DES SAI­SONS DIF­FI­CILES QUI LUI SER­VI­RONT TOUTE SA VIE

La Tribune - - SPORTS - JÉ­RÔME GAU­DREAU je­rome.gau­[email protected]

La sé­rie d’ar­ticles La vie après le Phoe­nix per­met de re­tra­cer les an­ciens membres du Phoe­nix, de connaître ce qui a sui­vi leur sé­jour dans la LHJMQ et com­ment ils ont vé­cu leur ex­pé­rience lors des dé­buts du club de ho­ckey ju­nior de Sher­brooke. Après le pre­mier ca­pi­taine, Alex Com­tois, et le pre­mier gar­dien, Ja­cob Ger­vais-Choui­nard, voi­ci le pre­mier en­traî­neur, Judes Val­lée.

SHER­BROOKE — « On le sa­vait que les pre­mières sai­sons al­laient être dif­fi­ciles. Je sa­vais dans quoi je m’em­bar­quais et j’étais heu­reux de le faire. Construire une nou­velle conces­sion, c’est aus­si bâ­tir une nou­velle culture. J’ai ap­pris beau­coup du­rant mes sai­sons avec le Phoe­nix. Ça va me ser­vir du­rant toute ma vie. » Le pre­mier en­traî­neur de l’his­toire du Phoe­nix de Sher­brooke, Judes Val­lée, avait tout un dé­fi en 2012 : ce­lui de pi­lo­ter un groupe de joueurs qui ne se connais­saient pas du tout et qui n’avaient donc ja­mais évo­lué en­semble.

Mal­gré la pré­sence ex­cep­tion­nelle de cinq joueurs de 20 ans, et mal­gré l’ob­ten­tion du tout pre­mier choix de 2012 (Da­niel Au­dette), la pre­mière cam­pagne des Oi­seaux n’était pas de tout re­pos. Les sui­vantes non plus d’ailleurs : la fiche de 85 vic­toires et 151 dé­faites de Judes Val­lée en té­moigne.

« On a connu de très belles sé­quences et de beaux mo­ments avec le Phoe­nix. Lors de la pre­mière moi­tié de sai­son, on avait re­çu beau­coup d’at­ten­tion entre autres à cause du lock-out dans la LNH et notre ar­ri­vée dans la ligue. J’al­lais faire mon épi­ce­rie et tout le monde me re­gar­dait ou me par­lait de ho­ckey. Le Phoe­nix fai­sait par­ler de lui et les foules étaient plus im­por­tantes. Mais on a aus­si eu notre part de pro­blèmes. La deuxième sai­son a été dé­ce­vante en ra­tant les sé­ries éli­mi­na­toires. Il n’y avait au­cune sta­bi­li­té de­vant le fi­let. »

L’ÉCHEC DE LA SAI­SON 2015-2016

Le Phoe­nix a connu une meilleure cam­pagne par la suite avec 36 vic­toires, s’in­cli­nant tou­te­fois contre les Is­lan­ders de Char­lot­te­town, une fois de plus en pre­mière ronde.

La pro­gres­sion du Phoe­nix per­met­tait aux di­ri­geants de croire que la pro­chaine sai­son pou­vait être la bonne. Le slo­gan « En­semble pour la vic­toire » au­ra d’ailleurs été l’une des er­reurs com­mises par le Phoe­nix lors de la sai­son 2015-2016. Quelques mois plus tard, après un dé­but de sai­son dif­fi­cile, le Phoe­nix congé­diait son di­rec­teur gé­né­ral Pa­trick Char­bon­neau et son en­traî­neur Judes Val­lée pour les rem­pla­cer par Jo­ce­lyn Thi­bault et Sté­phane Ju­lien, tou­jours en poste.

« J’étais très dé­çu. C’était la pre­mière fois que je me fai­sais congé­dier. Je sa­vais que ça fai­sait par­tie de la game, mais je n’étais pas ha­bi­tué à ça. Cô­té bu­si­ness, je ve­nais d’ap­prendre beau­coup, mais je ve­nais éga­le­ment de perdre ma fa­mille. J’ai ado­ré tra­vailler avec les jeunes et toute l’or­ga­ni­sa­tion, en pas­sant par les pro­prié­taires, les ges­tion­naires, mes ad­joints et le per­son­nel de sou­tien. Les gens m’ont tou­jours ap­puyé. »

Vu comme un bon père de fa­mille dans sa re­la­tion avec les joueurs, Judes Val­lée se dit fier de n’avoir ja­mais ac­cu­sé per­sonne dans les mo­ments dif­fi­ciles. Et Dieu sait qu’il n’avait pas des cas fa­ciles à gé­rer. Cer­tains pen­se­ront à Da­niel Au­dette et Jé­ré­my Roy, qui étaient vus comme des ve­dettes, ou des joueurs plus tur­bu­lents à l’ex­té­rieur de la pa­ti­noire.

« On a vé­cu plu­sieurs his­toires à l’in­terne et il au­rait été fa­cile de poin­ter par­fois Da­niel ou Jé­ré­my, mais ces jeunes ar­rivent dans la ligue à 16 ans, vivent beau­coup de stress et ne mé­ritent pas que leur en­traî­neur fasse leur pro­cès sur la place pu­blique. Avec mes joueurs, j’ai tou­jours ré­glé les pro­blèmes dans mon bu­reau. Il ne faut pas exa­gé­rer non plus, ils n’avaient pas tous les torts contrai­re­ment à ce que cer­tains peuvent croire. »

LE PAR­FAIT BON­HEUR

Judes Val­lées pro­ve­nait du ré­seau sco­laire, les Cou­gars du Col­lège Cham­plain, avant de re­ve­nir dans la LHJMQ avec le Phoe­nix. Au mois de juin 2017, Val­lée a re­noué avec ses an­ciens amours en ac­cep­tant le poste d’en­traî­neur-chef des Aigles Bleus de l’Uni­ver­si­té de Monc­ton.

« J’avais alors une équipe à re­bâ­tir. Di­sons que j’avais une cer­taine ex­pé­rience ac­quise en ce sens. Le re­cru­te­ment avait été mis de cô­té un peu et j’avais comme dé­fi d’at­ti­rer de bons joueurs à Monc­ton. »

La pre­mière sai­son fut dif­fi­cile, mais Judes Val­lée connaît une ex­cel­lente cam­pagne cette an­née avec les Aigles Bleus.

« Le man­dat est bien dif­fé­rent que ce­lui à Sher­brooke. Je suis seul à temps plein. J’ai l’aide de mes ad­joints, qui tra­vaillent à temps par­tiel, mais je dois m’oc­cu­per aus­si des mon­tages vi­déo et de bien d’autres choses. »

Ins­tal­lé avec sa conjointe à Shé­diac près de la mer et de la plage Par­lee, Judes Val­lée adore l’en­vi­ron­ne­ment qui l’en­toure.

« Je suis hy­per heu­reux ici. Les gens de la place sont très cha­leu­reux. Les Aigles Bleus sont im­por­tants en ré­gion, entre autres pour les Aca­diens. Le ré­seau des an­ciens est très so­lide ici. Je fais ce que j’aime dans un cir­cuit qui gagne à être connu. Je peux coa­cher, ici. Je tra­vaille à ma ma­nière. Je cô­toie des hommes sur la glace, c’est dif­fé­rent du ju­nior ma­jeur. Les joueurs sont plus ma­tures, on joue beau­coup moins de par­ties et le ca­libre est très re­le­vé. »

Fi­na­le­ment, est-il pos­sible de re­voir un jour Judes Val­lée dans la LHJMQ?

« J’adore vrai­ment ça ici. Je suis bien. Je ne ferme au­cune porte, mais je suis à ma place pré­sen­te­ment! » conclut-il.

— PHOTO ARCHIVES LA TRIBUNE

Judes Val­lée lors de son em­bauche chez le Phoe­nix de Sher­brooke en 2012.

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