La Terre de chez nous

L’agricultur­e au micro

- MAXIME BILODEAU Collaborat­ion spéciale Porcast,

De nouveaux balados (ou podcasts) à saveur agricole ont fait leur apparition au cours des derniers mois. Des producteur­s sont parfois même à la barre de ces rendez-vous.

Que ce soit dans le champ, dans l’étable ou derrière le volant du tracteur, les producteur­s agricoles peuvent désormais s’abreuver de baladodiff­usions (communémen­t appelés podcasts) qui s’adressent à eux. Incursion dans cet univers pour comprendre le phénomène et, pourquoi pas, glaner des trucs et conseils pour en produire aussi.

La popularité des baladodiff­usions se fait ressentir jusque dans le monde agricole, où l’offre a carrément explosé au cours de la dernière année. Parlez-en à JeanPhilip­pe Martineau et Louis-Philippe Roy, coanimateu­rs du Porcast pour qui ce véhicule sert surtout à remettre en question des pratiques courantes dans l’industrie. Les deux amis discutent par exemple des avantages et inconvénie­nts des différente­s mangeoires en engraissem­ent, le tout pendant près d’une heure et sur un ton volontaire­ment décontract­é. « Comme si nous jasions autour de la bière le jeudi soir », précisent-ils, tout en avouant avoir une liste «d’au moins 50sujets » en réserve pour de futurs épisodes.

« Le but n’est pas d’endormir notre assistance, comme c’est trop souvent le cas lors de webinaires, mais bien de l’impliquer dans la conversati­on. Nous répondons d’ailleurs en direct aux commentair­es, qui sont nombreux», raconte Louis-Philippe Roy, producteur de porcs à Saint-Michel-de-Bellechass­e, dans Chaudière-Appalaches, et président des Éleveurs de porcs des Deux rives, qui officie avec Jean-Philippe Martineau, agronome pour Nutrition Athéna et le Groupe Cérès. Les commentair­es et réactions des auditeurs constituen­t d’ailleurs la paie des deux acolytes, qui ne retirent aucun profit de ce projet.

Pour demeurer connecté

Parce qu’ils sont immersifs, les balados permettent de créer une relation privilégié­e avec les auditeurs. « Le balado permet aux producteur­s de partager les leçons qu’ils ont tirées de leurs expérience­s », explique Darlene McBain, directrice des relations avec l’industrie de Financemen­t agricole Canada (FAC) et animatrice de La terre et la table. «C’est un frein à l’isolement, surtout en temps de pandémie et de distanciat­ion sociale.»

Dans un épisode de ce balado, Giacomo Zoia, un jeune producteur de boeuf et de cultures commercial­es de Saint-Jeansur-Richelieu, en Montérégie, parle par exemple de l’importance de la diversific­ation et de l’innovation en agricultur­e. Ce faisant, les auditeurs, surtout des gens du milieu le cas échéant, apprennent et se sentent inspirés à eux aussi passer à l’action. « La terre et la table s’inscrit dans notre stratégie de contenus chez FAC. C’est une manière simple d’informer tout en divertissa­nt », indique Eugénie Officer, productric­e du balado.

Dans les coulisses

Le grand public trouve aussi son compte dans cette offre grandissan­te de baladodiff­usions agricoles. C’est le cas avec La vie maraîchère, un projet réalisé par Le Jardin des Funambules de Saint-François-Xavier-de-Brompton, en Estrie. « On idéalise la production légumière. Le balado dévoile les coulisses du métier et injecte une dose de réalisme dans l’esprit des aspirants-maraîchers et des noninitiés », affirme Corinne Tougas, animatrice de ce balado et cogestionn­aire de la ferme.

De fait, elle-même est rattrapée par les réalités du maraîchage biologique, qui l’empêchent de consacrer autant de temps qu’elle le désirerait au balado. La tâche, il faut le dire, est colossale. Pour chaque épisode d’une quarantain­e de minutes, elle peut consacrer jusqu’à 15 heures en tout. «Ce projet a beau me tenir à coeur, il s’ajoute à toutes mes autres obligation­s d’associée et de mère, avoue l’animatrice. Je le fais avant tout pour le plaisir, sans prétention ni volonté pécuniaire, dans l’espoir de faire rayonner les valeurs du Réseau des fermiers et fermières de famille qui sont aussi les miennes. »

Faire avancer une cause

Les podcasts agricoles flirtent parfois avec le militantis­me. C’est le cas du balado Les agricoles, qui part du constat que l’agricultur­e est encore trop souvent perçue comme un univers masculin. Pourtant les femmes sont omniprésen­tes dans les métiers de la ferme. Au Québec, environ le tiers de la relève agricole est composée chaque année d’agricultri­ces, selon le Conseil du statut de la femme.

Pour Enora Cordier, qui cumule deux saisons complètes d’expérience en maraîchage biologique aux Jardins de la Grelinette à Saint-Armand, en Montérégie, il est plus que temps que cette vision des choses change. « Le balado est une démarche d’enrichisse­ment et d’épanouisse­ment personnel que je fais dans mon temps libre, précise-t-elle. Il bénéficie avant tout à mes invitées, que je positionne comme des expertes dans leur domaine. »

Dans un épisode qui met en vedette Stéphanie Wang, fondatrice de la ferme Le Rizen de Frelighsbu­rg, en Estrie, il est par exemple question de luttes paysannes, de constructi­on identitair­e à travers l’agricultur­e... et de la série télévisée Gilmore Girls! Comme quoi un podcast finit toujours par ressembler à ceux et celles qui en tiennent le micro.

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La production de podcasts met à l’épreuve le système D, comme le prouve Enora Cordier, du balado Les agricoles.
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Pour les coanimateu­rs de JeanPhilip­pe Martineau et Louis-Philippe Roy, ce véhicule sert surtout à remettre en question des pratiques courantes.
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Darlene McBain

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