TDAH: les ha­bi­tudes de vie en cause

La Tribune - - ACTUALITÉS - JEAN-FRAN­ÇOIS GA­GNON jean-francois.ga­gnon@la­tri­bune.qc.ca

MAGOG — Le nombre de per­sonnes at­teintes du trouble de dé­fi­cit de l’at­ten­tion avec ou sans hy­per­ac­ti­vi­té (TDAH) pa­raît être en hausse constante de­puis quelques an­nées. Tou­te­fois, dans les faits, le TDAH ne se­rait pas plus pré­sent au­jourd’hui qu’il y a 100 ans. Mais les ha­bi­tudes de vie des Qué­bé­cois, au 21e siècle, amè­ne­raient da­van­tage d’in­di­vi­dus à en dé­ve­lop­per les symp­tômes et à en souf­frir.

Pos­sé­dant une connais­sance ap­pro­fon­die du TDAH et de ses causes, la mé­de­cin Ch­ris­tiane La­berge est ca­té­go­rique : l’en­vi­ron­ne­ment dans le­quel vivent les Qué­bé­cois ex­plique en grande par­tie l’aug­men­ta­tion des cas diag­nos­ti­qués de ce trouble.

« À une autre époque, ça avait ha­bi­tuel­le­ment moins d’im­pact quand une per­sonne était aux prises avec ce pro­blème, note Mme La­berge. Les gens qui plan­taient des pa­tates ou qui tra­vaillaient dans les champs, par exemple, n’étaient pas af­fec­tés de la même ma­nière, s’ils avaient ce trouble. Le monde dans le­quel vi­vaient les gens était dif­fé­rent. »

Lors­qu’on l’in­vite à iden­ti­fier le prin­ci­pal cou­pable de la si­tua­tion au­jourd’hui, elle pointe ra­pi­de­ment le phé­no­mène du « mul­ti­tâche », ap­pa­ru avec l’ar­ri­vée des or­di­na­teurs, des ta­blettes et des té­lé­phones in­tel­li­gents.

« On va­lo­rise le mul­ti­tâche et la ca­pa­ci­té à ef­fec­tuer plu­sieurs choses en même temps grâce aux tech­no­lo­gies nu­mé­riques ou autres. Mais la vé­ri­té, c’est que l’hu­main n’est pas fait pour ça », dé­clare Ch­ris­tiane La­berge.

Et, comme si ce­la n’était pas suf­fi­sant, les Qué­bé­cois sont constam­ment for­cés à faire ap­pel à leur ca­pa­ci­té de concen­tra­tion, que ce soit au tra­vail ou ailleurs. Sans comp­ter qu’ils sol­li­citent ré­gu­liè­re­ment leur mé­moire pour di­verses rai­sons et évo­luent sou­vent dans un en­vi­ron­ne­ment bruyant. Dans un tel contexte, les gens souf­frant de TDAH se­raient da­van­tage confron­tés à leurs li­mites.

LES EN­FANTS

Pour contrer ef­fi­ca­ce­ment le phé­no­mène ob­ser­vé, la Dre La­berge croit que de nom­breux in­di­vi­dus de­vront se res­pon­sa­bi­li­ser et mo­di­fier leurs ha­bi­tudes de vie. « Ça prend une bonne hy­giène de vie en gé­né­ral, si on veut li­mi­ter les ef­fets du TDAH. Les en­fants, entre autres, il faut qu’ils dorment bien, qu’ils se nour­rissent cor­rec­te­ment et qu’on leur offre un en­ca­dre­ment bien dé­li­mi­té. »

Concer­nant les té­lé­phones in­tel­li­gents pré­ci­sé­ment, Ch­ris­tiane La­berge sou­tient qu’il est pré­fé­rable de les uti­li­ser avec mo­dé­ra­tion, qu’on soit un adulte ou un en­fant. « C’est mieux de les pla­cer dans un ti­roir quand c’est l’heure du sou­per, et ce, sans ré­pondre aus­si­tôt qu’on en­tend une son­ne­rie », af­firme-t-elle.

La ré­pu­tée mé­de­cin de fa­mille par­ti­ci­pait ven­dre­di à un col­loque, or­ga­ni­sé par TDAH Es­trie, qui avait eu lieu à l’Hô­tel Ché­ri­bourg, à Or­ford. Plus de 150 in­ter­ve­nants du monde de la san­té, de l’édu­ca­tion et du sec­teur com­mu­nau­taire s’étaient ins­crits à l’évé­ne­ment, lors du­quel plu­sieurs spé­cia­listes ont of­fert une confé­rence.

« On tient un col­loque sem­blable tous les deux ans. Je crois qu’on se dé­marque avec notre ap­proche parce qu’on fait ça vrai­ment mul­ti­sec­to­riel. Vous sa­vez, si on veut réus­sir à ai­der une adulte ou un en­fant ayant le TDAH, il faut que les in­ter­ve­nants au­tour dé­ve­loppent une vi­sion et posent des ac­tions com­munes. Rien n’avance si on tra­vaille en vases clos », ex­plique Céline Lan­dre­ville, di­rec­trice de TDAH Es­trie.

— PHO­TO LA TRI­BUNE, JEAN-FRAN­ÇOIS GA­GNON

À droite sur la pho­to, la Dre Ch­ris­tiane La­berge a par­ti­ci­pé ven­dre­di à un col­loque or­ga­ni­sé par l’or­ga­nisme TDAH Es­trie, dont la di­rec­trice est Céline Lan­dre­ville.

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