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35 ANS APRÈS LA COUPE CALDER

La Tribune - - FRONT PAGE - SIMON ROBERGE simon.roberge@la­tri­bune.qc.ca

SHER­BROOKE — Mal­gré les re­ten­tis­sants suc­cès des Cas­tors de Sher­brooke du­rant les an­nées 1970, Georges Guil­bault a dé­ci­dé de se dé­par­tir de la fran­chise de la LHJMQ en 1982. Cette dé­ci­sion a pa­vé la voie à huit ans de ho­ckey de la Ligue amé­ri­caine à Sher­brooke.

En 1982, les Cas­tors, me­nés par John Cha­bot, Daniel Cam­peau et Ge­rard Gallant, viennent de rem­por­ter un troi­sième cham­pion­nat de la LHJMQ en huit ans. L’équipe s’est aus­si in­cli­née en fi­nale à trois re­prises pen­dant cette pé­riode. Mal­gré les suc­cès, Georges Guil­bault, alors aux com­mandes de l’équipe, sent un es­souf­fle­ment de la part des par­ti­sans.

« Il com­men­çait à y avoir moins d’in­té­rêt de la po­pu­la­tion, sou­ligne-t-il en en­tre­vue avec La Tribune. On voyait les chiffres bais­ser même si on ga­gnait et qu’on avait une bonne équipe. »

Autre brique sur le ho­ckey ju­nior à Sher­brooke, la Ligue na­tio­nale de ho­ckey vient d’adop­ter en 1980 un rè­gle­ment, tou­jours en vi­gueur, per­met­tant à ses équipes de re­pê­cher des joueurs de 18 ans.

« On per­dait nos joueurs plus tôt et la Ligue na­tio­nale n’avait pas ins­tau­ré une com­pen­sa­tion adé­quate, in­dique M. Guil­bault. On avait un manque à ga­gner. Les spec­ta­teurs voyaient par­tir des joueurs et on avait eu plu­sieurs pre­miers choix comme Mi­chel Pe­tit, Rick Vaive ou Jere Gillis. Je ven­dais moins de billets de sai­son et avec les ana­lyses que j’avais, le fu­tur du ju­nior n’au­rait pas été pro­fi­table. »

Georges Guil­bault se rend donc à une ren­contre de la Ligue amé­ri­caine en 1982 à Hart­ford.

« J’avais eu des dis­cus­sions avec John Fer­gus­son [NDLR: di­rec­teur gé­né­ral des Jets de Win­ni­peg] et ça m’in­té­res­sait d’ame­ner une équipe pro­fes­sion­nelle à Sher­brooke », men­tionne-t-il.

Georges Guil­bault met donc la main sur une équipe qui s’amène à Sher­brooke et de­vient les Jets, club-école de la for­ma­tion du même nom à Win­ni­peg dans la Ligue na­tio­nale.

« On s’est ren­du à la Coupe Me­mo­rial avec les Cas­tors en mai et en juin on a com­men­cé les pré­pa­ra­tions pour l’ar­ri­vée des Jets de Sher­brooke, ex­plique M. Guil­bault.

DES DÉ­BUTS DIF­FI­CILES

Les deux pre­mières an­nées des Jets ne pas­se­ront pas à l’his­toire. En 1983-1984, Claude La­rose (120 points) et Mur­ray Eaves (115 points) ter­minent au 1er et 2e rang du cir­cuit dans la co­lonne des poin­teurs, mais l’équipe ne va nulle part en ne rem­por­tant que 44 ren­contres en deux sai­sons. Les

Sher­broo­kois ne sont pas au ren­dez-vous avec une moyenne d’à peine 1500 spec­ta­teurs lors de la deuxième an­née de l’équipe.

« On n’a pas été très chan­ceux, se sou­vient M. Guil­bault. Notre ins­truc­teur Ron Ra­cette est tom­bé ma­lade dans les six pre­miers mois. On a eu un joueur ins­truc­teur en Rick Bow­ness et c’est moi qui ai fi­ni la sai­son der­rière le banc. Les Jets de Win­ni­peg n’avaient pas une très bonne équipe non plus. Ils avaient re­pê­ché beau­coup de joueurs de col­lèges et qui n’étaient pas prêts à jouer pro­fes­sion­nel. J’ai ob­te­nu l’ac­cord d’ame­ner des joueurs lo­caux, ça nous a re­don­né un re­gain de vie, mais on n’avait pas le ta­lent pour per­for­mer. »

« On n’était pas une équipe bien forte, ré­sume pour sa part Claude La­rose. On per­dait tout le temps et on était en der­nière po­si­tion. Les Jets ne se sont pas vrai­ment im­pli­qués à Sher­brooke pour ai­der l’équipe, donc les par­ti­sans n’ont pas vrai­ment em­bar­qué. »

Voyant bien qu’il ne pas­se­rait pas à tra­vers, Georges Guil­bault, conseillé par sa femme Fran­cine Bis­son­nette, in­vite Serge Sa­vard, di­rec­teur gé­né­ral des Ca­na­diens, An­dré Bou­drias, di­rec­teur gé­né­ral ad­joint et Fran­çois-Xa­vier Sei­gneur, vice-pré­sident mar­ke­ting de l’équipe, à sa ré­si­dence après un match.

« On a dis­cu­té de faire ve­nir à Sher­brooke le club-école du Ca­na­dien qui jouait à Ha­li­fax, ra­conte Georges Guil­bault. Serge a ap­pe­lé son ami John Fer­gus­son à Win­ni­peg et c’est de cette fa­çon que l’équipe est de­ve­nue les Ca­na­diens de Sher­brooke. »

UNE COUPE ET PLU­SIEURS VE­DETTES

Gal­va­ni­sés par l’ar­ri­vée de joueurs ap­par­te­nant aux Ca­na­diens de Mon­tréal, les Sher­broo­kois re­tournent en masse au Pa­lais des sports.

« Les gens n’avaient pas vrai­ment em­bar­qué avec les Jets, sou­ligne Serge Bois­vert, qui a été le meilleur mar­queur de l’équipe lors des trois pre­mières sai­sons. Mais quand c’est de­ve­nu le clu­bé­cole des Ca­na­diens, wow, les gens ont vrai­ment em­bar­qué. »

Les par­ti­sans sont com­blés alors que l’équipe rem­porte la coupe Calder à sa pre­mière an­née sous sa nou­velle af­fi­lia­tion. L’équipe a de nou­veau at­teint la fi­nale deux ans plus tard en s’in­cli­nant en sept ren­contres face aux Ame­ri­cans de Ro­ches­ter, qui ali­gnaient no­tam­ment les fu­turs joueurs de la Ligue na­tio­nale Da­ren Pup­pa, Benoit Hogue, Ray Shep­pard et Uwe Krupp ain­si que le vé­té­ran Don Le­ver en fin de car­rière.

Les Ca­na­diens de Sher­brooke n’ont ra­té les sé­ries éli­mi­na­toires qu’une seule fois en six cam­pagnes à Sher­brooke. L’équipe a à son ac­tif trois titres de di­vi­sion (1987, 1989 et 1990).

De 1984 à 1990, l’an­née du dé­part de l’équipe, les Sher­broo­kois ont pu voir à l’oeuvre de nom­breux joueurs qui ont plus tard fait leur marque dans la

Ligue na­tio­nale. Bien sûr Pa­trick Roy et Stéphane Ri­cher ont ai­dé Sher­brooke à sou­le­ver la coupe en 1985, mais Brian Skrud­land, Claude Lemieux, Mike Keane, Sylvain Le­febvre, Benoit Bru­net, Stéphan Le­beau, Jo­ce­lyn Lemieux, Jean-Jacques Dai­gneault, Lyle Ode­lein, Andrew Cas­sels, Tom Chorske, Ma­thieu Sch­nei­der et Do­nald Du­frene ont tous en­fi­lé l’uni­forme sher­broo­kois.

Le cé­lèbre en­traî­neur Pat Burns a été aux com­mandes des Sher­broo­kois du­rant la sai­son 1987-1988.

« C’était un ex­cellent pro­duit, du bon ho­ckey. C’est le meilleur ca­libre de ho­ckey qu’on a eu à Sher­brooke, » ré­sume Pierre Tur­geon, jour­na­liste af­fec­té à la cou­ver­ture de l’équipe pour La

Tribune.

PERTE DE L’ÉQUIPE

En 1989-1990, l’équipe se porte bien et le Pa­lais des sports est rem­pli, mais un nuage noir pointe à l’horizon.

« On avait un contrat avec la Ville de Sher­brooke et il y avait eu des chan­ge­ments, sou­ligne Georges Guil­bault. On né­go­ciait un bail et on avait des de­mandes pour fa­vo­ri­ser l’équipe concer­nant la res­tau­ra­tion et les opé­ra­tions du Pa­lais des sports que la Ville n’a pas vou­lu ac­cep­ter. »

« Quand on s’as­soyait à table avec Ro­nald Co­rey et Serge Sa­vard, on re­gar­dait les chiffres et ça coû­tait de plus en plus cher pour les opé­ra­tions, ajoute-t-il. La Ville n’était pas ré­cep­tive à nos de­mandes et Ro­nald a dé­ci­dé de dé­cro­cher. »

Les Ca­na­diens quittent donc Sher­brooke en 1990 pour élire do­mi­cile à Fré­dé­ric­ton. Après ce dé­part, les Fau­cons de Sher­brooke de la LHJMQ se sont ins­tal­lés au Pa­lais des sports en 1992 avant de de­ve­nir les Cas­tors à l’aube de la sai­son 1998-1999. L’équipe a en­suite dé­mé­na­gé à Le­wis­ton en 2003. Les Sher­broo­kois ont dû at­tendre neuf ans avant le retour d’une fran­chise de la LHJMQ avec l’ar­ri­vée du Phoe­nix en 2012.

Les Jets ne se sont pas vrai­ment im­pli­qués à Sher­brooke pour ai­der l’équipe, donc les par­ti­sans n’ont pas vrai­ment em­bar­qué.

— Claude La­rose

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L’at­ta­quant Ré­mi Ga­gné oblige le gar­dien des Skip­jacks de Bal­ti­more Mi­chel Dion à réa­li­ser un bel ar­rêt sous le re­gard de son co­équi­pier Bruce Bou­dreau. Photo prise lors de la fi­nale en 1985.

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Le 21 juin 1989, une en­tente est si­gnée entre la Ville de Sher­brooke et le Ca­na­dien de Mon­tréal. À l’avant-plan, le maire Jean Paul Pel­le­tier et Ro­nald Co­rey, pré­sident du Ca­na­dien. À l’ar­rière-plan, Jean-Yves La­flamme, An­dré Bou­drias, Claude La­rose, Ch­ris­tiane Ra­cette, Bob­by Bou­lan­ger, Georges Guil­bault.

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Georges Guil­bault a dû ter­mi­ner la sai­son 1984 des Jets de Sher­brooke der­rière le banc.

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L’am­biance ne man­quait pas dans le Pa­lais des sports alors que la qua­trième vic­toire des Ca­na­diens contre les Skip­jacks de Bal­ti­more en grande fi­nale en 1985 vient d’être confir­mée.

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