou­jours dans ce genre de si­tua­tion qu’il ne ré­pond pas à son té­lé­phone. J’ai dû marcher pen­dant près de 30 mi­nutes en ver­sion ac­cé­lé­rée pour fi­na­le­ment le trou­ver. Une fois ar­ri­vée à sa ren­contre et à bout de souffle, je lui ai re­la­té le dé­sastre.

À ma grande sur­prise, il était calme et ne com­pre­nait pas ma pa­nique. Ben voyons, on avait cou­pé NOS érables! De­vant mon in­com­pré­hen­sion, il m’a ex­pli­qué qu’il fal­lait en abattre de temps à autre pour lais­ser les plus pe­tits gros­sir. Il était donc nor­mal de perdre quelques en­tailles afin d’en faire profiter celles qui restent. Mal­gré tout le bon sens de son rai­son­ne­ment, j’ai en­core du mal à voir un ru­ban au­tour d’un érable qui in­dique qu’il se­ra pro­chai­ne­ment cou­pé. De plus, lorsque j’en­tends le vent souf­fler trop fort du­rant la nuit, je de­meure éveillée en es­pé­rant qu’il n’en­dom­mage pas les arbres.

Parce que sans érables, je ne pro­duis pas de si­rop. Suis-je agri­cul­trice? Je crois bien que oui. Nous tra­vaillons très fort pour que les gens puissent profiter de ce bon­heur su­cré. Ce bon­heur que notre fa­mille est si fière de pro­duire!

NATACHA LAGARDE Agri­mom

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